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 Sarkozy, de la prise de l'UMP à la bataille de l'Élysée

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MessageSujet: Sarkozy, de la prise de l'UMP à la bataille de l'Élysée   Lun 15 Jan 2007, 1:38 pm

Source : http://www.lefigaro.fr/reportage/20070115.FIG000000148_sarkozy_de_la_prise_de_l_ump_a_la_bataille_de_l_elysee.html

Sarkozy, de la prise de l'UMP à la bataille de l'Élysée

ÉRIC ZEMMOUR. Publié le 15 janvier 2007 - Actualisé le 15 janvier 2007 : 07h52

Citation :
C'est l'histoire d'un pêcheur du dimanche qu'aime à raconter Nicolas Sarkozy. Les petits poissons sont son lot habituel, mais un jour, c'est du gros qui frétille dans les parages. Le pêcheur du dimanche a le choix entre deux attitudes : soit lever sa canne, craignant d'être emporté ; soit prendre le risque et ramener enfin un gros fretin. Nicolas Sarkozy assure qu'il a toujours privilégié la seconde option ; et, en ce 28 novembre 2004 où il devient président de l'UMP, il se dit qu'il a fait le bon choix.

Prendre un parti créé par d'autres (Chirac, Monod, Juppé) pour un autre (Juppé) est une rare jouissance. Comme un hold-up réussi. Condamné par les juges, Juppé a cédé à la tentation du Québec. Sarkozy découvre, ravi, que l'apport des hussards libéraux et des notables démocrates-chrétiens en 2002 a transformé la sociologie de l'ancien RPR, et déplacé le centre de gravité idéologique du vieux parti gaullo-chiraquien. Sarkozy, mélange détonant du tempérament bonapartiste de Chirac et de l'idéologie libérale de Balladur, se retrouve au coeur de l'UMP. Le prix à payer lui coûte : ressuscitant une vieille loi d'airain gaullienne, qu'il avait pourtant lui-même brisée en 1975 et 1986, le président a interdit le cumul entre responsabilités ministérielles et partisanes. Adieu lambris, dorures, motards.

Mais Sarkozy connaît ses classiques élyséens : sans un parti politique ayant pignon sur rue parlementaire, pas de financement public ; et sans argent, pas de candidat crédible. Il a retenu les leçons de l'échec d'Édouard Balladur qui, malgré l'appui des grands médias et des sondages en platine, mais sans machine politique efficace autre que l'évanescente UDF, avait finalement échoué d'un souffle. Car la théorie du pêcheur du dimanche n'a pas toujours réussi à Sarkozy. En 1995, le gros poisson Chirac finit par lui faire manger sa canne à pêche balladurienne. En 1999, alors que le président du RPR, Philippe Séguin, renonçait à se présenter aux européennes, Sarkozy se précipita. Mal lui en prit : Pasqua et Bayrou, adversaires et complices, le transformèrent en tranche de jambon dans un sandwich SNCF...

Sifflets, brocards, insultes. Comme disait François Mitterrand, « ce qui ne vous détruit pas, vous renforce ». En 2002, Sarkozy s'installe Place Beauvau où il fait des merveilles, adulé des flics et des caméras de télé. C'est le temps des unes de Paris Match, où Nicolas, Cécilia et le petit Louis jouent aux Kennedy. Le temps des « Cent minutes pour convaincre » où, tel un dresseur de chevaux sauvages, il éperonne Tarik Ramadan ou Jean-Marie Le Pen. Le temps des « audiences TV » que Nicolas Sarkozy collationne avec une jubilation de chanteur à succès. Le temps des statistiques de la délinquance en baisse et des sondages de popularité en hausse. Le temps des grandes polémiques idéologiques qu'il provoque délibérément, du modèle social français qu'il brocarde, de la laïcité qu'il égratigne, de l'islam de France qu'il organise, de la discrimination positive qu'il vante.

Sarkozy est le roi du « benchmarking », comparant sans cesse ce qui marche à l'étranger à ce qui ne marche pas en France. La droite est enthousiasmée, la gauche bluffée. Sarkozy apparaît comme la porte de sortie du chiraquo-mitterrandisme qui eut comme objectif de sauvegarder, quel qu'en soit le coût, le compromis social français égalitaire, étatiste et patriotique de 1945, dans le cadre inédit d'une mondialisation sous influence libérale et anglo-saxonne.

Pour Sarkozy, le chemin est cependant étroit entre la dénonciation du politiquement correct à la française, et la diabolisation médiatique comme un vulgaire leader « populiste » ; mais c'est le sentier de la gloire.

En 2004, Sarkozy a fait un sans-faute. En 2005, il connaîtra son « annus horribilis ».

