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 Le mal des banlieues

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MessageSujet: Le mal des banlieues   Mer 15 Oct 2008, 10:25 pm

Source : http://www.lexpress.fr/actualite/societe/la-faute-aux-urbanistes_483796.html

Banlieues

La faute aux urbanistes?
propos recueillis par Michel Feltin et Michèle Leloup, mis à jour le 30/11/2005 - publié le 01/12/2005

Citation :
Dominique Perben, ministre de l'Equipement et ancien maire de Chalon-sur-Saône, et Bernard Reichen, Grand Prix de l'urbanisme 2005, rejettent tout simplisme et explorent quelques pistes
Le mal-vivre des banlieues a éclaté au grand jour avec les émeutes de l'automne. Et, inévitablement, la question a resurgi: l'urbanisme des grands ensembles en est-il l'une des causes? Pour en débattre, L'Express a réuni un politique, Dominique Perben, et un urbaniste, Bernard Reichen. Le premier connaît bien le sujet: de 1983 à 2002, l'actuel ministre de l'Equipement a été maire de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), une commune ouvrière comprenant de nombreux logements sociaux. Il est aujourd'hui candidat à la mairie de Lyon, qui compte aussi ses quartiers difficiles. Le second est bien placé, lui aussi, pour parler du sujet. Il intervient à la fois sur des sites prestigieux (Seine Rive gauche) ou plus modestes, de Metz à Montpellier en passant par Dunkerque. Membre du comité d'évaluation et de suivi de l'Agence nationale de rénovation urbaine (Anru), il est aujourd'hui considéré comme l'un de nos meilleurs praticiens de la ville. En témoigne le grand prix de l'Urbanisme qu'il a reçu des mains de Dominique Perben, ce lundi 28 novembre, pour l'ensemble de sa carrière. L'un et l'autre sont d'accord pour pointer la responsabilité des urbanistes dans le mal-être des quartiers difficiles. A condition de ne pas conclure qu'ils en sont les seuls responsables.

L'urbanisme est-il l'une des causes du mal des banlieues? En d'autres termes, Le Corbusier et ses disciples sont-ils coupables, en partie du moins, des émeutes de ces dernières semaines?

Bernard Reichen: Le Corbusier a défini sa pensée dans un texte que l'on appelle La Charte d'Athènes, publié en 1942. Quand on la relit, on comprend tout de suite ce qui n'a pas marché. Les grands ensembles ont été conçus en référence à une société industrielle qui est totalement remise en question depuis vingt ans. On a reproduit côte à côte, par centaines, des logements identiques. Et l'on a divisé l'espace de l'homme selon ses besoins: on travaille ici, on habite là et on fait ses courses ailleurs. Ce principe du zonage a produit des effets dramatiques lorsque la crise économique est arrivée. A partir des années 1970-1975, la population des grands ensembles s'est trouvée séparée des zones d'emplois. Peu à peu, ceux qui ont pu trouver du travail ailleurs ont déménagé. Et ces quartiers sont devenus des zones de relégation, avec un taux de chômage considérable et une forte proportion d'immigrés. Les cités se sont transformées en ghettos.

Dominique Perben: Je partage cette analyse. A Chalon-sur-Saône, dont j'ai été maire pendant près de vingt ans, on compte 37% de logements sociaux. Il y a d'un côté la ville ancienne, qui s'est bâtie au fil des siècles, par petits bouts. Et puis, plus loin, de nouveaux quartiers immenses, construits d'un bloc, fermés sur eux-mêmes et conçus sans continuité avec la ville ancienne. On le ressent physiquement: il suffit de traverser une rue pour ne plus être dans le même univers. C'est une erreur tragique: il faut aujourd'hui recréer du lien entre ces quartiers et le reste de la ville.

B. R.: Il peut évidemment paraître facile de se montrer sévère aujourd'hui. Demander à Le Corbusier, en 1942, de prévoir l'informatique, la désindustrialisation, la société de services, la mondialisation, eût été présumer de ses forces. Le seul problème, c'est que cet homme persévérant et influent a réussi à imposer son concept à contretemps… Dans les années 1950, 1960 et 1970, l'espace changeait plus vite que la société. Aujourd'hui, c'est la société qui change plus vite que l'espace. Pour les urbanistes, ce n'est pas facile…

D. P.: Je suis d'accord pour replacer ce débat dans une perspective historique. Car il faut rappeler un point. L'après-guerre a été marqué, en France, par un exode rural massif. On a vu arriver dans les villes, pour travailler dans les usines, des populations qui, dans les campagnes, vivaient dans des fermes sans aucun équipement. Et, tout à coup, ces anciens paysans ont découvert la salle de bains, le chauffage central, l'ascenseur, le confort moderne. C'était un progrès fantastique! Je me souviens que, lorsque j'étais jeune collégien, à Lyon, notre professeur nous avait emmenés admirer la cité de la Duchère. C'est pourquoi, aujourd'hui encore, certaines personnes âgées restent très attachées à leur cité, qui leur rappelle à la fois leur jeunesse et une période objective de progrès social. Je me souviens d'une vieille dame, à Chalon, qui s'était installée dans l'un de ces quartiers avec son mari, un ouvrier de Kodak. Pour elle, son grand ensemble possède une valeur patrimoniale forte. C'est d'ailleurs un atout sur lequel on peut s'appuyer pour résoudre la crise des banlieues.

