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 Le général DE GAULLE

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MessageSujet: Le général DE GAULLE   Le général DE GAULLE EmptyJeu 08 Juin 2006, 8:49 pm


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Le général DE GAULLE Gaulle1009


Citation :
L’empreinte qu’il aura laissée sur l’histoire de son temps, le caractère à la fois tragique et décisif de ses interventions dans la vie du pays, l’originalité exubérante de son personnage, l'ampleur de ses vues, les talents d’orateur, d’artiste et d’écrivain qu’il aura déployés pour les faire prévaloir, font sans doute de Charles de Gaulle le Français capital du XXe siècle.

De quelque façon que l’on juge la décision prise le 18 juin 1940 par ce général de brigade à titre temporaire, son comportement avec ses alliés, ses rapports avec la résistance intérieure, la politique menée à la Libération, son départ brusqué en janvier 1946, la création du Rassemblement du peuple français, les conditions de son retour en 1958 et de l’émancipation de l’Algérie, le caractère donné au régime de la Ve République et sa conception de la «grandeur», – on ne saurait nier que le général de Gaulle aura orienté un tiers de siècle de l’histoire de France, rendu à ce pays brisé par l’invasion nazie une espérance dont il ne dépendit pas de lui qu’elle fût plus créatrice et conféré à sa patrie, pendant dix ans, un poids dans les affaires du monde qui excédait manifestement les réalités matérielles de l’époque.

[g] Les années de formation[/g]

C’est dans le milieu le plus traditionaliste et même le plus conservateur que Charles André Marie Joseph, troisième des cinq enfants d’Henri et de Jeanne de Gaulle, est né au 9 rue de la princesses à Lille le 22 novembre 1890 dans une artère calme aux maisons à deux étages.

Son arbre généalogique remonte au XIIIème siècle. Du côté paternel, la famille issue de la petite noblesse normande (d’épée) et bourguignonne (de robe) était parisienne depuis plus d’un siècle. Du côté maternel, les Maillot étaient d’assez importants industriels (dentelles et tabac) du Nord, alliés à des familles irlandaise et badoise. De part et d’autre, on vénère le trône, l’autel et la patrie. De part et d’autre aussi, on a beaucoup écrit et publié – surtout la grand-mère de Charles, Joséphine. Charles évoque sa mère en ses termes : "Ma mère portait à la patrie une passion intransigeante, à l'égal de sa piété religieuse" Le foyer familial, catholique et patriote, est aussi très cultivé. On y lit et on y écrit veaucoup, jusqu'à la grand-mère de Charles, Joséphine, qui a publié plusieurs ouvrages.

Henri de Gaulle, père du futur général, professeur d’école libre, enseignant de vaste culture et de grande distinction, dévot et patriote (mais qui a refusé de se laisser entraîner dans la campagne contre Dreyfus), joue un rôle capital dans la formation de son fils – qu’il confie aux jésuites et aux Assomptionnistes – et probablement dans sa vocation militaire, déclarée dès la quatorzième année. Après une année préparatoire au collège Stanislas de Paris, Charles est admis en octobre 1908 à Saint-Cyr d’où il sort avec le numéro 13, affecté au 33e R.I. d’Arras où il a pour chef le colonel Philippe Pétain.

Charles de Gaulle est lieutenant quand éclate la guerre. Il affronte très vite l’épreuve du feu: le 15 août 1914, il est blessé sur la Meuse, à Dinant (Belgique).

De nouveau atteint dix mois plus tard en Champagne à Mesnil les Hurlus, promu capitaine, il est envoyé à Verdun en février 1916: c’est là qu’il sera le plus grièvement blessé, devant le fort de Douaumont, le 2 mars. Laissé pour mort sur le champ de bataille, il est fait prisonnier, il est dirigé tour à tour sur les camps de représailles de Szuchzyn, Ingoldstadt, Rosenberg et Wülzbourg, tentant cinq fois de s’évader et toujours repris, vouant à l’étude ses longs mois de captivité et prononçant de nombreuses conférences devant ses camarades.

Il émerge de la guerre humilié de cette longue inaction et impatient de se «racheter». Il en trouve l’occasion en Pologne; menacé par l’Armée rouge, le nouvel État fait appel à des instructeurs français. C’est au retour des quelque vingt mois qu’il passe à l’école militaire de Rambertow puis à l’état-major de Varsovie que le capitaine de Gaulle rencontre et épouse (le 7 avril 1921) Yvonne Vendroux, fille d’industriels de Calais. Il enseigne alors l’histoire à Saint-Cyr, y manifestant des dons éclatants de pédagogue.

Il sera moins heureux à l’École de guerre, où les idées qu’il affiche et ose soutenir face à un corps professoral verrouillé dans l’esprit de conservation lui valent des notes relativement médiocres. Il n’est pas admis dans le premier tiers des candidats où sont recrutés les futurs enseignants de l’école. Confiné dans un emploi médiocre à l’état-major de Mayence, il en est tiré par une décision de son ancien colonel d’Arras devenu le maréchal Pétain, chef alors prestigieux entre tous, qui l’appelle en 1925 à son cabinet comme officier rédacteur, chargé d’écrire une histoire du soldat français.

L’avenir du capitaine de Gaulle, dans la mouvance du tout-puissant «patron» de l’armée française, paraît soudain assuré. D’autant que Pétain, affichant avec éclat sa protection, impose au commandant de l’École de guerre d’organiser en 1927 trois conférences de Charles de Gaulle sur la philosophie de la guerre. Mais un différend sépare le maréchal du capitaine à propos de la paternité du texte que de Gaulle a reçu mission d’écrire.

