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 Quand les papes mouraient « comme des mendiants »

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Stans
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MessageSujet: Quand les papes mouraient « comme des mendiants »   Ven 26 Juin 2009, 9:45 pm

Source : http://www.sartoretti.org/PageB.php?id=475

Quand les papes mouraient « comme des mendiants »

Agostino Paravicini. Par Michel Beuret.

Longtemps les pontifes sont morts maltraités par un étrange rituel.

Citation :
Les explications du médiéviste italo suisse mondialement reconnu, expert du Vatican et professeur à Lausanne.

«Aucun mendiant, et même aucun homme, ne meurt de façon aussi misérable et aussi vile qu'un pape», écrivait au XIIIe siècle le franciscain anglais Thomas d'Eccleston. Les témoignages historiques abondent sur les étranges rituels qui accompagnent la mort des souverains pontifes. En 897, le pape Etienne IV a fait exhumer le cadavre de son prédécesseur Formose poux lui faire un procès posthume. Formose était accusé d'avoir accepté le rôle de pape après avoir été excommunie. II fut condamné à titre posthume. On trancha la tête du cadavre que l'on jeta dans le Tibre.

Au Moyen Age et jusqu'au XVlIIe siècle, sitôt la mort annoncée, l'entourage du Saint Père, même le plus proche, et parfois jusqu'au peuple de Rome, se livrait au pillage de ses appartements. Etienne V (885-891), par exemple, découvre à son élection que dans le «vestiaire» du palais, on a volé des vases sacrés et des ornements liturgiques. On allait parfois jusqu'à dérober les vêtements du souverain. En 1484, le maître de cérémonie Jean Burckard décrit ainsi la mort de Sixte IV (le 12 août): «A peine la dépouille portée dans la chambre, tout le reste disparut, en un instant pour ainsi dire. Malgré toutes mes recherches, je ne parvins à me procurer ni onguent ni mouchoir ou quelque récipient (...) pour laver le cadavre; je ne trouvai pas même des chausses et une chemise pour le vêtir.»

Comment expliquez vous les mauvais traitements réservés longtemps à la dépouille des souverains pontifes?

Pendant des siècles, les papes ont aspiré à devenir empereurs, c'est à-dire à posséder à la fois le pouvoir spirituel et temporel. Face à cette autorité sans limite, il était nécessaire de trouver des contrepoids. De rappeler au pape qu'il était mortel. D'où cette ritualisation de deux moments bien particuliers. Le premier pour rappeler que le pape «redevient homme en mourant» (comme on le disait à la Renaissance) et qu'il perd donc l'autorité pontificale. Ceci explique qu'il y eut parfois des moments de sarcasme face à sa dépouille. Le second moment, à l'inverse, consistait à glorifier le personnage au moment des funérailles. Concernant des figures très controversées comme Alexandre VI, les scènes de sarcasme se prolongeaient jusqu'à l'exposition du corps en la basilique Saint Pierre pour exprimer la désapprobation de son pontificat. D'autres papes, au contraire, ont fait d'emblée l'objet d'un cuite comparable à celui des saints. Mais tout de même, des pillages jusqu'aux habits du Saint Père...

« Il y eut parfois des moments de sarcasmes face à la dépouille papale. »

C'était une chose très répandue en effet du Moyen Age jusqu'au XVIIIe siècle. Il s'agissait très souvent de «déprédations» à caractère dévotionnel. Mais cela s'explique aussi par le fait que, à la mort des papes, les membres de son entourage perdaient le plus souvent leur poste (c'est encore le cas aujourd'hui, ndlr). Le nouveau pape amenait son personnel avec lui. Et ces appropriations sont une sorte de compensation folklorique pour la perte de leur seigneur et de sa protection. Dans l'Europe médiévale, cette attitude concerne aussi les évêques pour ce qui est des saccages internes. Les pillages populaires en revanche, se sont arrêtés dès le XIlle siècle, au moment où le palais du pape a été protégé. A l'époque, la mort d'un seigneur, surtout s'il est ecclésiastique, est toujours un problème car il produit un vide. Ce n'est pas un hasard si cette période s'appelle la vacance. La mort du pape a parfois provoqué à Rome des agitations publiques. Aussi, la papauté dans les derniers siècles du Moyen Age et jusqu'à l'époque moderne a dû faire de grands efforts pour régler le transfert de la fonction pontificale. D'où, en premier lieu, l'attribution aux cardinaux, en 1059, du droit exclusif d'élire le pape. Mais les choses ont pris du temps. Dès lors que les institutions ont fonctionné, les saccages ont pris fin. Nous vivons aujourd'hui une situation parfaitement sous contrôle.

Lorsque vous étiez à la Bibilothèque du Vatican, vous avez assisté en 1978 aux funérailles de Jean Paul Ier. Comment se compose le rituel aujourd'hui ?

