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 Réchauffement climatique selon Claude ALLÈGRE

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MessageSujet: Réchauffement climatique selon Claude ALLÈGRE   Ven 11 Mai 2007, 9:05 am

Source : http://www.liberation.fr/actualite/sciences/213670.FR.php

Polémique Claude Allègre : les réponses de «Libération»

«Libération» répond point par point au texte de l'ancien ministre de la recherche publié dans «Le Monde» et dans lequel il tente de justifier son analyse sur le climat, selon laquelle il doute que le gaz carbonique est le principal responsable du changement climatique.

Par Sylvestre HUET

LIBERATION.FR : dimanche 29 octobre 2006

«Le Monde» a récemment publié un long texte de Claude Allègre où
l'ancien ministre de la recherche tente une nouvelle fois de se
justifier de ses propos sur le climat. Ci dessous, une analyse de ce
texte - intégralement reproduit – et les réponses de «Libération».

Les réponses de Libération aux propos de Claude Allègre apparaissent en gras.

A-t-on le droit d'émettre des doutes sur une théorie scientifique
"officielle", estampillée par les médias et les politiques ?
Libération. Qui a dénié à Claude Allègre le droit d'émettre un quelconque
doute sur quoi que ce soit ? Personne. Ce sont les arguments qu'il
avance pour le justifier qui sont vertement critiqués. Qualifier une
théorie scientifique d'«officielle» parce qu'elle serait avalisée par
les média et les politiques est pour le moins étrange. Claude Allègre
sait très bien que ce ne sont ni les uns ni les autres qui décident
du destin et du statut d'une théorie scientifique, mais le travail
des scientifiques eux-mêmes qui vont, en la confrontant au réel par
des expériences ou des observations la réfuter, la valider, ou
limiter son domaine de validité en l'incorporant dans une théorie
plus large.

A partir des années 1980, un groupe de scientifiques a défendu l'idée
que l'augmentation de la teneur en gaz carbonique dans l'atmosphère
allait conduire à un réchauffement généralisé du climat de la Terre,
à partir d'un mécanisme physique bien connu, l'effet de serre.
C'est-à-dire l'absorption par certaines molécules, dont le CO2, mais
aussi l'eau et le méthane, des rayons infrarouges émis par la Terre
chauffée par le Soleil.

Libération. Cette affirmation est complètement inexacte. C'est dès 1896
que le scientifique suédois Svante Arrhénius a déduit du mécanisme
physique de l'effet de serre que la combusion massive de carbone
fossile, le seul charbon à son époque, allait augmenter la teneur en
gaz carbonique de l'air et augmenter sa température. Mais cette
affirmation est restée qualitative jusqu'à la fin des années 1980,
faute de références aux relations passées entre climat global et
teneur en gaz à effet de serre et faute de moyens de modélisation et
de calcul informatique permettant de simuler un climat sous effet de
serre renforcé.

Ce groupe de scientifiques s'est organisé à l'échelon international
sous l'égide des Nations unies pour rédiger des rapports officiels et
promouvoir la recherche en climatologie. Sous-jacente à cette
démarche, l'idée que l'homme est coupable et que nous courons à la
catastrophe planétaire. Aujourd'hui, la climatologie est devenue une
science à la mode, et ses budgets de recherche ont été multipliés par
des facteurs importants (sans doute presque 10 aux Etats-Unis). Du
point de vue médiatique et politique, cette théorie est devenue pour
certains une certitude, une vérité incontestable.
L'idée de réunir des experts pour connaître l'état de la science et
permettre ensuite aux politiques de décider paraît logique.
Malheureusement, lorsqu'on se trouve dans un domaine où la science
est en pleine évolution, où les découvertes se succèdent, où rien
n'est simple, les interprétations sont variées, et variables. La
"vérité" scientifique - si tant est que cette expression ait un sens
- ne s'établit que petit à petit, disons après une génération. La
science est un processus de démocratie différée ! Or, aujourd'hui, on
assiste à la mise en place d'un consensus s'appliquant à tout, à
tous, et tout de suite !
Tous les quatre ans, un premier panel international de scientifiques
réalise un premier rapport. Celui-ci est transmis à un second panel
composé de représentants des gouvernements (certains sont
scientifiques, d'autres non) qui établit le consensus sur un
scénario. Le premier rapport, très volumineux, contient des points de
vue assez nuancés, mais il n'est guère lu. C'est le second rapport,
plus court, plus politique, plus affirmatif, qui devient de fait la
vérité officielle. On imagine les effets de la même procédure
appliquée aux OGM ou aux cellules souches !
Cette manière de faire ressemble à celle qui eut lieu autrefois dans
certains régimes et qu'on ne veut pas revoir dans le monde libre.
L'épisode actuel n'est qu'une petite manifestation de cette pratique
de dictature intellectuelle.