Le maréchal obtient encore un beau commandement pour son «protégé», celui du 19e bataillon de chasseurs à Trèves, mais le charme est rompu: de Gaulle, en disgrâce dans la «maison Pétain», ne peut obtenir la chaire d’enseignement qu’il brigue à l’École de guerre. Faute de quoi il doit partir pour le Liban où il devient de 1929 à 1931 chef des 2e et 3e bureaux de l’état-major – poste d’observation et d’étude où il acquiert une expérience de l’Orient qui ne lui sera pas, dans l’avenir, inutile.

Dès son retour à Paris, il est affecté au secrétariat général de la Défense nationale, où il va pendant près de six ans participer à tous les débats à propos de la refonte de l’armée française, aux côtés des plus grands chefs et des hommes politiques responsables: formation incomparable en vue du rôle politico-stratégique qu’il lui faudra remplir à partir de 1940. Il trouve alors l’occasion de publier ses deux ouvrages les plus célèbres, Le Fil de l’épée , version rénovée de ses conférences de 1927, dans lequel il trace un autoportrait du chef, et Vers l’armée de métier , où il plaide pour la refonte totale de la stratégie française et la création d’unités de «moteurs cuirassés» aptes à la surprise et à la rupture, confiées à 100 000 professionnels.

La campagne qu’il mène, dans la presse et au Parlement (avec l’appui notamment de Paul Reynaud, à droite, et de Philippe Serre, à gauche), ne reste pas sans écho et contribue aux quelques progrès faits de 1933 à 1939 dans l’équipement de l’armée française en blindés, mais aggrave la méfiance qu’il suscite dans les milieux militaires, et fait de lui la cible de campagnes virulentes menées dans l’entourage des trois principaux personnages de l’armée, Pétain, Weygand et Gamelin .

Avocat du «char papier», on lui donne tout de même en 1937 l’occasion de s’affirmer à la tête d’une grande unité de «chars acier», le 507e régiment basé à Metz – où, affublé du sobriquet de «colonel Motor», il réussira encore à s’aliéner un autre chef prestigieux, le général Giraud, gouverneur militaire de la ville, adversaire déterminé de l’emploi autonome des chars tel que le préconise de Gaulle. C’est alors que paraît La France et son armée , où il reprend de larges extraits de l’histoire du «Soldat» écrite en 1925-1927 sous l’égide du maréchal Pétain, ouvrage dont la publication achève d’affirmer sa réputation d’écrivain mais approfondit le différend qui l’oppose au maréchal.

Le 3 septembre 1939, il se retrouve commandant des unités de chars de la Ve armée, en Alsace. C’est de là qu’en janvier 1940 il adresse à 80 personnalités civiles et militaires un mémorandum intitulé: " L’Avènement de la force mécanique" qui est, en pleine guerre, un réquisitoire véhément dressé par un simple colonel contre la stratégie définie par le grand état-major. Dans ce mémorandum il insiste sur le rôle prépondérant qu'il faudrait donner aux chars et à l'aviatio, en un sens, on pourrait dire que le 18 juin 40 est à demi formulé cinq mois avant le désastre.

La percée allemande sur Sedan, le 10 mai 1940, détermine l’état-major à lui confier, alors qu’il n’est toujours que colonel, le commandement de la 4e division cuirassée (en voie de formation). Dès le 17, avec les éléments épars dont il dispose, il décide d’attaquer de flanc les colonnes blindées allemandes qui ont crevé les défenses des Ardennes et de la Meuse et foncent sur Laon. C’est sur l’axe de Montcornet et sur les ponts de la Serre que le colonel de Gaulle affronte et fait plier pour un temps le 19e corps blindé du général Guderian, donnant la preuve que, passant du «char papier» au «char acier», il peut faire, de ses anticipations de 1934, des actions bien réelles, et que le théoricien est apte à se muer en praticien efficace. Devant Abbeville, dix jours plus tard, il réitère cette démonstration d’homme de pensée soumis à l’épreuve du feu.

Le 5 juin, Charles de Gaulle, nommé général à titre temporaire quatre jours plus tôt, est appelé à Paris par Paul Reynaud (président du conseil depuis le 23 mars), qui lui offre le sous-secrétariat à la Défense dans le gouvernement très concentré (12 ministres) dont il garde la direction. De Gaulle, qui vient de vivre la débâcle avec une horreur indignée («La guerre commence infiniment mal... Ce que j’ai pu faire par la suite, c’est là que je l’ai résolu»), sait que la bataille de France est perdue, et se l’entend confirmer par le général Weygand, le nouveau commandant en chef.

Mais il sait aussi que la bataille du monde ne fait que commencer. Et il la livrera désormais non plus comme le meilleur technicien d’une armée en déroute, mais comme membre du gouvernement d’un pays qui a d’autres composantes que la militaire et dispose d’autres espaces que ceux où s’accomplit sa défaite. De ce 5 juin date son entrée dans l’ordre politique, celui de la décision . Deuxième date capitale après celle du mémorandum de janvier.

[g]La rébellion[/g]

C’est en tant que membre du gouvernement dont il est, après Reynaud et Mandel, le seul homme debout, qu’il va, de la Seine à la Loire et à la Gironde, suivre le calvaire du pouvoir, faire par deux fois le voyage à Londres pour y réclamer un accroissement de l’aide anglaise, et plaider pour le surprenant projet de fusion des deux empires qu’ont inventé Jean Monnet et Robert Vansittart et que Churchill et Reynaud approuvent. Cependant, le 16 juin, à Bordeaux, le cabinet Reynaud cède la place au gouvernement Pétain-Laval qui ne cache pas son intention de rechercher au plus tôt l’armistice, se prévalant d’une autorisation prétendument accordée par Londres à ses alliés.

