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 Flamandisation de l'armée belge

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MessageSujet: Flamandisation de l'armée belge   Mer 08 Déc 2010, 11:09 am

Source : http://www.lepoint.fr/monde/belgique-combien-de-divisions-19-11-2010-1264774_24.php

Le Point - Publié le 19/11/2010 à 19:58

Belgique, combien de divisions ?

Armée. La question linguistique empoisonne les forces belges. Jusqu'au commandement en chef.


Le défilé de la fête nationale ne fait pas oublier le malaise chez les militaires, entre Flamands et francophones. © François Lenoir/Reuters
Par notre envoyé spécial Jean Guisnel

Au quartier Reine-Elisabeth, à Bruxelles, siège de l'état-major de la défense belge, tout semble banal. Vers 15 h 30, les bureaux se vident à flot continu, sous l'oeil d'un fantassin coiffé d'un béret rouge. La sentinelle a largement dépassé la cinquantaine : dans cette armée professionnelle, on fait carrière jusqu'à la retraite, y compris quand on est simple soldat. Mais le calme apparent est trompeur, car l'armée belge est en ébullition. Il faut toujours se méfier des aviateurs, adeptes des attaques en piqué : fin octobre, le colonel Luc Gennart, commandant de la base aérienne de Florennes, à 90 kilomètres au sud-est de Bruxelles, a largué une bombe politique. Ce pilote de chasseur F-16, adepte du parler vrai en français ou en néerlandais, qu'il pratique couramment, a rompu une sorte de pacte national au terme duquel l'armée se tient à l'écart des déchirements politico-linguistiques. "Les Flamands décident de tout", a lancé à la télévision cet officier wallon, avant d'ajouter : "Dans tout ce qui est décision importante sur l'avenir de la défense, les francophones n'ont pas leur mot à dire." Scandale ! Il n'en fallait pas plus pour relancer la polémique dans une Belgique qui n'en demandait pas tant. Soutenu par les libéraux wallons du Mouvement réformateur, Luc Gennart reçoit l'appui de Denis Ducarme, vice-président de la commission de la Défense à la Chambre des députés. Lui aussi dénonce ce qu'il perçoit comme une prise de pouvoir des néerlandophones dans l'institution militaire, au risque de la détruire : "Soyons réalistes : en foot on n'est pas bons, et notre Église a quelques problèmes. Le roi et l'armée sont nos derniers ciments nationaux. En s'attaquant à elle, on met à mal un symbole de la nation."

"Gennart joue en solo"

Les déclarations du colonel Gennart lui ont valu d'être prématurément relevé de son commandement et de recevoir un rappel à l'ordre immédiat, sous forme d'une convocation en grand uniforme dans le bureau du général Charles-Henri Delcour, le chef des armées. Ce dernier, jamais appelé autrement que "CHoD", pour chief of defence (en anglais dans le texte !), a sommé Gennart de ne plus s'exprimer publiquement sur les sujets qui fâchent. Depuis, le colonel se fait discret, mais n'en pense pas moins. D'ailleurs, la question de la langue n'est à ses yeux que l'un des éléments du problème : il proteste également contre le transfert vers la Flandre d'implantations militaires wallonnes, et jure que les F-16 de Florennes partiront d'ici peu pour rejoindre une base flamande, à Kleine-Brogel. Au fond, il ne supporte pas d'avoir été évincé du poste qui - pense-t-il - aurait dû lui revenir : celui de chef d'état-major de l'armée de l'air, la "composante air". Un officier supérieur francophone s'indigne : "C'est du nettoyage ethnique, de l'épuration. Les incompétents se mettent en valeur par la langue ! Un néerlandophone n'osera jamais affronter sa hiérarchie pour dire qu'un collègue francophone est valable." Un des supérieurs du colonel rebelle dément, lui, fermement cette analyse : "Je connais bien Gennart, et son blocage n'a rien à voir avec la langue. En réalité, il joue en solo, ne fait pas profiter les autres de son expérience. Tout le monde ne peut pas prétendre aux postes les plus élevés." Un autre officier général ajoute : "C'est un pilote, il est resté un gamin. Ce n'est pas le ministre qui l'a évincé, c'est une commission militaire qui ne l'a pas retenu. Il aurait dû rester tranquille, ce sont ses contacts politiques qui l'ont poussé..."

Des officiers sommés d'être bilingues

Sur les trente-trois généraux belges en activité, seulement dix sont francophones. Ces derniers devraient être plus nombreux (13 ou 14) si l'équilibre classique mais tacite (60 % des postes pour les néerlandophones, 40 % pour les francophones) était rigoureusement respecté. Au ministère de la Défense, on affiche une ostensible placidité et on minimise les propos de Luc Gennart. Conseiller au cabinet de Pieter De Crem, le diplomate Vincent Mertens refuse de voir une quelconque rupture dans la situation dénoncée par le bouillant colonel. "On connaît depuis fort longtemps le problème qu'il soulève. C'est quand il généralise que Gennart n'est plus dans le vrai. L'équilibre n'est pas si mauvais." Et si difficulté il y a, elle est structurelle, estime le conseiller : "André Flahaut, le prédécesseur socialiste de Pieter De Crem, a lui aussi été confronté à ce problème, lequel a empiré sous son mandat et a continué de s'aggraver ensuite." Selon la plupart des officiers que nous avons rencontrés, les sources du déséquilibre sont à rechercher dans le refus des officiers francophones de passer l'examen de langue, obligatoire pour accéder aux grades d'officiers. Car, si les simples soldats ou les sous-officiers peuvent s'exprimer uniquement dans leur langue d'origine, les officiers doivent être bilingues. Personne ne peut prétendre aux grades de colonel ou de général sans maîtriser parfaitement le français et le néerlandais. Or, de l'avis général, les francophones n'acceptent que difficilement cette démarche, ce que Vincent Mertens déplore : "C'est vraiment la cause essentielle. Les francophones ne se présentent pas suffisamment nombreux à l'examen ou ne le réussissent pas. Il faut améliorer la connaissance du néerlandais, et c'est dans ce but que nous avons envoyé cette année cinq colonels à l'école de langue : la solution sera structurelle." Lorsqu'un officier est reconnu comme bilingue, il est "souligné", c'est-à-dire apte à occuper les plus hautes fonctions. Et s'il ne l'est pas, sa carrière est terminée. Luc Gennart est "souligné". Manière de constater que, dans sa situation, la question linguistique n'est pas le vrai problème.