Libération. La présentation que fait Claude Allègre du fonctionnement du
GIEC - groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat
- et du contenu de ses rapports est tout simplement indigne. Parler
de «dictature intellectuelle» et suggérer que son fonctionnement
s'inspire de dictatures politiques et policières n'est pas seulement
faux, mais également méprisable. Mis en place en 1988 par
l'Organisation météorologique mondiale et l'Organisation des Nations unies, il a rédigé trois
rapports d'ensemble publiés en 1990, 1995 et 2001, ainsi que des
rapports sectoriels. Ces rapports généraux, comme le GIEC lui même,
sont répartis en trois volets : le volet 1, qui porte sur les
sciences du climat; le volet 2 qui porte sur les conséquences du
changement climatique; le volet 3 qui porte sur les politiques à
mener pour atténuer ce changement et s'y adapter. Le prochain rapport
sera publié en 2007. Claude Allègre, comme membre de l'Académie des
Sciences, peut avoir accès aux textes en cours d'écriture et
participer à leur rédaction en proposant des amendements s'il le
souhaite. A ma connaissance, il ne le fait pas. Les rapports du GIEC
suivent des règles précises : ils ne sont qu'une synthèse
exclusivement fondée sur des travaux scientifiques antérieurement
publiés dans des revues à comité de lecture. Chacune de ses
affirmations doit s'appuyer sur ces articles. Les groupes de travail
comportent plusieurs milliers de scientifiques si l'on tient compte
de tous ceux qui relisent les textes et donnent leur avis. Les textes
produits n'effacent aucune incertitude ni désaccords entre résutats
de recherche. Si les volets 2 et 3 intègrent des données de sciences
humaines et sociales (économie, démographie, prospective
technologiques...) dont chacun connait les limites, le volet 1 ne le
fait que sur un point, les scénarios d'émissions de gaz à effet de
serre. Comme ces scénarios utilisent une très large fourchette
d'hypothèses, il y a très peu de risques que le futur réel se situe
ailleurs. Il est tout à fait exact qu'entre le long texte des
rapports, plusieurs milliers de pages, et le bref «résumé pour
décideurs», de 37 pages pour celui de 2001, qui est voté par une
assemblée des représentants de leurs pays nommés par les
gouvernements, se produit une réduction drastique en volume. Pour
autant, il suffit de consulter celui de 2001 pour y voir listées les
principales «incertitudes clés», par opposition aux «conclusions
robustes». Parmi les dites incertitudes clés, on peut lire : «ampleur
et caractère de la variabilité naturelle du climat», «forçages
climatiques dus aux facteurs naturels et aux aérosols anthropiques»,
«liens entre tendances régionales et les changements climatiques
anthropiques». Présenter ce texte comme «un consensus de tous sur
tout et tout de suite», comme le fait Claude Allègre est donc un
mensonge factuel qui ne résiste pas à la simple lecture du texte
(lisible en français et téléchargeable à
http://www.ipcc.ch/pub/un/syrfrench/spm.pdf). Il n'est pas
ininteressant de savoir que les représentants du gouvernement
américain ont plusieurs fois demandé que le GIEC renonce à ce texte
de synthèse. Les autres membres ont refusé, en considérant que ces
textes brefs, dont les formulations sont très prudentes, sont
nécessaires au débat public. Un exemple suffit à démontrer cette
prudence. A la question de savoir si le réchauffement se traduira par
une augmentation de l'intensité des tempêtes aux latitudes moyennes
(comme celles de noel 1999 en France), le rapport 2001 répond
franchement : «(il y a) peu d'accord entre les modèles actuels» et
considère qu'il n'y a pas de réponse fiable à la question. Il est
piquant de rappeler que Claude Allègre, alors ministre, n'avait lui
aucun doute sur le sujet et avait attribué cette tempête de 1999 au
réchauffement de la planète, à l'inverse des météorologues et
climatologues (Libération du 30/12/1999, article de Christophe
Forcari).