Chargé des contacts avec l'angleterre, le 17 juin, en fin de matinée, Charles de Gaulle, général à titre temporaire, s’envole pour Londres avec l’encouragement de Reynaud et de Mandel, dans l’avion britannique de Sir Edward Spears. Il sait que les ponts sont rompus avec la France officielle et que ce qu’il va déclencher là-bas est une rébellion. Croit-il alors n’agir que comme précurseur, espérant attirer en Grande-Bretagne quelques grands chefs civils et militaires, il se réserve en tout cas le rôle de levain de la pâte.

Le 18 juin 1940, vers 20 heures, devant le micro de la B.B.C., Charles de Gaulle proclame que «la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas» . Tandis que «s’envolent les mots irrévocables», est-il jeté «d’un coup hors de toutes les séries», comme il l’a écrit dans ses mémoires? Oui et non. Oui, car il assume pleinement et va devoir porter seul, au plus fort de la tempête qui secoue l’Europe et le monde, le poids de la France, «homme au bord de l’océan qu’il prétendait traverser à la nage».

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MessageSujet: Re: Le général DE GAULLE   Le général DE GAULLE EmptyJeu 08 Juin 2006, 8:53 pm

Citation :
Mais, le 6 juin 1944, de Gaulle en ayant été cette fois prévenu, et assez tôt pour s’opposer efficacement aux projets anglo-américains d’instauration d’une «administration alliée» de la France, est déclenché le débarquement en Normandie. Cinq jours plus tard, le général prend pied sur le sol de France à Courseulles, et l’accueil qu’il y reçoit a valeur de plébiscite: les grands partenaires ne discuteront plus sa représentativité. L’influence qu’il exerce sur la conduite des opérations (vers Paris ou vers Strasbourg) ne cesse de croître. Il parvient à imposer en position de pointe la 2e division blindée du général Leclerc, qui sera la première à libérer Paris. Deux ans après Bir-Hakeim, quelle «rentrée de la France dans la guerre» aux côtés des vainqueurs!

Le 26 août 1944, Charles de Gaulle descend les Champs-Élysées, acclamé par un million de Parisiens en fête, au milieu des chefs de la résistance intérieure qui ont survécu à la répression . C’est vraiment le sacre. Mais trois tâches pressantes s’offrent à lui: achever la libération du territoire, qui ne sera accomplie qu’en février 1945; assurer la présence de la France, au premier rang, dans les négociations de paix; ranimer un pays brisé par l’occupation en réunifiant les mouvements de résistance, en appliquant le programme du Conseil national de la résistance et en amorçant la reconstruction.

Dans le gouvernement provisoire qu’il forme le 3 septembre 1944 à Paris, refonte de celui qu’il présidait depuis un an à Alger , de Gaulle fait entrer 6 ministres communistes aux côtés des M.R.P. (catholiques) et des socialistes – formule qu’on appelle alors le «tripartisme». Tout à ses préoccupations principales qui sont militaires et diplomatiques (sauver l’Alsace de la contre-offensive allemande de novembre 1944, aller signer à Moscou un accord qui assure une contrepartie aux alliances avec Londres et Washington), le général laisse à Paris les partisans d’une économie libérale faire prévaloir leur point de vue sur les plans dirigistes de Pierre Mendès France, qui démissionnera en avril 1945 du ministère de l’Économie, et les communistes imposer à l’«épuration», nécessaire après quatre ans de collaboration avec l’occupant, un caractère d’arbitraire et de revanche peu conforme à la justice.

Le 8 mai 1945, la capitulation du Troisième Reich, dont (Hitler, Goebbels et Himmler exceptés) les chefs passeront en jugement à Nüremberg, se déroule en présence de représentants de la France: de Gaulle paraît avoir atteint l’impossible objectif qu’il s’était fixé en juin 1940 à Londres. Mais trois mois plus tôt, à Yalta (Crimée), les «trois grands» se sont réunis sans lui pour dessiner la carte du monde de demain . Il en éprouve une amertume assez profonde pour refuser ensuite de répondre à l’«invitation» à Alger que lui adresse Roosevelt – qui mourra quelques semaines plus tard. Si vaillamment que Churchill ait défendu à Yalta les intérêts communs franco-britanniques, une voix comme celle de de Gaulle y aura manqué pour tenter de limiter la main-mise de l’U.R.S.S. sur l’Est européen.

Mais Charles de Gaulle, reconnu par la grande majorité des Français pour libérateur du territoire et chef légitime de l’exécutif, va constater qu’une démocratie fondée sur le système des partis (qu’il a contribué à ressusciter, en 1943, prenant position pour la thèse de Jean Moulin qui conseillait cette stratégie contre Henri Frenay et Pierre Brossolette, qui réclamaient la création d’un grand parti de la résistance) ne s’accommode guère de la prééminence du héros. À partir de l’automne 1945, ce ne sont qu’escarmouches à l’Assemblée entre le général et les porte-parole des partis, M.R.P. compris. Après avoir obtenu l’approbation par référendum du projet de constitution qu’il cautionne, puis surmonté une grave crise avec les partis en novembre, le général en vient à se persuader que toute coexistence avec eux est impossible et brusquement, le 20 janvier 1946, il annonce sa décision de se retirer, «le train étant remis sur les rails». Ce qui est beaucoup dire...

[g] La traversée du désert[/g]

Tout le donne à croire: il pensa que son départ provoquerait des remous assez graves pour que les partis affolés ou l’opinion inquiète le rappellent très vite. Mais son attente (dont témoignent plusieurs de ses proches) fut vaine. Dix-huit mois après la libération, Charles de Gaulle se retrouvait presque seul dans une petite résidence de Marly en attendant de remettre en état celle de Colombey, pillée par les occupants.

