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 Les Flamands et les "zonards"

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Thierry
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MessageSujet: Les Flamands et les "zonards"   Jeu 27 Sep 2007, 8:06 pm

Les Flamands et les "zonards"
Jérôme GRYNPAS

Les Flamands s'appuient sur une volonté d'existence nationale, les "autres" sur des craintes ou des rodomontades. Mais où est leur force identitaire équivalente ?

Indépendamment du jugement qu'on porte sur les revendications flamandes, ce qui surprend c'est la manière dont les négociations sont emmanchées. En gros, au nord du pays, on avance un certain nombre de "demandes". Certaines doivent être acceptées avant toute discussion relative à la formation du gouvernement; d'autres se feront dans les limites d'un accord gouvernemental. Resteront pour la bonne bouche, des exigences qui réclament un accord plus large parce qu'elles supposent une majorité des deux tiers. Ceci exposé, la Flandre attend de l'"autre partie" comme un dû qu'elle fasse connaître ce qu'elle est prête à accorder : immédiatement, au sein de la coalition ou plus largement encore à travers les débats parlementaires. Curieuse façon de négocier entre partenaires.

Wallons et Bruxellois - depuis le Wallen buiten - ont réagi au coup par coup : indignés, incrédules, désemparés. Hier, ils déclaraient n'être demandeurs de rien. Aujourd'hui, face à la demande impérative de la scission de BHV, ils mettent en avant l'extension de la région bruxelloise. A vrai dire, eux-mêmes n'ont pas l'air d'y croire. Les Flamands ont haussé les épaules et maintenu leurs exigences.

Bref, on a laissé aux seuls politiques du nord du pays l'avantage stratégique des revendications communautaires. Face à celles-ci, les autres régions n'ont fait connaître que des contre-propositions, comme on improvise des contre-feux, comme si le sérieux de la négociation se limitait aux seules demandes flamandes.

La Belgique se (dé) compose en trois niveaux : un peuple flamand, des Wallons et un problème bruxellois. Politiquement, il est sans grand intérêt de s'adresser à l'Histoire pour avaliser la légitimité des revendications flamandes. Le fait est là. En un peu plus d'un siècle, au nord du pays, un "vivre ensemble" s'est constitué : linguistiquement, culturellement, sociologiquement. Au nom de quoi pourrait-on s'y opposer ? Au début des années soixante, les revendications flamandes, inconsciemment certes, ont renforcé leur légitimité au grand vent de la lutte anticoloniale. Avec le temps, ils ont engrangé des résultats remarquables... qui ont accru, très normalement, leurs exigences.

Les Wallons, conscients de leur infériorité non seulement économique mais nationale, balancent entre diverses solutions : maintenir la Belgique (quitte à avaler nombre de couleuvres) ou à en limiter le domaine à leur territoire et aux dix-neuf communes bruxelloises ou à se rattacher à la France, ou en désespoir de cause tenter de vivre "seuls"... Autrement dit, parce qu'incapables de se penser indépendants, ils sont incapables d'une négociation qui préserverait l'existence du pays.

Les Bruxellois, sans légitimité aux yeux d'une grande partie de la classe politique flamande, n'ont qu'une confiance limitée dans la capacité des Wallons d'imposer une entité qui les réuniraient au sud du pays, sans parler de la menace d'une double tutelle. Certes, sur le papier, ils peuvent se prévaloir d'une fabuleuse opportunité : constituer une région bruxelloise élargie en un "cocagneux" district européen trilingue. Mais le nord et le sud seront-ils jamais d'accord ? Le premier, parce que cela entamerait son intangibilité territoriale et culturelle; le second, parce qu'il craindrait de s'appauvrir davantage encore.

En deux mots comme en cent : les Flamands s'appuient sur une volonté d'existence nationale, les "autres" sur des craintes (comment allons-nous survivre ?), des rodomontades (nous allons faire un grand district européen) ou de fausses bonnes idées (la nation francophone).

On le sait, l'Histoire est un perpétuel surgissement. La Belgique née d'une faiblesse passagère et opportune de la Sainte Alliance appartenait à la sphère culturelle française. Longtemps pour exister socialement dans ce pays, il fallait en être. Il n'en reste pas grand-chose. A défaut d'Etat, la nation flamande, (mais n'est-ce pas le plus important ?) est bien là. Son patriotisme est évident comme sa hargne. Cette dernière qui choque certains ne devrait étonner personne. Le flamand "officiel" est récent. Il s'est voulu comme à côté du néerlandais tout en ignorant ses dialectes qui ont maintenu la flamme, tout en freinant sa vigueur culturelle. Mais ces querelles de famille ne sont rien à côté du "danger fransquillon". Coincé entre le français, le maître de jadis, et l'anglais, le maître d'aujourd'hui, le flamand a le sentiment de sa précarité. Il se défend, rien de plus naturel. Mais son humeur batailleuse ne rencontre plus rien contre quoi ferrailler. Le français n'est plus, vive le francophone !

Si la singularité linguistique participe de la construction de l'identité nationale, elle en est avant tout le ciment, comme le flamand, et non une pièce rapportée ou un simulacre comme le... "francophone" ! Hier, la Belgique était un pays de culture française, comme toute une série de régions en France ou en dehors (la Bretagne, le pays d'Oc, l'Alsace... mais aussi Genève ou Lausanne). Aujourd'hui, Wallons, Bruxellois francisés (même depuis des générations), étrangers et migrants sont répertoriés "francophones". Dans cette foule, combien usent sciemment du français - à la fois - comme expression identitaire et outil culturel ? Le Flamand bilingue, l'immigré récent qui en sait assez pour se débrouiller, le fonctionnaire européen qui n'est pas tout à fait chez lui, tous sont des "francophones" plus ou moins qualifiés. Mieux encore, par couardise, par souci du politico-culturel "correct", on assimile tous ceux qui ne se revendiquent pas comme Flamands à des francophones. Ainsi disparaît ce qui exprime la constante identitaire la plus forte : la langue comme expression et outil culturels. Face aux Flamands, il n'y a plus des Belges de culture française mais des intérêts divers qui tentent de s'agréger, entre autres, sur la plus petite base linguistique commune : "le francophone" soit le français minimum, un français dépareillé sans la culture qui va avec.

Ne nous payons donc pas de mots : fédération, confédération ne seront que des cache-misère tant qu'en face du peuple flamand ne se constitue pas une force identitaire équivalente. Autrement, indépendamment de toute considération économique, les non-Flamands resteront toujours des "zonards".
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MessageSujet: Re: Les Flamands et les "zonards"   Jeu 27 Sep 2007, 10:35 pm

Excellente analyse qui mérite d'être méditée !

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