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 Aubry-Royal : les racines du fiel

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MessageSujet: Aubry-Royal : les racines du fiel   Mar 30 Sep 2008, 3:15 pm

Source : http://www.lesechos.fr/info/enquete/4777782-aubry-royal-les-racines-du-fiel.htm

Mardi 30 septembre 2008

Citation :
Aubry-Royal : les racines du fiel


Depuis toujours, elles se détestent. Et pour la première fois, elles nourrissent la même ambition au même moment : s'assurer le contrôle du PS. Personnalités antagonistes, approches inconciliables de la politique, rancunes anciennes... Retour sur les raisons d'une inimitié qui risque de peser sur la recomposition du parti, mi-novembre, à Reims.

ELSA FREYSSENET

Sur le présentoir de cartes postales posé à l'entrée de toutes les grandes réunions socialistes, il en est une qui a le don d'intriguer les militants. Ségolène Royal et Martine Aubry posent, assises à la même table d'un restaurant parisien. Les intéressées ne s'en souviennent guère. « Je ne sais pas où elle a pu être prise », dit sobrement Martine Aubry. Ségolène Royal tente de vous tirer les vers du nez - « C'était en quelle année ? A quelle occasion ? » - puis finit par supposer : « Ce devait être à la fin du gouvernement Bérégovoy », dont les deux femmes était membres. C'était en fait après la déroute législative de 1993. Avec Elisabeth Guigou (au centre de la photo) et d'autres « quadras », elles exigeaient - déjà - une « vraie rénovation du PS » et n'avaient pas de mots assez durs contre la « logique des courants » de leurs aînés.
C'était il y a quinze ans. Mais, aujourd'hui, le souvenir les laisse froides, comme si l'évocation d'une aventure commune leur paraissait incongrue. Elles ont presque le même âge - Martine Aubry a cinquante-huit ans, Ségolène Royal, cinquante-cinq -, ne se sont jamais appréciées et nourrissent pour la première fois la même ambition au même moment : prendre le contrôle du PS dans moins de deux mois, au congrès de Reims. Leurs proches redoutent les étincelles et leurs adversaires les guettent. Alors que Bertrand Delanoë est lui aussi sur la ligne de départ, l'un de ses soutiens, Jean Glavany, souligne avec malice : « Il n'est pas possible que leur haine réciproque ne soit pas une donnée indirecte du congrès. »

Quand Martine annonçait Ségolène

Ni elles ni leurs proches ne savent dater le commencement de leur inimitié mais tous en connaissent les ressorts. Ségolène Royal ne tolère pas le mépris dont Martine Aubry fait largement étalage à son égard, et la maire de Lille ne supporte pas le « côté perso » de la présidente de Poitou-Charentes - « elle ne s'est jamais entendue avec personne, elle a toujours été seule ». Question de personnalités, question de parcours aussi. Lorsque Martine Aubry devient la première femme ministre du Travail, en 1991, le poste est aussi exposé que son CV est solide : seize ans de haute fonction publique, deux ans au sein de la direction de Pechiney. Contre six ans dans le staff de l'Elysée et quatre sur les bancs de l'Assemblée pour Ségolène Royal, nommée, elle, à l'Environnement en 1992 : « Pour Martine, je faisais partie des ombres, des passe- murailles. » Et de glisser, perfide : « Elle était une bosseuse, mais elle avait aussi la chance d'être la fille de Jacques Delors. Moi, je ne suis pas fille de ministre, je suis un peu arrivée là à la force du poignet. » Au culot aussi. Lorsque la gauche se retrouve dans l'opposition après 1993, Ségolène Royal prend tout ce qu'on lui donne et aspire à bien plus (François Hollande la dissuade in extremis de briguer l'investiture présidentielle en 1995). Martine Aubry, au contraire, décline beaucoup d'offres : le porte-parolat de l'Elysée en 1993, la place de numéro deux du PS en 1995... On l'a oublié aujourd'hui, mais celle qui incarne alors la relève de la gauche fut critiquée par les socialistes pour « jouer les extérieurs ». D'abord avec sa fondation contre l'exclusion (Face) financée par des grands patrons, puis avec son mouvement « Agir » associant intellectuels, syndicalistes, élus et simples électeurs. « Martine Aubry a été la première Ségolène Royal », ose un ancien proche. Ce que l'intéressée réfute catégoriquement et sans surprise : « Après 1993, je cherchais des réponses nouvelles. Agir, ce n'était pas des gens pour moi, c'était un sas entre la société et le PS. » Un sas qui n'aura plus de raison d'être lorsque la gauche revient aux affaires, en 1997.