Mais il ne tient guère en place. Le «régime des partis» qui lui a succédé ne conduit, estime-t-il, qu’à la ruine de la France. Et, dès le mois de juin 1946, il reprend la parole, à Bayeux, pour faire connaître un projet de constitution (très voisin de celui qu’il fera prévaloir en 1958) contre celui, adopté en octobre 1946, qui régira – si l’on peut dire – la IVe République. Et, le 7 avril 1947, contre l’avis d’une forte minorité de ses fidèles, il annonce à Strasbourg la création du Rassemblement du peuple français (R.P.F.).

«Le R.P.F., c’est le métro» déclarait André Malraux qui en fut l’un des fondateurs et le plus éloquent porte-parole. Mais si le R.P.F. eut de nombreux élus dans les quartiers ouvriers des grandes villes – bon nombre de ses dirigeants comme Vallon, Morandat et Bridier étaient des hommes de gauche – une tendance conservatrice l’emporta assez vite, non du fait du général lui-même ni de ses principaux adjoints – Malraux, Soustelle, Palewski – mais en raison des circonstances et du climat du temps.

Deux crises dominaient la conjoncture: la «guerre froide» et le conflit d’Indochine. Déclenchée vers la fin de l’été 1947, la première empoisonnait la vie publique, faisant régner sur l’Europe un climat de grande peur. Comme Churchill en Angleterre, de Gaulle en vint à assimiler la menace que faisait peser le communisme stalinien sur l’Europe à celle que l’hitlérisme avait mise à exécution dix ans plus tôt. Persuadé comme alors que l’affrontement était inéluctable – quelle qu’en fût la forme – de Gaulle fit du R.P.F. une machine d’autant plus réduite à l’anticommunisme que le P.C.F. professait, à son égard, le sectarisme le plus massif.

Mais, en tant que digue contre le stalinisme, le R.P.F. se vit très vite voler son rôle par les gouvernements de la «troisième force» qui, luttant sur un front contre les gaullistes, se battaient avec plus de résolution encore sur l’autre front contre les communistes. Les grandes grèves insurrectionnelles de l’automne 1947 ne furent pas brisées par le R.P.F., mais par Jules Moch, ministre de l’Intérieur socialiste, après que le socialiste Ramadier eut éliminé du gouvernement les ministres communistes (que de Gaulle y avait fait entrer). Ainsi le R.P.F., figé en esprit dans l’anticommunisme, n’en fut-il qu’un vain porte-parole avant d’être peu à peu divisé et désintégré par les astuces électorales et parlementaires du régime «des partis».

Après un éclatant début électoral lors des élections municipales de 1947 (38 p. 100 des voix), riche d’un million d’adhérents en 1948, il ne cessa ensuite de décliner jusqu’en 1953 – le général proclamant alors que son «effort» n’avait pu «aboutir».

Commence alors ce que Malraux a appelé «la traversée du désert». Retiré à Colombey d’où il ne sort que pour venir à Paris, une fois par semaine, recevoir rue de Solférino ses fidèles, des historiens et quelques journalistes, ou pour voyager en Afrique (en 1953) autour du monde (1956) ou au Sahara (1957); il écrit ses superbes Mémoires de guerre , un «Commentaire de la guerre des Gaules» écrit par Vercingétorix...

Mais, à partir de la fin de 1957, une sorte de rumeur se développe autour de Colombey. Après celle d’Indochine, la guerre d’Algérie s’est enflée aux dimensions d’un cancer. Les visiteurs de Colombey ou ceux de la rue de Solférino l’interrogent. Le général se contente le plus souvent de riposter que l’impuissance du régime interdit tout projet. Cependant, il lui arrive parfois de laisser entendre que la seule issue en Algérie est dans l’émancipation de ce pays , tout en interdisant qu’on rapporte ce propos.

Au printemps de 1958, les appels qu’on lui lance – jusque dans des milieux politiques qui lui sont peu favorables – se multiplient tandis qu’à partir du mois de mars, une «antenne» algéroise du ministre de la Défense nationale Jacques Chaban-Delmas travaille ouvertement à préparer son retour au pouvoir. Quand éclate le soulèvement d’Alger, le 13 mai 1958, tous les regards se tournent vers lui. Le 15, il se déclare «prêt à assurer les pouvoirs de la République». Et, quatre jours plus tard, alors que la tension ne cesse de monter, il convoque la presse pour bien marquer que ses intentions sont légalistes: «Ce n’est pas à 67 ans que je vais commencer une carrière de dictateur!»

Mais, sans les soutenir ni les contrôler, il entre en relation avec les insurgés d’Alger, dont il use comme d’un bélier pour contraindre le Parlement à faire appel à lui, tout en les incitant à la modération pour ne pas risquer de les voir à Paris... Jeu subtil, sur deux plans, où il déploie, sans moyens assurés, une virtuosité sans égale: contacts secrets avec le président du Conseil Pierre Pflimlin et les présidents des deux Assemblées, réception des dirigeants socialistes et d’une délégation des militaires algérois conduite par le général Dulac venu lui apporter les plans de l’opération «Résurrection» – projet qui s’embarrasse assez peu de scrupules légalistes. «Il faut sauver la baraque», jette de Gaulle. Ses visiteurs peuvent-ils en conclure que la fin justifie les moyens, ou que le salut de la «baraque» exclut les méthodes trop violentes? Ils optent plutôt pour la première hypothèse.

C’est le président de la République, René Coty, qui débloque la situation. Le 29 mai il invite Charles de Gaulle à l’Élysée pour désigner «le plus illustre des Français» comme chef d’un gouvernement qui disposera des pleins pouvoirs pour entamer une révision de la constitution. Le IVe République s’est remise à la merci de son fondateur.