B. R.: Je suis tout à fait d'accord! Depuis cette période, l' «hygiénisme» est un acquis définitif.

D. P.: On oublie aussi que, pendant les Trente Glorieuses, la croissance atteignait 5 ou 6% par an. Cela signifie que les Français voyaient peu à peu leur niveau de vie s'élever et qu'ils pouvaient suivre ce que l'on appelle un parcours résidentiel. On commençait par habiter une HLM bon marché, puis une HLM un peu plus chère et, pour finir, on sortait du logement aidé pour s'installer dans un petit pavillon ou un appartement de standing. Mais, avec la crise économique, ces quartiers ont reçu de plein fouet l'augmentation du chômage. Et ils sont devenus des lieux où les habitants les plus en difficulté se sont trouvés bloqués. C'est pourquoi, selon moi, l'urbanisme n'est pas la cause première du mal des banlieues. La cause première, c'est la mollesse de la croissance française depuis trente ans. C'est elle qui rend plus difficile l'accueil des populations défavorisées.

B. R.: Il n'est pas faux de dire que, globalement, les logements ont été bien conçus. C'est la rue, la place, l'espace public qui ont été mal pensés. Il faut imaginer différemment les espaces collectifs, recréer des lieux où les gens peuvent se rencontrer. D'où l'importance des transports et de la mobilité.

D. P.: Ce que vient de dire Bernard Reichen est très important: la crise des banlieues ne se résume pas à l'urbanisme. Il y a d'autres causes, comme la mobilité, l'emploi ou l'immigration.

Les maires ont la responsabilité de l'urbanisme: ne portent-ils donc pas aussi une part de responsabilité dans cette crise?

B. R.: On ne peut pas dire cela. Je vous rappelle que cette responsabilité ne leur a été confiée qu'au début des années 1980, lors de la première décentralisation. C'est donc l'Etat qui porte la responsabilité de l'échec des grands ensembles, pour la plupart conçus des années 1950 aux années 1970. Je pense même que la centralisation de la France a rendu le problème plus aigu qu'ailleurs en Europe. Le seul reproche que l'on peut faire aux maires, c'est ce que j'appelle un refus d'héritage. Pour beaucoup d'élus, cette histoire avait été voulue par Paris, c'était donc Paris qui devait le régler. Et l'on a parfois tardé à réagir, en perpétuant des situations d'exception.

Le plan Borloo prévoit beaucoup de destructions-reconstructions. Cette orientation est contestée par certains urbanistes qui considèrent qu'il vaudrait mieux privilégier la réhabilitation…

B. R.: Il n'y a pas de règle générale. C'est du cas par cas, ce qui suppose un travail d'analyse très fin, en amont. Hélas, on voit ici ou là des offices HLM dire: «Il y a de l'argent pour démolir? On démolit. Il y a de l'argent pour réhabiliter? On réhabilite.» C'est ce que j'appelle la culture de la dotation, alors qu'on a besoin de vision. On ne réfléchit pas, on fait ce qui semble être dans le goût de l'époque.

Parfois, il peut être utile de démolir, ne serait-ce que pour offrir ce que j'appelle le «droit au ciel». Je pense à une cité de Saint-Priest, dans la banlieue lyonnaise. Il y existe une barre géante, du nom de «barre des Alpes». Elle porte mal son nom: elle coupe l'espace et empêche la vue sur les montagnes! Sa démolition sera le symbole d'un horizon redonné aux habitants, dans tous les sens du terme: la vue, évidemment, mais aussi l'espace, la mobilité, le bassin d'emploi, etc. Assurer les continuités urbaines pour que ces quartiers s'ouvrent sur le reste de l'agglomération doit être l'un des objectifs de base du renouvellement urbain.

D. P.: Je partage votre analyse: il faut trouver la solution adaptée à chaque cas. A Chalon, j'ai pratiqué des démolitions à certains endroits; ailleurs, je m'y suis opposé. L'une des clefs de la réussite consiste, à mes yeux, à s'appuyer sur le désir des habitants. Je me souviens d'un quartier où l'on avait prévu de démolir une tour. Les résidents ne le voulaient pas. Après de longues discussions, on a fini par suivre leur avis. Pourquoi? Parce qu'ils étaient tellement heureux de nous avoir fait changer d'avis, ils s'étaient tellement impliqués qu'ils sont devenus les meilleurs défenseurs du projet! Comme quoi, il ne suffit pas d'avoir, dans son bureau, trouvé la meilleure solution technique. La meilleure solution est celle qui est comprise et portée par la population.