Etincelles au ministère

Le fabiusien Claude Bartolone s'en souvient encore : nous sommes en décembre 1999 et Ségolène Royal, alors ministre déléguée à l'Enseignement scolaire, vient d'annoncer l'arrivée de la pilule du lendemain dans les lycées. « Martine avait fait tout le travail, elle a vraiment explosé de rage. Pendant quelques jours, dès qu'elles se croisaient, il y avait de l'électricité dans l'air. Ségolène faisait semblant de ne rien voir, elle avait fait son coup, elle s'en foutait », relate cet allié de Martine Aubry. Royal récuse tout en bloc, surtout quand Aubry l'accuse d'avoir combattu l'idée quelque temps avant son annonce. Au-delà de cette nouvelle polémique, le « dossier pilule du lendemain » explique pourquoi ni l'une ni l'autre n'est ravie lorsque, au printemps 2000, Ségolène Royal, héritant du dossier de la Famille, est placée sous l'autorité de la puissante ministre de l'Emploi et de la Solidarité. Martine Aubry continue de moquer les méthodes et les manières de sa ministre déléguée - « elle me prenait vraiment pour la dernière des nouilles », insiste Ségolène Royal -, qui elle-même la court-circuitait régulièrement. Pourtant, leurs collaborateurs relativisent : il y avait « des frictions mais pas de drames ». « Rien à voir avec ce qui s'est passé avec Strauss-Kahn », témoigne un ancien pilier du cabinet Aubry, qui fournit immédiatement l'explication : « Ségolène Royal n'était pas un sujet majeur pour Martine. Elle ne boxait pas dans la même catégorie. » L'une est alors une pièce maîtresse du gouvernement - « ministre de tout » -, l'autre est confinée à sa périphérie et ronge son frein. Si les deux femmes ne se sont jamais réellement affrontées, c'est qu'elles n'ont jamais été « en situation » en même temps. En 2002, c'est Martine Aubry qui entame sa traversée du désert. Ayant porté les principales réformes sociales du gouvernement Jospin, elle prend de plein fouet la défaite et les reproches qui vont avec. Battue aux législatives, elle est contestée dans le Nord. Même Pierre Mauroy, qui l'a fait venir à Lille, se détournera d'elle pour mettre ses pas dans la foulée d'une « gazelle ».

Deux approches de la politique

En cette fin août 2006, dans un restaurant de La Rochelle où elle dîne avec une vingtaine de journalistes, Martine Aubry joue au ball-trap. La primaire interne bat son plein et Ségolène Royal fait la course en tête. « On n'est pas en train de choisir le président de l'association de boules du quartier », assène la maire de Lille, qui elle-même avait, brièvement, caressé l'idée de se présenter. Plus tard, elle tranche encore : « Le projet du PS, ce n'est pas famille, travail, effort et régions. » En deux phrases, elle a résumé sa pensée : Ségolène Royal n'est pas au niveau, et sa campagne n'est pas en phase avec les valeurs socialistes. Des attaques que l'ex-candidate n'a toujours pas pardonnées (« La droite les a reprises pendant la campagne »). Même si elle-même n'a pas épargné son ancienne ministre de tutelle en critiquant régulièrement « l'application uniforme et technocratique » des 35 heures, y compris juste avant un déplacement à Lille. Même si Martine Aubry a tu ses critiques une fois l'investiture passée. « Elle n'a pas fait campagne. Aucune émission de radio, aucune interview quand la droite m'attaquait sur ma crédibilité », s'emporte aujourd'hui encore Ségolène Royal. « Elle ne m'a jamais consultée, mais je ne suis pas la seule », souligne Martine Aubry, qui aurait eu bien du mal à défendre une ligne à laquelle elle ne croyait pas.
Plus que de véritables divergences de fond, les deux femmes n'ont tout simplement pas la même approche de la politique. L'une estime qu'il y a des codes (partisans, culturels, temporels) à respecter, l'autre passe son temps à les exploser. L'ancien ministre est persuadée qu'un responsable politique se doit d'abord d'essayer de convaincre de la justesse de ses idées ; l'ex-candidate a théorisé la fin des responsables omniscients. Ségolène Royal cherche toujours à illustrer une démarche par une mesure symbole (encadrement « militaire » pour les jeunes délinquants, Marseillaise dans les meetings ou plus récemment la retraite à points), Martine Aubry se « méfie des idées simplistes pour régler des problèmes complexes ». La reprise des mots de la droite la hérisse, les références religieuses dans les discours politiques « l'inquiètent » : « C'est par la politique qu'on doit donner un sens à une société. » Ségolène Royal trouve cela un peu court : « Le discours politique est tellement asséché. Ce qui fait bouger les gens, ce sont les valeurs, pas le taux de croissance et la fiscalité. » La présidente de Poitou-Charentes prend un malin plaisir à souligner que la généralisation des 35 heures ne figure plus dans la motion de congrès de Martine Aubry. C'est vrai. Mais l'encadrement militaire ne figure plus non plus dans la sienne.