Le 1er et le 2 juin, Charles de Gaulle paraît devant l’Assemblée, exposant ses projets avec une habile courtoisie et obtenant une très large majorité, qui englobe aussi bien des socialistes que le M.R.P. et la droite. Il forme un gouvernement auquel son garde des Sceaux, Michel Debré, confère un caractère de gaullisme militant, mais dont les quatre ministres d’État sont d’anciens présidents du Conseil de la IVe République. Pendant l’été 1958 est rédigée une Constitution que 80 p. 100 des Français approuvent par référendum. Et, en janvier 1959, Charles de Gaulle est élu, par un collège de quatre-vingt mille notables, président de la Ve République.

[g] Le renouveau[/g]

Trois tâches s’imposent d’emblée: rebâtir l’État, rétablir la monnaie, et trouver une issue à la guerre d’Algérie. Celle-ci le sollicite d’abord. Dès le 4 juin, il est sur le Forum d’Alger – où a jailli la source de son nouveau pouvoir. A-t-il vraiment un projet algérien? Ce qui est clair, c’est qu’il a d’abord considéré l’affaire algérienne comme un explosif susceptible de faire sauter les barrages qui faisaient obstacle à son retour au pouvoir et à la restauration de l’État. Ensuite, qu’il n’y a guère d’autres perspectives, dans le monde de la fin des années cinquante, que l’émancipation des colonies sous leurs diverses formes. Mais enfin l’Algérie fait légalement partie de la République, et les hommes qui y détiennent le pouvoir, dotés de moyens militaires considérables et appuyés sur une population très déterminée, se refusent à toute autre solution qu’à son «intégration», c’est-à-dire à une confirmation de son caractère français, les indigènes, traités en «Français à part entière», disposant désormais de tous les droits politiques.

La première préoccupation de de Gaulle est de garder les mains libres vis-à-vis de tous, déclarant aux insurgés de mai «Je vous ai compris !» non sans saluer le «courage» des combattants des djebels. Il ne peut heurter de front les tenants de l’«Algérie française» qui l’ont ramené au pouvoir mais voit bien que l’«intégration», c’est l’algérianisation rapide de la France .

D’un voyage en Algérie à l’autre, il met au point sa stratégie: obtenir la victoire militaire (la France ne saurait être vaincue par des guérilleros) pour faire ensuite la paix sur la base de l’«autodétermination» des Algériens – auxquels il offre, le 16 septembre 1959, le choix entre la «francisation» peu vantée, l’«association» vivement conseillée, et l’indépendance qui risquerait d’être le chaos. La réalisation de ce plan n’ira pas sans convulsions: car civils et militaires d’Alger voient dans ce processus une liquidation de l’«Algérie française» pour le maintien de laquelle ils se sont soulevés en 1958 et ont fait appel à de Gaulle.

Le 18 janvier 1960, puis le 22 avril 1961, Alger s’insurge, d’abord dans le style populaire, en dressant des barricades, puis dans le style militaire du «putsch», en opposant à de Gaulle un «quarteron» de généraux en retraite soutenus (ou manipulés) par l’«O.A.S.» (Organisation armée secrète). Chaque fois, le président de la République, revêtu de son uniforme, paraît à la télévision et en quelques phrases foudroie les insurgés avec une autorité saisissante. Les pourparlers avec le F.L.N. algérien, ouverts en 1961 à Évian, aboutiront aux accords du 18 mars 1962, qui reconnaissent aux Algériens le droit à l’autodétermination – et à la minorité européenne la possibilité théorique de poursuivre ses activités dans le nouvel État.

Non, parce que la dissidence où il entre, il s’y est longtemps préparé, on dirait presque installé. Dressé contre ses instructeurs de l’École supérieure de guerre; face à Pétain, lui réclamant la paternité d’un texte écrit dans le cadre de ses fonctions d’état-major; tentant d’imposer aux théoriciens les plus illustres ses vues révolutionnaires sur la stratégie des chars et la professionnalisation de l’armée; et, en pleine guerre, lançant contre le haut état-major ce brûlot qu’est le «mémorandum» de janvier 1940, il est vraiment un rebelle-né, homme supérieur qui se dit tel et ne s’encombre d’aucune hiérarchie, se croyant assez puissamment accordé à l’intérêt national pour trouver à chacun de ses gestes les justifications d’une mystérieuse légitimité.

[g] De Londres à Paris[/g]

. Des mois durant, il est Charles-le-Seul, dans ce Londres d’où partent plus d’officiels français qu’il n’y en arrive. La destruction de la flotte française mouillée dans la rade de Mers el-Kébir, le 3 juillet, bien que de Gaulle ait su exprimer dignement «la douleur et la colère» du peuple français, accroît encore les amertumes et les méfiances. Il faudra bâtir la France libre avec des capitaines inconnus et des journalistes aventureux. Il le fait. Dès le 28 juin et plus solennellement le 7 août, Churchill le reconnaît comme «chef des Français libres».

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MessageSujet: Re: Le général DE GAULLE   Le général DE GAULLE EmptyJeu 08 Juin 2006, 8:55 pm

Citation :
Mais il lui faut de la terre «française» sous les pieds. Il décide de rallier Dakar, capitale de l’A.O.F. Churchill se prête à l’entreprise et met à sa disposition une petite escadre. La France libre n'a pas encore d'armée, de Gaulle la constitue avec des inconnus et des aventuriers. La destruction de la flotte française par les anglais à Mers El-Kébir (Algérie) le 3 juillet 1940, dans le but d'éviter qu'elle passe sous le contrôle des allemands, porte un coup aux ralliemeents éventuels de soldats aux général. Échec cruel, qui ne ruine pas les relations entre de Gaulle et ses hôtes, mais dissipe le peu de crédit qu’avait à Washington l’homme du 18 juin.