Il n'a pas beaucoup changé depuis la fin du Moyen Age. C'est toujours le cardinal camerlingue qui constate officiellement le décès et doit l'annoncer au doyen du Collège des cardinaux. Jusqu'à une époque très récente, on utilisait un petit marteau en argent pour tapoter la tête et les pieds du pape afin de s'assurer qu'il était vraiment mort. Cela se faisait à huis clos. Avant l'exposition publique, il y a une première exposition dans une chapelle privée du palais. C'est là que j'ai vu Jean Paul I exposé. Cette exposition permet la dévotion de la curie romaine. Vient ensuite l'exposition publique à Saint Pierre. Très longtemps aussi, un rituel consistait à casser la matrice avec laquelle on produisait les bulles de plomb pontificales. Ces bulles présentent d'un côté les visages des apôtres Pierre et Paul, et de l'autre le nom du pape régnant. On ne cassait pas le côté avec les apôtres, pour signaler que l'institution pontificale perdure au delà de la mort du pape.

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MessageSujet: Re: Quand les papes mouraient « comme des mendiants »   Ven 26 Juin 2009, 9:46 pm

Citation :
Formose

En 897, le pape Etienne IV fait exhumer le corps de son prédécesseur Formose (représenté sur cette peinture de Jean-Paul Laurens, 1870) pour lui intenter un procès posthume. Condamné, il est décapité et son corps jeté dans le libre.

Il y a aussi la préparation de la dépouille pour son exposition publique...

Tout à fait. Depuis le début du XIVe siècle la dépouille est embaumée. C'était devenu nécessaire alors, car à partir de cette période, pour les papes comme pour les autres grands souverains, le temps entre la mort et la fin des funérailles s'allonge. Il était donc devenu nécessaire d'embaumer pour exposer le corps plusieurs jours. Peu à peu se construit un rituel de neuf jours, la neuvaine, elle aussi d'origine impériale. En principe le pape était exposé pendant toute cette période. Mais en pratique ce n'était pas possible. Après trois ou quatre jours donc, on ensevelissait le corps. Cependant, on construisait un catafalque dans l'église qui continuait à présenter symboliquement le pape défunt. On est même allé plus loin. Pour faire croire que le pape se trouvait bien dans le catafalque vide, deux clercs étaient postés à côté et agitaient des éventails noirs autre rituel d'origine romaine et impériale pour «chasser les mouches». Aujourd'hui, les techniques d'embaumement sont bien plus performantes évidemment. Jean XXIII, par exemple, a été très bien embaumé. Mais, il faut rappeler que ce rituel est avant tout lié à l'exposition du corps, ce qui le différencie des rites pharaoniques.

Pie XII

Le pape meurt le 9 octobre 1958. A son agonie, il est pris en photo par son médecin Galeazzi Lisi qui revend les négatifs à un magazine français. Le scandale fait surgir la modernité dans un pontificat qui l'ignorait complètement.

Pour les besoins de l'embaumement, les papes étaient éviscérés et leurs viscères conservés au Vatican. Vrai ?

Oui, longtemps, on ne sait pas bien ce qu'on a fait de ces viscères, on les enterrait sans doute. Mais entre les XVIe et XVIIIe siècles, ils furent déposés dans la paroisse du Quirinal. Et aujourd'hui encore, la crypte de la paroisse abrite de grands vases qui conservent ces viscères. Je ne sais pas ce qu'il en est aujourd'hui. Je me demande d'ailleurs où les viscères sont ensevelis, car je ne connais pas au Vatican de véritables cimetières à l'exception du Campo Santo. Cette période de conservation des viscères est survenue à l'époque du Concile de Trente et de la Contre Réforme, un temps où la figure du pape est plus exaltée que jamais. Mais c'est aussi une pratique emblématique d'une grande dévotion.

S'il n'était pas dans le catafalque, que devenait le corps?

Entre le XVIe et le XVIIe siècles, on prévoit de déposer la dépouille du pape au troisième jour de la neuvaine dans une caisse en cyprès où l'on versait trois bourses de velours contenant chacune vingt médailles à l'effigie du pape. La première contient de l'or, la seconde de l'argent et la troisième du bronze. C'est une symbolique qui souligne que le pape en mourant doit abandonner les biens terrestres.

Ne faut-il pas y voir un syncrétisme avec d'anciens rites païens?

Peut être. Je ne sais pas d'ailleurs si cette pratique existe encore. Elle est un rituel comme tant d'autres. Par exemple, celui de l'étoupe. Depuis le XIIe siècle et jusqu'au début du XXe siècle, on présentait au pape à son couronnement de l'étoupe, l'intérieur d'une chandelle, que l'on allumait et qui flambait naturellement. Cela pour lui signifier que le pouvoir qu'il reçoit prendra fin un jour. On retrouve ce rite chez les empereurs de Byzance. C'est le «sic transit gloria mundi» (ainsi passe la gloire du monde), attesté depuis le XIlIe siècle, exclusivement pour les papes d'abord, avant de se populariser. De Gaulle a prononcé ces mots à la mort de Kennedy.