Revanches à prendre

Ségolène Royal et Martine Aubry ont-elles des points communs ? La question déclenche un « non » et un éclat de rire d'évidence chez Elisabeth Guigou. D'autres s'essaient à la réponse : « Bosseuses, opiniâtres pour faire avancer un dossier et arracher un arbitrage », explique un ancien de Matignon. Le syndrome « pompe aspirante-refoulante », ajoute Michel Sapin : « Elles attirent beaucoup de gens par leur charisme et leur élan et elles en ont usé beaucoup, qui s'en sont éloignés. » Et puis, à six semaines du congrès de Reims, la présidente de Poitou-Charentes et la maire de Lille ont toutes deux une revanche à prendre. Martine Aubry sort de six ans de « disgrâce nationale », selon la formule de son amie Adeline Hazan : largement réélue à Lille (66,5 %) en mars dernier, elle a l'opinion à reconquérir et le PS à réinvestir. « Parfois, je me suis sentie un petit peu seule », a-t-elle souligné mardi dernier devant le conseil national du PS. Ex-candidate à la présidentielle, Ségolène Royal juge incroyable que les dirigeants de son parti ne se soient pas rangés derrière elle après la défaite, « comme pour Jospin en 1995 », rappelle-t-elle. Ses pairs ne lui reconnaissent pas de légitimité particulière et ce qui faisait sa force - sa cote de popularité - a commencé à fléchir. L'analogie s'arrête là...

Et maintenant...

Avec deux personnalités aussi antagoniques aux ambitions rivales, tous les ingrédients d'un duel explosif sont réunis. Sauf que la partie ne se joue pas à deux et que le « troisième homme », le maire de Paris, Bertrand Delanoë, le seul à être officiellement candidat au poste de premier secrétaire, allie popularité dans l'opinion et soutien de personnalités de poids. On sait déjà qu'aucun des protagonistes ne sera majoritaire seul. Dans ce contexte, un combat frontal entre les deux rivales serait suicidaire. « Je ne suis pas sûr qu'elles aient intérêt à entrer dans ce piège-là », met en garde Claude Bartolone, convaincu que Delanoë en serait le principal bénéficiaire. Quoi qu'il advienne de ce conseil, les deux femmes empruntent déjà des routes très différentes. Martine Aubry, qui ne cesse de répéter qu'« il y a des temps à respecter dans un parti », ne s'est pas encore déclarée officiellement candidate au poste de premier secrétaire. Ségolène Royal a envoyé, elle, un message samedi soir : quel que soit le résultat du congrès, elle prépare déjà l'échéance suivante, la présidentielle de 2012.

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«Les Belges ? Ils ne dureront pas. Ce n’est pas une nation, deux cent protocoles n’en feront jamais une nation. Cette Belgique ne sera jamais un pays, cela ne peut tenir… » Charles-Maurice de TALLEYRAND-PÉRIGORD
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