On nous dit que 99 % des scientifiques sont d'accord ! C'est faux.
Quatre-vingts scientifiques canadiens, dont beaucoup de spécialistes
du climat, ont écrit au premier ministre pour le mettre en garde
contre le prétendu consensus. En France, des scientifiques et
ingénieurs m'écrivent pour dire que, mettant en doute la vérité
officielle, ils ont été empêchés de s'exprimer. Enfin, l'article
publié dans le Wall Street Journal du 12 avril, "Climat de peur",
écrit par l'un des plus grands météorologues mondiaux, professeur au
MIT, Richard Lindzen, raconte comment des scientifiques de talent ont
perdu leur poste pour avoir contesté la vérité officielle, et comment
d'autres ont perdu leurs moyens de recherche. Il ne parle pas de la
campagne de calomnie que l'on a orchestrée pour le salir, l'accusant
d'être à la solde des compagnies pétrolières, ce qui est infâme !

Libération. Claude Allègre ne peut citer aucun exemple d'une véritable
censure, c'est à dire le refus de publier dans une revue scientifique
un résultat de recherche ou une analyse de données qui serait fondé
sur l'interdit et non sur la qualité du travail. Allègre n'a jamais
été victime d'une telle censure puisqu'il n'a jamais travaillé sur le
sujet. Tous les exemples qu'il prend dans la suite du texte (rôle du
Soleil, des rayons cosmiques, des nuages, des aérosols... ) ont tous
donné lieu à des articles publiés dans des revues à comité de
lecture. Où est, alors, «l'empêchement de s'exprimer ?» dans la
communauté scientifique. La revue La Rercherche vient de publier une
interview d'un chercheur proche de Claude Allègre (IPG, Paris) qui
défend l'idée que les variations d'intensité du champ magnétique
pourraient avoir un rôle climatique. Où est la censure ? L'exemple
américain est une véritable ironie : c'est bien aux États-Unis d'Amérique qu'un employé
du Président a tenté, de la Maison Blanche, d'empêcher la Nasa de
mettre sur l'un de ses sites web la mention du travail d'un
climatologue, James Hansen, sous prétexte que ses résultats (la
simple mesure des températures sur la Terre) n'était pas en phase
avec le discours de Georges Bush. Heureusement, cette tentative s'est
piteusement terminée par un communiqué du patron de la Nasa qui
rappelait que son agence n'allait pas se plier à de telles exigences.


Dernière édition par le Ven 18 Mai 2007, 10:52 pm, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Réchauffement climatique selon Claude ALLÈGRE   Ven 11 Mai 2007, 9:05 am