«Paul VI avait choisi de donner sa tiare au cardinal Spellman qui l’a revendue. »

Comment le pape est il vêtu pour son dernier voyage?

Là encore, cela a peu changé depuis le Moyen Age. Son costume quotidien est blanc et rouge. La tunique blanche est en soie et le manteau rouge, d'origine impériale, est une survivance du temps où le pape avait des prétentions temporelles fortes. Le pape accédait à sa fonction en recevant le manteau, c'était l'immantatio. Le symbole du manteau a changé depuis. Le rouge et le blanc sont devenus les couleurs du Christ. Le rouge c'est son martyre et le blanc symbolise l'innocence de la chaire, l'innocence du Christ. On ne voit plus guère le pape porter le manteau rouge aujourd'hui car le Vatican est bien chauffé... Au moment de la mort, normalement, le pape n'est pas habille comme tous les jours, mais comme un évêque qui célèbre la messe, avec la mitre de l'évêque, son anneau etc...

Et que devient la bague du pape?

Tout évêque porte une bague, qui symbolise ses épousailles avec l'Eglise. Mais le pape en possède une particulière à l'effigie de Pierre Pêcheur. L'anneau du «pêcheur», une image qui renvoit à Pierre, le «pêcheur d'hommes», dont le pape est le successeur, est cassé à sa mort. Depuis le XIIIe siècle, cette bague scelle la correspondance privée des papes. L'anneau existe toujours et on continue à le casser à la mort du pape.

Jean XXIII

Enterré avec tout le faste en 1963, ce pape a aussi été embaumé avec les techniques les plus modernes. Mais cette pratique est avant tout liée à l'exposition du corps. Rien à voir avec les rites pharaoniques.

Et la tiare?

Je n'ai jamais trouvé de descriptions de papes ensevelis avec leur tiare, justement parce que le pape est enseveli avec la mitre, qu'il porte en tant qu'évêque. On présente par contre les papes avec la tiare sur leurs tombeaux. La tiare a été supprimée par Paul VI en 1964 pour signifier symboliquement la fin des aspirations temporelles du pape. En principe Paul VI aurait dû rendre sa tiare à ceux qui la lui avaient donnée, les fidèles du diocèse de Milan, dont il avait été l'archevêque. Mais il a choisi de la donner au cardinal Spellman, un Américain très en vue à l'époque, qui l'a vendue aux enchères pour des oeuvres de bienfaisance...

Le pape dicte-t-il un testament?

Au Moyen Age et à la Renaissance, c'est plutôt rare. Aujourd'hui, il le fait généralement. Mais ce n'a jamais été une obligation. Il n'y a pas d'ailleurs de distinction très claire entre ce qui lui est personnel et ce qui revient à l'Eglise. Cette ambiguïté existe aussi pour les présidents de certaines grandes démocraties comme la France ou les Etats Unis. Outre Atlantique, on a résolu le problème en faisant construire une Library à la mémoire du président dans laquelle on garde des objets qui auraient peut être pu être versés aux archives nationales.

La photo de Pie XII agonisant, prise par son médecin qui l'a revendue, avait fait scandale.Dans quelle mesure l'image de la mort d'un pape est elle privée?

La santé du pape incarne symboliquement celle de l'institution. C'est une image sacrale. Donc la frontière est très difficile et ambiguë entre le privé et le public. La mort du pape n'est pas seulement une mort privée, le public a droit à des informations. Mais jusqu'où aller? L'affaire de Pie XII révèle le surgissement de la modernité dans un pontificat qui l'ignorait complètement. Pie XII était un pape du passé d'une certaine manière. Jean Paul II a bien mieux géré son image.

Ei Il a aussi connu un très long règne...

L'un des plus longs de toute l'histoire. Au XIe siècle, un théologien de Rome fit une grande découverte: nous sommes en 1064, à l'occasion du premier millénaire de la mort présumée de saint Pierre, et il constate en consultant les biographies des papes qu'aucun d'eux n'a dépassé en durée le règne de Pierre. Selon la tradition, Pierre aurait régné 25 ans. Il en a tiré une sorte de norme historique, affirmant que le règne des papes ne devait pas dépasser vingt cinq ans. Ce théologien a eu raison jusqu'au XlXe siècle. Alors, Pie IX règne plus de 33 ans et son successeur, Léon XIII dépasse lui aussi les «années de Pierre». Il y avait bien eu un antipape au XVe siècle, Benoît XIII, qui avait régné plus de 30 ans parce qu'il refusait d'être déposé, mais il n'était pas reconnu. Donc cela ne compte pas. Le feu pape Jean Paul II, élu en 1978, a dépassé Léon XIII, mais reste loin de Pie IX.

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