Les Français plébiscitent la maison individuelle. La solution au mal des banlieues passe-t-elle par la «rurbanisation», c'est-à-dire l'installation des habitants dans les campagnes proches des villes?

B. R.: La perspective du petit pavillon à la campagne peut être tentante individuellement. Elle est catastrophique collectivement. La rurbanisation, c'est l'étalement urbain, donc le gâchis de l'espace et la voiture reine - car les transports en commun ne sont performants que dans les zones denses - donc la pollution. C'est-à-dire le contraire du développement durable! D'ailleurs, je ne crois pas que les rurbains rêvent tous de la campagne. Pour beaucoup, c'est une attitude de dépit: ils quittent la ville, parce qu'elle ne répond pas à leurs besoins. Mais ils y resteraient si elle était mieux conçue.

D. P.: Je crois de plus que, fondamentalement, la ville permet, mieux que la campagne, de constituer une société homogène à partir de populations diverses. C'est pourquoi il est fondamental de créer, dans ces quartiers, des lieux de culture qui permettent aux gens de se rencontrer.

Concrètement?

D. P.: Regardez les repas de quartier. On peut juger ces initiatives dérisoires. Je les crois au contraire très importantes. Je prends un autre exemple: à Chalon, j'avais installé une bibliothèque parmi les grands ensembles, pour favoriser ce brassage. Cela a beaucoup étonné, mais j'étais persuadé qu'il était utile d'inciter tous les Chalonnais à se rendre régulièrement dans ce quartier où ils n'allaient jamais.

Il paraît que cette bibliothèque a été incendiée pendant les émeutes…

D. P.: Ce n'est pas un hasard si elle a été un peu endommagée. Les petits caïds qui essaient de mettre le quartier en coupe réglée n'ont pas envie que ce genre d'initiatives fonctionne, parce que ça dérange leur business. Quand un quartier est mort, quand les services publics sont partis, ils sont tranquilles. A mes yeux, c'est une raison de plus de persévérer.

B. R.: Pour éviter l'étalement urbain, l'une des solutions consiste, selon moi, à privilégier les associations de villes, comme Nantes - Saint-Nazaire ou Sète-Montpellier. Ces villes bi- ou multipolaires peuvent permettre d'éviter de reproduire les erreurs parisiennes en province: une ville tentaculaire, avec des problèmes de transports considérables, un centre chic qui attire les richesses et des zones de relégation en périphérie. L'avenir, ce sont les métropoles polycentriques de ce type.

D. P.: Bernard Reichen a raison: avec le développement de l'urbanisation, nous allons avoir des agglomérations de taille très importante. Pour les contrôler, il faut qu'elles aient plusieurs centres. Je le vois sur l'agglomération lyonnaise: il est stratégique que l'on n'aboutisse pas à un système monocentré sur Lyon. Cela déboucherait sur l'étouffement et la dégradation à la fois du centre et de la périphérie.

B. R.: On aborde là une notion clef: on ne peut régler les problèmes d'un quartier en raisonnant dans les limites étroites de ce quartier. Je prends l'exemple de la cité Dubuisson, à Metz-Borny, qui s'étend sur 15 hectares. Nous avons travaillé sur une zone de 200 hectares qui comprenait aussi un ancien village, des petits immeubles sans problèmes, un centre commercial, un parc, un pôle universitaire, des écoles, etc. A cette échelle, on peut travailler intelligemment sur les déplacements, l'emploi, les équipements publics, etc.

L'intercommunalité ne sert-elle pas à cela?

B. R.: Elle se développe, mais elle n'est pas allée au bout de sa logique. L'urbanisme reste entre les mains des maires, qui défendent chacun leurs intérêts en essayant de laisser les problèmes aux collègues. Les agglomérations sont encore trop souvent la simple addition de politiques municipales séparées, sans cohérence d'ensemble. Elles doivent devenir des zones de projets. Pour cela, il faudra bien un jour passer à l'élection de leurs présidents au suffrage universel direct. Heureusement, le nouvel outil que représentent les schémas de cohérence territoriaux, qui définissent l'occupation de l'espace sur un territoire donné, permet de préparer l'avenir.

Ce qui veut bien dire que les urbanistes ne peuvent pas tout régler?

D. P.: Non, d'autant que, en France, il n'y a pas beaucoup d'urbanistes.

B. R.: Il n'y a pas beaucoup de commandes, non plus…

D. P.: C'est vrai. Mais il faut savoir qu'un maire d'une ville de 50 000 ou 100 000 habitants est souvent embarrassé quand il veut mener à bien un projet. Il n'est pas beaucoup entouré.

B. R.: C'est exact. Il faut savoir qu'aujourd'hui l'urbanisme est presque un violon d'Ingres pour les architectes. Il serait temps d'élever le niveau d'exigence, pour la formation comme pour la commande.

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