En pleine campagne référendaire sur la Constitution européenne, Cécilia abandonnait soudain son mari et s'envolait pour New York. Sarkozy vacillait sous le coup. La presse mettait à la une ses déboires conjugaux. On passait des Kennedy aux Clinton. « C'est une saloperie de plus qui m'est faite. Je suis le premier homme politique français traité de la sorte », fulminait non sans raison un Sarkozy qui payait ainsi d'avoir porté jusqu'à des sommets encore inexplorés cette « tentation people » qui travaille la classe politique française depuis VGE ou JJSS. Cette fois-ci, le gros poisson était carrément sorti de l'eau et menaçait de tout balayer.

Sarkozy s'ennuie au siège de l'UMP. Il hésite sur la conduite à tenir. Il est incontestablement un maître tacticien. C'est à la fois sa plus grande force et sa plus grande faiblesse. Sa plus grande force, car il s'adapte à toutes les situations nouvelles avec un rare talent ; sa plus grande faiblesse, car il croit que ça le dispense d'avoir une stratégie. Il ne raisonne ni en sociologue comme Giscard ni en historien comme Mitterrand, mais en athlète du rapport de forces. Comme Chirac. Dès qu'il a pris l'UMP en main, Sarkozy a noyé les anciens militants chiraquiens sous le flot ininterrompu des nouveaux adhérents sarkozystes, comme le jeune Chirac, après qu'il eut fondé le RPR, avait recouvert l'ancienne roche gaulliste de l'UNR de jeunes chiraquiens exaltés. Dont un certain Nicolas Sarkozy...

Qui ne peut s'empêcher de replonger. Après l'échec cuisant du référendum européen du 29 mai 2005, Jean-Pierre Raffarin a servi de fusible, Dominique de Villepin l'a remplacé ; et Nicolas Sarkozy est redevenu ministre. Chirac, qui, lui, n'a pas démissionné, ne peut plus se draper dans les oripeaux gaulliens ; « Nicolas » pourra cumuler parti et ministère ; mais Sarkozy a retrouvé « son bâton blanc et son képi », dont il moquait tant naguère Charles Pasqua. Ses amis l'ont supplié de n'en rien faire. Mais péché d'orgueil, désir irrépressible de retrouver le rythme effréné de son ministère, goût irrésistible des motards et des lambris, volonté absolue de reconquérir sa femme, et surtout - comme il le confiera lui-même - volonté de parer les « coups tordus » qu'il redoute de la part des villepino-chiraquiens, les motifs sont multiples et incertains. Pensait-il à cette « affaire Clearstream » dont il menacera les commanditaires d'un « croc de boucher » ?

Mais un gros poisson peut en cacher un autre : une baleine à l'appétit insatiable qui veut avaler son Jonas. En novembre 2005, des émeutes urbaines inouïes éclataient dans les banlieues françaises. Chaque soir, des centaines de voitures brûlaient sous l'oeil goguenard des caméras du monde entier. Pendant plusieurs jours, le fantôme de Malik Oussekine plana au-dessus de la place Beauvau. Toute la classe politique et médiatique accusait Nicolas Sarkozy d'avoir allumé la mèche de l'incendie par ses déclarations tonitruantes sur la « racaille » et le « Kärcher ». Mais les consignes de retenue ministérielles furent suivies à la lettre par des policiers qui subirent stoïquement des assauts furieux. Le candidat Sarkozy sortit préservé, et même renforcé. Mais le ministre de l'Intérieur n'avait plus le feu sacré. Peu à peu, c'est son directeur de cabinet, Claude Guéant, qui gérait le ministère. En ce début d'année 2006, Sarkozy s'était découvert un nouveau rival, Dominique de Villepin, dont le style flamboyant éblouit les lumières des caméras de télévision et les courbes de sondages. Plus profondément, la droite française retrouvait son conflit séculaire entre la tradition gaullo-bonapartiste et celle des orléanistes. Mais curieusement, les deux rivaux joueront leur partition à fronts renversés. Avec le CPE, le premier ministre poussa les feux de la dérégulation libérale du marché du travail ; mais, harcelé par les manifestations, abandonné de tous, Villepin dut capituler, son drapeau de sondages en flamme. De son côté, Nicolas Sarkozy entamait une longue marche. Au fil des discours, il évoquait de plus en plus ouvertement la France, sa grandeur, son Histoire, citait le général de Gaulle à tour de bras. On découvrait dans son entourage une nouvelle plume, Henri Guaino, séguiniste d'hier, à la sensibilité gaulliste et sociale jamais démentie. Sarkozy tentait ainsi d'éviter le piège qui lui était tendu depuis des années par tous ses adversaires, piège qu'il avait lui même confectionné. « Jamais la France n'élira un libéral, atlantiste, communautariste », avait décrété Jacques Chirac. « Sarkozy, l'Américain », la formule fit mouche.