Tout de même l’A.E.F. (Fort-Lamy, Douala et Brazzaville – où de Gaulle crée le Conseil de défense de l’Empire), Tahiti, la Nouvelle-Calédonie et les comptoirs de l’Inde se rallient dès le premier été. S’il est toujours Charles-le-Seul – bien qu’il dispose bientôt d’un état-major politico-militaire brillant: le général Catroux, l’amiral Muselier, René Pleven, le professeur René Cassin, Pierre-Olivier Lapie, Maurice Schumann, Louis Vallon et le capitaine André Dewavrin, dit Passy –, de Gaulle, condamné à mort par le tribunal militaire de Clermont-Ferrand le 2 août 1940, est de moins en moins Charles sans Terre .Cela permet ainsi d'établir le statut des forces françaises libres (FFL). Le 28 juin puis le 7 aout, Churchill reconnaitde Gaulle comme "chef des Français libres". Avec les FFL, il rejoint Dakar, capitale de l'Afrique-Occidentale française. Il a compris que la libération se ferait avec toute la collectivité.

Si la maigreur des forces militaires dont il dispose ne lui permet encore de porter à l’ennemi que des coups mineurs (jusqu’à la bataille de Bir-Hakeim, en 1942), le général de Gaulle met le plus clair de son génie à interdire à ses alliés, Anglais et Américains, de traiter la France libre en légion étrangère et de profiter de sa faiblesse pour empiéter sur les intérêts et positions de la France dans le monde.

Les deux manifestations les plus voyantes de cette guerre dans la guerre se situent au printemps 1941 au Levant, en décembre 1941 à Saint-Pierre-et-Miquelon. L’amiral Darlan, chef de gouvernement de Vichy, ayant, après une entrevue avec Hitler, mis les aéroports de Syrie à la disposition de l’aviation nazie, le 10 mai 1941, Catroux, représentant de la France libre au Levant, décide d’agir pour les en chasser en association avec les Britanniques, non sans avoir formulé des promesses d’émancipation politique de la Syrie.

Les forces de Vichy battues, Churchill fait rudement savoir que «l’Angleterre ne s’est pas battue en Syrie pour substituer les gaullistes à Vichy» et, par le truchement du même général Spears qui a conduit de Gaulle à Londres le 17 juin 1940, dresse les forces politiques syro-libanaises contre la France libre. Guérilla politique où de Gaulle voit le dessein de Londres d’évincer la France du Proche-Orient, qui dure tout au long de l’année 1942 et renaîtra, aggravée, en juillet 1945, après la victoire.

Le conflit américano-gaulliste à propos des îlots de Saint-Pierre-et Miquelon, aux abords du Canada – où, prétextant des incursions de sous-marins allemands, des forces du Commonwealth et des États-Unis avaient fait mine de s’installer, provoquant le déclenchement d’une expédition conduite par l’amiral Muselier –, envenime violemment les relations entre de Gaulle et Roosevelt au moment même où l’attaque japonaise sur Pearl Harbor comblait les vœux de l’homme du 18 juin en précipitant dans la guerre anti-nazie la plus grande puissance mondiale. Intransigeance abusive? C’est à ce type d’attitude outrecuidante que de Gaulle dut de rester debout jusqu’à la fin, «trop faible écrit-il, pour s’incliner».

Avec la résistance intérieure française, ses rapports sont presque aussi compliqués, sinon tendus, qu’avec les grands alliés. «L’armée de la nuit» commence de se rassembler dès la fin de l’été 1940. À la fin de 1941 fonctionnent trois réseaux d’importance nationale: Combat animé par Henri Frenay, Libération dirigé par Emmanuel d’Astier, Franc-Tireur fondé par J. P. Lévy. À l’automne 1941 débarque à Londres Jean Moulin, préfet révoqué par Vichy après avoir été torturé par les occupants, qui vient proposer de représenter de Gaulle sur le territoire national où, depuis le 10 juin 1941, l’entrée en guerre de l’U.R.S.S. a déclenché l’action massive des communistes.

Mais le général, bien que sa radio la glorifie et la serve, se méfie quelque peu de la résistance intérieure , d’abord parce qu’elle tient à exister par elle-même, ensuite parce qu’elle a des liens avec les Anglais d’une part, avec la IIIe internationale de l’autre, enfin parce qu’il pense qu’elle ne se bat pas seulement pour l’indépendance et la grandeur de la France, mais peut-être aussi pour rétablir un régime qu’il estime condamné par le désastre de 1940. Ses rapports avec les émissaires venus de France (à l’exception de Jean Moulin), Christian Pineau, Henri Frenay, Daniel Mayer, sont souvent difficiles.

Mais, avant d’être arrêté en juin 1943 par la Gestapo, Jean Moulin aura noué des liens indissolubles entre la Résistance – longtemps réservée à l’égard de quelqu’un que beaucoup d’hommes de gauche taxaient sinon de monarchisme, en tout cas d’autoritarisme. La caution solennelle fournie à de Gaulle par Léon Blum, le leader socialiste emprisonné, contribue à lever ces préventions et à nouer entre l’homme de Londres et les combattants de l’ombre une alliance qui devait jouer un rôle important dans la reconnaissance de la représentativité du général de Gaulle par la coalition antinazie – de Gaulle, Londres, Washington et Moscou.