Heureusement, en France, on n'en est pas encore là ! Alors pourquoi
ces réactions violentes face à mes doutes et mes questions ? Ces
mêmes attaques que la médecine développait contre le chimiste
Pasteur, ou que les géologues développaient contre le climatologue
Wegener !
La raison de tout ce tintamarre est la peur. Car plus les recherches
climatologiques avancent, plus la vérité officielle apparaît fragile.
L'eau est le principal agent de l'effet de serre, 80 fois plus
abondant que le CO2 dans l'atmosphère, or on arrive difficilement à
modéliser le cycle de l'eau, notamment parce qu'il est difficile de
modéliser les nuages, de déterminer la proportion de cirrus (qui
contribuent à réchauffer) et celle de stratus (qui refroidissent). Le
rôle des poussières naturelles, industrielles et agricoles est
également mal compris, notamment dans la nucléation des nuages. De la
même façon, on constate que les teneurs en composés soufrés dans
l'atmosphère ont décru depuis trente ans, mais on connaît mal leur
rôle, alors qu'ils sont des agents potentiels de refroidissement. Il
apparaît aussi que le rôle du Soleil a été sous-estimé. Sans parler
des effets possibles du rayonnement cosmique galactique, comme
viennent de le proposer, avec expériences à l'appui, des
scientifiques danois.
Mon collègue Le Treut lui-même soulignait dans son discours devant
les cinq Académies (Le Monde du 25 octobre) combien les modèles
étaient entachés d'incertitudes. Ce qui est positif dans tout cela,
c'est que l'Académie des sciences va organiser un débat
contradictoire sur le sujet. Pour la première fois, il sera possible
de comparer les opinions des uns et des autres. Ce débat entre
scientifiques, et devant les autres membres de l'Académie, permettra
dans la sérénité d'établir non pas la vérité, mais l'état des lieux.
Ensuite, publication à l'appui, chacun pourra juger.

Libération. Le «collègue Le Treut» est outré des propos de Claude Allègre. Et
son texte publié par Le Monde, un modèle de prudence et de sincérité.
En voici un extrait significatif qui contredit complètement le propos
de Claude Allègre: Si la perspective d'un changement climatique
global résultant de l'augmentation des gaz à effet de serre constitue
désormais un risque dont la réalité est très largement reconnue,
c'est parce que la communauté scientifique s'est organisée, depuis
plusieurs décennies, pour développer un diagnostic de plus en plus
étayé, puis le répercuter très largement, au niveau du grand public
ou des décideurs. Cette phase d'alerte pose encore des problèmes
difficiles. Comment traduire de manière suffisamment forte et audible
un sentiment d'urgence face à l'évolution de notre environnement
global - partagé par la plupart des scientifiques -, tout en gardant
un discours rigoureux, qui fasse la part des certitudes mais aussi
des multiples incertitudes qui affectent toute tentative de prévision
quantitative des changements à venir ? Comment traduire le consensus
général de la communauté scientifique, en laissant néanmoins leur
place aux différences de sensibilité, inévitables dès qu'il s'agit de
déterminer l'importance pour nos sociétés des perturbations
prévisibles ? Pour apporter une réponse partielle à ces questions, il
est nécessaire de rappeler les points clés du dossier scientifique.
L'atmosphère, les océans, les grands glaciers ou les banquises
constituent des milieux complexes et fragiles, qui interagissent
constamment au travers de processus mécaniques, physiques, chimiques
ou biologiques, et déterminent ainsi ce que l'on appelle le système
climatique. (...) Nous vivons depuis 10 000 ans dans des conditions
interglaciaires, une situation d'une durée inhabituelle, dont la
théorie astronomique rend compte et qui est appelée à se poursuivre
encore quelques milliers d'années. C'est dans cette très longue
période interglaciaire que se sont développées nos civilisations.
(...) Cet interglaciaire très long, globalement très stable, a permis
à l'environnement de la planète d'atteindre un état d'équilibre
global très fin, caractérisé par exemple par une très grande
constance de la teneur atmosphérique en gaz à effet de serre : le
niveau de dioxyde de carbone (ou CO2), par exemple, a constamment
gardé une valeur proche de 280 parties par million (ou ppm).
Depuis plus d'un siècle, c'est-à-dire depuis le début de l'ère
industrielle, les activités humaines sont venues rompre de manière
brutale cet équilibre. Le niveau de CO2 atmosphérique atteint
désormais 370 ppm - une valeur jamais approchée tout au long du
dernier million d'années, où les fluctuations du CO2, associées aux
variations glaciaires-interglaciaires, se sont toujours inscrites
dans une fourchette allant de 180 à 300 ppm. La plus grande part de
ces variations a été acquise au cours des dernières décennies - une
évolution dont la brutalité est sans équivalent à l'échelle du climat
observé. Ce CO2 additionnel est injecté dans l'atmosphère par la
combustion du pétrole, du charbon et du gaz - phénomène presque
inexistant avant 1850 -, qui a atteint peu après 1950 le taux de 2
milliards de tonnes de carbone émises chaque année, pour dépasser
maintenant les 6 milliards de tonnes par an.»
Si l'Académie des sciences à décidé d'organiser un colloque sur le
climat c'est parce que nombre d'académiciens ont été scandalisés par
les propos tenus par Claude Allègre lors d'une de leurs réunions.