Encore aujourd'hui, la gauche axe sa campagne anti-Sarko sur la filiation avec les « conservateurs bushistes ». François Bayrou surenchérit en dénonçant « l'ami des riches et des puissants, de Martin Bouygues et d'Arnaud Lagardère ». À la télévision, les Guignols de l'info et les « people » communient dans un rituel anti-Sarko, où le ministre de l'Intérieur rime avec « facho ». Sarkozy tente de mener la « guerre du people », mais ses troupes, de Johnny Hallyday à Joey Starr, font piètre figure.

C'est une guerre de mouvement qui s'engage. Sarko se « séguinise » quand ses adversaires dénoncent le Madelin en lui. Sarkozy aime à brocarder la secte des émules d'Hayek ou de Ricardo. Mais sa fascination pour l'Amérique le conduit parfois à des pas de clerc, comme lors de son récent voyage à la Maison-Blanche, où tout à la joie de serrer la main de Georges Bush, il ne put s'empêcher de dénoncer « l'arrogance française ».

François Bayrou y voit la preuve que Sarkozy ne parviendra pas à « changer son image ». Le leader de l'UDF aime à citer ce président américain qui lançait à un rival talentueux : « Ce que vous êtes crie plus fort que ce que vous dites. »

À gauche, de la même façon, la candidate désignée par le PS, Ségolène Royal, se « chevènementise ». Face à elle, Sarkozy retrouve les handicaps qui ont été fatals à ses rivaux internes au PS : il est un homme, dans une société qui valorise les valeurs féminines ; il est expérimenté, brillant, bon orateur, dans une France qui a un compte à régler avec ses élites, ses premiers de la classe.

« On a quarante ans, ce n'est plus possible d'attendre », confiait Nicolas Sarkozy à François Fillon, au début de l'année 1995. Avec Sarkozy, on se retrouve encore dans le roman de l'Énergie nationale, on l'imagine prêter lui aussi serment d'ambition autour du tombeau de Napoléon Bonaparte. Les caméras de télé tourneraient les belles images aux Invalides. Mais si, à trente ans, Bonaparte était déjà premier consul, à cinquante ans passés, Sarkozy est encore ministre de l'Intérieur. Désormais son attente est finie. Il l'a trouvée interminable.

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MessageSujet: Re: Sarkozy, de la prise de l'UMP à la bataille de l'Élysée   Lun 15 Jan 2007, 2:19 pm

Très beau texte et surtout fort bonne analyse. Aujourd'hui la question est somme toute assez simple : Il apparaît qu'il n'y aura pas d'effet Le Pen dans cent jours, le leader du FN ne bénéficiant pas des faibles scores de premier tour de 2002 en faveur de Chirac et Jospin.
On connaît donc les deux finalistes sans trop se tromper; question : la France a t-elle grandi ?
Va t-elle comme en 1981, lorsque les français éliminèrent Giscard pour un vieux roublard politico-médiatique, cèder à une image idéologique ou affective, la femme remplaçant malgré son incapacité évidente à assumer la présidence, ce que représentait l'avènement de la Rose, les français voyant la larme à l'oeil pénétrer dans le panthéon derrière Tonton les ombres de Blum et de Jaurès ?
Ou va t-elle tenter enfin l'aventure dans la réforme, en votant pour un homme certes marqué par sa présence dans le précédent gouvernement - mais après tout Mitterand était bien un Vichyste - avec une nouvelle culture, celle du travail, de l'effort, du mérite, terminologie maudite par des socialistes adeptes de l'assistanat?

Les français ont-ils grandi ? sont-ils devenus matures plutôt que contestataires ? Vont-ils comprendre que pour augmenter le pouvoir d'chat il faut gagner plus et que pour gagner plus il faut travailler plus ? L'oisivité des années ayant enfoncé la France derrière les trente glorieuses ne peut plus être de mise aujourd'hui....

Mais tous en sont-ils convaincus ? Est-ce la fin de la démagogie socialisante ?
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MessageSujet: Re: Sarkozy, de la prise de l'UMP à la bataille de l'Élysée   Lun 15 Jan 2007, 2:28 pm

Ovationné comme il le fut hier, je pense que nombre de Français ont compris !

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MessageSujet: Re: Sarkozy, de la prise de l'UMP à la bataille de l'Élysée   Lun 15 Jan 2007, 2:37 pm

Ton optimisme force l'admiration...Je ne le partage que modérément...70 % des français ne comprennent rien à la politique, et Ségolène en habit du dimanche avec son agneau ont du faire pleurer quelques françaises bein de chez nous...
Souviens toi de Mitterand, manipulateur devant l'éternel...il le savait lui que Napoléon avait raison, en disant que les Français avaient beoin de hochets pour le suivre...(la légion d'honneur)

En tout cas, une fois encore, bon courage à Hollande (première dame de France) et surtout à Lang et DSK...
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MessageSujet: Re: Sarkozy, de la prise de l'UMP à la bataille de l'Élysée   Lun 15 Jan 2007, 2:47 pm

Elle s'est certainement empressée d'envoyé son manteau du dimanche au plus proche lavoir à sec ! mdr

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