Le chef de la France libre, impatient de faire entrer d’un coup la collectivité française dans le combat du côté des vainqueurs, avait tenter d’entraîner ses alliés, dès 1942, dans un débarquement en France. Mais les Américains choisirent d’opérer en deux temps, par l’Afrique du Nord. Le 8 novembre 1942, ils y prenaient pied, de Casablanca à Alger, sans en avoir prévenu de Gaulle. Ils se heurtaient à une brève résistance dont, venu pour des raisons fortuites de Vichy à Alger, l’amiral Darlan prenait la tête avant de se rallier au vainqueur.

Mais, six semaines plus tard, alors que les Alliés installés en Afrique du Nord avaient lié partie avec lui, le plus proche lieutenant de Pétain était assassiné par des conjurés liés à des milieux monarchistes. S’ouvre alors une course de vitesse entre les gaullistes, qui ont aidé à la victoire des Alliés à Alger, et les partisans du général Giraud, qui s’est évadé de la forteresse où, capturé en mai 1940, il était prisonnier sur parole.

Roosevelt table sur ce partenaire maniable, alors que Churchill – non sans réserve et contre-assurances – fait plutôt le jeu de de Gaulle. Celui-ci devra accepter en mai 1943 de se rendre à l’invitation de ses deux puissants partenaires à Anfa (Casablanca) et de serrer la main de Giraud – le tout aboutissant à une co-présidence du «Comité français de libération nationale», organisme qui, en août, sera reconnu par les Alliés comme seul représentant de la France au combat. Entre-temps, son représentant à Alger, le général Catroux, ayant manœuvré avec une habileté consommée, Charles de Gaulle est devenu le seul président du C.F.L.N.: le naïf Giraud est renvoyé à ses cartes d’état-major.

Le général de Gaulle est d’autant plus maître du jeu, du côté français, qu’à la fin de mai 1943 le Conseil national de la résistance (C.N.R.), rassemblé et présidé par Jean Moulin, l’a reconnu pour chef en vue de la libération du pays. C’est à ce titre qu’il sera reçu en juillet à Washington où Roosevelt, tout irrité qu’il fût par l’intransigeance ombrageuse de l’homme du 18 juin, a fini par convenir qu’il est le seul partenaire valable, après avoir présidé à Brazzaville la conférence où est amorcée – timidement – l’émancipation des colonisés.

Mais la campagne terroriste déclenchée par l’O.A.S. ayant ruiné les quelques chances de coexistence, les accords d’Évian font vite figure de procédure de liquidation des positions et intérêts français en Algérie, à ceci près que pendant plusieurs années encore le pétrole algérien demeure payable en francs, et que les espaces sahariens restent disponibles pour les essais nucléaires français. De Gaulle a obtenu ce qu’il souhaitait: l’indépendance de la France par rapport à l’Algérie. C’est à un pays délivré de ce «fardeau» et libre de ses actes qu’il va pouvoir rendre son «rang» dans le monde.

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MessageSujet: Re: Le général DE GAULLE   Le général DE GAULLE EmptyJeu 08 Juin 2006, 8:55 pm

Citation :
La politique étrangère du général de Gaulle est fondée sur trois idées-force: les relations entre États, alliés ou non, ne sont fondées que sur les rapports de force; les idéologies ne comptent guère, mais seulement les nations; et la France doit être au premier rang, dans l’intérêt de tous.

Lui qui a osé, pour ce faire, arracher la France à son espace algérien, non sans douleur ni risque, aura moins de mal à détacher Paris de l’«organisation intégrée» du pacte Atlantique, c’est-à-dire des organismes permanents de l’alliance. La France reste membre de la coalition, mais elle n’est plus une pièce de l’échiquier. Elle saura être aux côtés de ses alliés dans les moments difficiles (lors de la crise de Cuba, en avril 1961) mais refuse désormais de se plier aux automatismes de la stratégie occidentale – c’est-à-dire américaine.

Non content de «reprendre ses billes», de Gaulle tente aussi de s’immiscer dans le directoire le plus fermé, celui que forment les deux puissances anglo-saxonnes, pour constituer un «directoire atlantique» à trois. Rebuté, il décide de faire d’une étroite alliance franco-allemande la colonne vertébrale de l’Occident européen. Le chancelier Adenauer, d’abord séduit par l’homme et par les idées, vira de bord en 1960 dès qu’il comprit que, dans l’esprit de de Gaulle, cet accouplement n’allait pas sans prise de distance par rapport aux États-Unis.

Ne cessant jamais de considérer l’U.R.S.S. comme l’avatar moderne de la Russie – c’est toujours ce vocable qu’il emploie – le général de Gaulle n’a jamais oublié ses relations de guerre avec Moscou ni le pacte signé en décembre 1944 avec Staline. Il reste marqué par une constante de la diplomatie française, celle de la contre-assurance de l’Est, hier contre les Germains, aujourd’hui pour faire équilibre à l’hégémonie américaine. Le développement de sa diplomatie vers l’Union soviétique, essentiel dans son jeu et qui aura contribué à la détente Est-Ouest des années soixante, n’en est pas moins limité par la conviction que les États «satellites» de l’Est européen ont vocation à s’émanciper de la tutelle de Moscou: mais son voyage à Varsovie, en août 1967, bute sur le refus de Gomulka de prendre ses distances par rapport au grand voisin de l’Est.

Sa visite en Roumanie, en mai 1968, coïncide fâcheusement avec les troubles étudiants; et lorsque l’Union soviétique envahit la Tchécoslovaquie, trois mois plus tard, c’est un point final qui se trouve mis à cette paradoxale tentative d’entente avec une super-puissance qu’on essaie simultanément de priver de son glacis stratégique.