J'ai connu des combats semblables lorsque, avec quelques collègues,
je défendais la théorie de la tectonique des plaques, en France, au
début des années 1970, face à une communauté scientifique
majoritairement hostile. Je fus calomnié, accusé par certains d'être
un agent de la CIA chargé de propager une théorie américaine d'autant
plus qu'en même temps j'incitais les Français à publier en anglais
dans les revues internationales ! Plus tard, j'ai défendu le rôle
indispensable des observatoires volcanologiques pour prévoir les
éruptions, plutôt que le secours des "gourous". J'ai mené d'autres
combats dans ma spécialité, souvent seul ou presque, critiqué un
jour, honoré dix ans après. J'ai donc une certaine habitude de lutter
contre les majorités et de m'opposer aux "consensus", et je sais
qu'historiquement la science n'a fait de grand progrès qu'à travers
de grands débats. Je sais aussi que je peux avoir tort, et je n'aurai
dans ce cas aucune peine à changer d'avis, mais je suis sûr que le
doute est par essence porteur de progrès.

Libération. Claude Allègre n'a évidemment pas que des défauts. C'est un
grand scientifique dans son domaine, la géochimie, et il a mené de
bons combats, comme la nécessité d'observatoires volcanologiques, et
il s'est aussi lourdement trompé (sur le danger de l'amiante à
Jussieu par exemple)... mais où est le rapport avec son discours
confus, parfois carrément mensonger sur le climat ? (Lire l'analyse
de sa chronique de l'Express
http://www.liberation.fr/actualite/terre/208772.FR.php)

Mais que personne ne se méprenne, je ne suis nullement un défenseur
du productivisme. Je sais que l'homme malmène la planète, je sais que
l'eau est un problème, que le CO2 acidifie l'océan, que la
biodiversité est menacée, qu'il faut modifier nos pratiques,
économiser la planète, respecter la Nature. Je dis, simplement, ne
nous trompons pas de combat et prenons les mesures appropriées.
Je revendique haut et fort l'écologie réparatrice par opposition à
l'écologie dénonciatrice. Pour pratiquer la première, il faut séparer
les problèmes et les résoudre un à un. Comme on l'a fait pour le
plomb dans l'atmosphère, les chlorofluorocarbones pour la couche
d'ozone, les composés soufrés pour les pluies acides, etc. Dans
l'écologie dénonciatrice, on mélange tout : le réchauffement
climatique, la biodiversité, la pollution des villes, la population
mondiale, l'assèchement de la mer d'Aral, etc. Avec comme résultat de
susciter la peur... et de ne finalement rien résoudre, écrasé par
l'immensité des défis.

Libération.L'écologie dénonciatrice est peut-être une pratique de
mouvements écologistes. Mais Claude Allègre n'a pas à mélanger cette
mouvance politique et idéologique avec sa mise en cause des
conclusions de ses collègues climatologues sauf à encourir
l'accusation d'amalgame malhonnète. D'autre part il commet une erreur
majeure. Si certains problèmes peuvent être traités par des décisions
isolées (les CFC ou le plomb dans l'essence) celui des émissions de
gaz carbonique par l'usage du gaz, du charbon et du pétrole ne peut
pas l'être puisqu'il s'agit de 80% de sources d'énergies actuelle.
C'est donc l'ensemble du mode de vie, de production, de transport et
d'habitat qui est concerné. L'ampleur du problème interdit de le
prendre «un par un». En outre, il conteste sans le dire une des
conclusions majeures de ses collègues climatologues, à savoir que le
changement climatique rapide va aggraver toutes les autres
difficultés, il n'y a donc aucune opposition entre les actions sur
ces difficultés et l'action pour réduire les émissions de gaz à effet
de serre.