Si bien que c’est du côté du Tiers Monde que la diplomatie du général de Gaulle se sera déployée avec le plus d’éclat, à partir de la décolonisation formelle de l’Afrique noire (1960) et de la reconnaissance de l’indépendance de l’Algérie (1962) . Trois initiatives marquent avant tout cette stratégie: la reconnaissance de la Chine populaire en 1964, le défi lancé de Phnom Penh, en 1966 à la politique indochinoise des Américains, le soutien apporté aux thèses arabes après la victoire israélienne de juin 1967. À partir de ces trois initiatives – dont on peut rapprocher le «Vive le Québec libre!» de juillet 1967 – le général de Gaulle fait figure, auprès des peuples «émergeant» à l’histoire du XXe siècle – malgré les péripéties encore récentes de la guerre d’Algérie et les positions françaises en Afrique, en Océanie et dans les Caraïbes – de libérateur.

Mais cette action internationale ingénieuse et audacieuse, Charles de Gaulle n’aurait pu la mener s’il n’avait assuré à la nation ces structures solides longtemps méditées dans sa retraite, et qui tendent, non seulement à assurer l’indépendance de l’exécutif par rapport au législatif, grâce à l’invention du «domaine réservé», mais aussi à lui donner une véritable hégémonie par l’élection du chef de l’État au suffrage universel direct.

La Constitution de 1958, qui prévoyait le choix du président par un vaste conseil de notables élus, fut révisée à cet effet en 1962 à l’initiative de son créateur, contre l’avis de nombre de ses fidèles. L’élection du président au suffrage universel, accentuant le caractère spectaculaire et monarchique du système et approfondissant les clivages entre les grands courants d’opinion, fit passer le régime du parlementarisme musclé au présidentialisme septennal – menacé par l’excessive durée de ce mandat souverain.

Sept ans renouvelables? Réélu en décembre 1965, Charles de Gaulle voyait s’ouvrir devant lui un mandat qui, à lui comme aux autres, paraissait long. Comment pourraient jouer le pluralisme et l’alternance, ces règles d’or de la démocratie? C’est en grande partie parce que les articulations du système parurent alors raidies, parce que le jeu des institutions sembla bloqué, qu’un mouvement d’un profond intérêt pour le sociologue mais d’une importance politique mineure, la révolte étudiante de mai 1968, faillit le conduire à l’abîme .

Près d’un mois durant, du 3 au 30 mai, la biographie du général de Gaulle perd toute crédibilité. Lui d’ordinaire si ferme dans l’extraordinaire, si lucide dans le péril, on le voit errant, hésitant, passant de la brutalité au désarroi, de la tentation du renoncement au vertige de la pire répression, évasif et désorienté, grommelant et intempestif, se contentant de qualifier la situation d’«insaisissable» et de critiquer la plupart des tentatives de ses collaborateurs – à commencer par celles du Premier ministre Georges Pompidou – pour revenir à l’ordre sans faire couler le sang. Le tout couronné par une rocambolesque et pathétique «fausse sortie » en terre étrangère (à Baden-Baden) et, au retour, le lendemain, par un discours-appel radiophonique qui, en vingt phrases, corrige un mois de cafouillages.

Mais il a senti passer le vent du boulet, et se sent désormais en sursis. Neuf mois encore, marqués par l’invasion de la Tchécoslovaquie et par une brutale crise financière en novembre. De Gaulle n’est pas homme à se survivre ainsi. Le pouvoir que lui a rendu le talent de son Premier ministre, il lui faut en vérifier la légitimité personnelle, ou l’abandonner: c’est le référendum du 27 avril 1969, dont le vieux chef aurait peut-être pu faire encore une victoire si les Français n’avaient eu à répondre à une question trop alambiquée, où se mêlaient l’avenir de la régionalisation et celui du Sénat, pour n’avoir pas découragé les bonnes volontés. D’où l’idée du «suicide» qui fut formulée par certains – dont Malraux.

Le 27 avril 1969, peu avant minuit, un communiqué était diffusé par l’hôte de l’Élysée: «Je cesse d’exercer mes fonctions de président de la République.» Et voici Charles de Gaulle, à 78 ans, de retour à Colombey, où il écrit ses Mémoires d’espoir qui resteront inachevés. Il voyage; c’est en Irlande qu’il se retire quand, en juin 1969, son «dauphin» Georges Pompidou affronte le suffrage universel: on le voit au mois de juin suivant en Espagne, où il rend visite à Franco, et il prépare une visite en Chine.

Mais, à l’approche de ses 80 ans, il veille surtout à mettre ses affaires en ordre, à relire les chapitres achevés de ses Mémoires , à en rédiger d’autres. Le 9 novembre 1970, vers 19 heures, alors qu’il vient de s’asseoir pour faire une «réussite», il est frappé d’une rupture d’anévrisme et s’effondre, foudroyé en quelques secondes.

Son testament, rédigé en 1952, précise qu’aucun hommage public ne sera rendu à sa dépouille, sauf par ses Compagnons, membres de l’Ordre de la Libération, et les villageois de Colombey. Ainsi fut fait, tandis qu’une cérémonie parallèle se déroulait à Notre-Dame, rassemblant quatre-vingts chefs d’État.

Vingt ans plus tard, en 1990, le centenaire de la naissance du général – qui était aussi le cinquantenaire de l’appel du 18 juin – était célébré avec solennité, témoignant de l’ampleur d’une gloire de moins en moins contestée, et reconnue par beaucoup de ceux qui, longtemps opposés à certaines des orientations du fondateur de la 5e République ou des procédures auxquelles il eut recours, mesurent mieux aujourd’hui la dimension du personnage, dans une perspective historique.

D'après L'ABCdaire de De Gaulle, J.P. Ollivier, Ed. Flammarion, 2001.

D'après © 1999 Encyclopædia Universalis France S.A. Tous droits de propriété intellectuelle et industrielle réservés.

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