Je revendique le droit de dire que j'émets des doutes sur le fait que
le gaz carbonique est le principal responsable du changement
climatique. Horreur, au pays de Descartes, je revendique le droit au
doute !

Libération .Revendiquer le droit au doute dans des termes aussi généraux est
ridicule de la part du scientifique qu'il est. Claude Allègre ne
revendique pas le droit au doute sur l'affirmation selon laquelle la
Terre est plate. Remarque stupide ? Mais Claude Allègre, dans toute
sa carrière scientifique, n'a jamais mis en doute les données
nucléaires fournies par ses collègues physiciens et avec lesquels il
a mené une brillante carrière de géochimiste et de reconstitution du
très lointain passé de la Terre et de la Lune à partir d'une analyse
des isotopes d'éléments chimiques. S'il avait douté de ces données,
aucun de ses articles scientifiques sur le sujet n'aurait pu voir le
jour. La question suivante est donc tout à fait centrale : pourquoi
estime t-il pouvoir revendiquer le doute sur le rôle du gaz
carbonique comme principal facteur du changement climatique en cours
? La question est tout à fait pertinente puisqu'il s'agit de savoir à
quel moment une connaissance ou un ensemble de connaissances acquiert
un statut tel que la bonne méthode n'est plus de la mettre en doute.
Il suffit de revenir en 1976 pour avoir la réponse. A l'époque, il
n'était pas possible de ne pas douter de l'affirmation «le gaz
carbonique est le principal responsable du changement climatique».
Pourquoi ? Etrange puisque l'on savait depuis un siècle que ce gaz à
effet de serre joue un rôle climatique. Tout simplement parce que
l'on ne pouvait pas, à l'époque, transformer cette idée générale,
incontestable, en mesure de son rôle relativement aux autres facteurs
d'évolution climatique (soleil, courants océaniques, éruptions
volcaniques, nuages, aérosols...). Pour ce faire, il fallait
connaître les relations passées entre climat et teneur en gaz à effet
de serre de l'atmosphère et être capable de calculer l'effet
climatique d'une variation de ces teneurs à l'avenir. Or, ces deux
éléments sont maintenant disponibles avec une précision suffisante
pour répondre à la question. Nous connaissons les teneurs en gaz
carbonique de l'air depuis 800.000 ans, soit quatre ères glaciaires
et autant de périodes chaudes. Et les modèles climatiques sur
ordinateurs ont un réalisme suffisant pour savoir qu'un doublemement
ou un triplement de cette teneur en cent ans doit piloter l'évolution
du climat sur plusieurs siècles. Ces deux avancées scientifiques sont
très récentes, elles se sont déroulées par étapes depuis 1987
seulement. Il pourrait donc sembler justifié d'en douter. Encore
faut-il le faire de bonne foi, sur la base d'arguments scientifiques
et sans nier les résultats obtenus par des méthodes normales par les
climatologues. C'est justement ce que ne fait pas Claude Allègre.
Quant au public, il peut constater que la conviction récente des
scientifiques spécialistes du sujet selon laquelle le doute n'est
plus de mise sur cette affirmation (lire Le Treut plus haut) s'est
construite avec prudence, à l'aide d'un énorme travail de critique.
Dans ces conditions, il devient raisonnable de leur faire confiance
plutôt qu'à quelques individus qui semblent animés (vigoureusement)
par des motivations énigmatiques et en tous cas très éloignées d'un
débat scientifique normal.

_________________
Bonapartiste et réunioniste

«Les Belges ? Ils ne dureront pas. Ce n’est pas une nation, deux cent protocoles n’en feront jamais une nation. Cette Belgique ne sera jamais un pays, cela ne peut tenir… » Charles-Maurice de TALLEYRAND-PÉRIGORD
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