"Flamandisation"

Les militaires belges en activité sont comme les autres : aucun n'accepte de s'entretenir du sujet de façon autre qu'anonyme. Sauf s'il est syndicaliste ! Car, en Belgique, les armées disposent de leurs syndicats, institués en 1978 et actifs depuis 1991. Chaque grand parti possède sa centrale jumelle, chacune disposant de sa structure militaire. Dans les casernes, on vote. Patrick Descy est un sous-officier d'active. Actuellement permanent du syndicat socialiste de la Centrale générale des services publics, il est associé aux commissions d'avancement et ne considère pas qu'il y ait un problème linguistique dans les armées. Ou, en tout cas, pas un problème spécifique : "La diplomatie n'est pas différente de la défense, et la justice non plus : toute la tête est néerlandophone. Pour moi, il s'agit d'un problème politique, pas linguistique. D'ailleurs, estime-t-il,Luc Gennart commet une erreur en parlant de "flamandisation" : je m'entends mieux avec les généraux néerlandophones qu'avec le chef de la défense, le général Delcour, francophone, oui, mais complètement à côté de la plaque ! C'est un antisyndicaliste invétéré." Administrateur de nombreuses sociétés et très actif dans le monde de la défense, l'économiste Michel Moll n'est pas d'un avis très différent. Lui aussi considère que "le ministre Pieter De Crem a fait de bonnes choses, par exemple en engageant nos forces en Afghanistan et en stoppant la transformation de l'armée belge en force humanitaire, que voulait André Flahaut. Mais reconnaissons-le : c'est un activiste de la flamandisation".

Un si profond malaise

Sanctionné, Luc Gennart a bien compris que sa carrière dans l'armée belge est terminée. Toutefois, il a décidé de se battre et de contester en justice ces sanctions. En Belgique, la démarche est inhabituelle. D'autant que le Conseil d'État lui a donné raison ! Sous les applaudissements de ses subordonnés, il a pu rejoindre son unité la tête haute, mais provisoirement, car la limite d'âge s'approche à grands pas. L'important est ailleurs : la décision du Conseil d'État a provoqué une tempête dans le haut état-major. Le général Charles-Henri Delcour a offert sa démission au ministre Pieter De Crem, qui l'a refusée. Dans une déclaration à la presse, l'officier a ensuite mis les pieds dans le plat et explicitement affirmé que l'exercice de l'autorité militaire n'est plus possible dans la Belgique actuelle : "Notre déontologie militaire et nos normes d'ordre et de discipline semblent devenues incompatibles avec les lois ou avec les conventions signées par la Belgique." Il a appelé de ses voeux "une initiative législative [qui] permettra [it] de remédier à la situation actuelle dans laquelle on refuse de prendre en compte la spécificité militaire". Plus fort encore, il a dénoncé le cadre légal dans lequel l'armée belge exécute (en Afghanistan, au Liban et dans l'océan Indien) ses missions à l'étranger : "Un certain nombre de conventions internationales, principalement en matière de droits de l'homme, sont souvent incompatibles avec le fonctionnement usuel en matière d'ordre." Clairement, quelque chose ne tourne plus très rond dans l'armée du royaume de Belgique ! Et le malaise n'est pas réductible au problème Flamands/francophones.

Le psychodrame communautaire continue

Discrétion, petits pas, rencontres exclusivement à deux, les yeux dans les yeux, discussions sur la base d'études chiffrées de la Banque nationale de Belgique. C'est la méthode de Johan Vande Lanotte, le " conciliateur " nommé par le roi Albert II pour faciliter la formation d'un gouvernement de coalition, cinq mois déjà après les législatives anticipées.
Rien ne permet encore de dire si la recette fonctionnera. Elle aura au moins permis à chaque camp, Flamands et francophones tous partis confondus, de retrouver le calme. Mais le travail - salué par tous - du conciliateur socialiste ostendais ne portera ses fruits que si les sept chefs de parti impliqués dans les négociations (quatre Flamands, trois francophones) acceptent sa proposition de compromis sur la loi de financement et sur une nouvelle réforme de l'Etat.
Les francophones en doutent. Ils s'interrogent notamment sur la capacité du Flamand Bart De Wever, grand vainqueur des élections du 13 juin, à accepter de revoir à la baisse ses exigences d'autonomie. Cela n'est pas gagné, d'autant que le très susceptible leader populiste de la N-VA est, ces temps-ci, de méchante humeur. Il s'estimait déjà maltraité par la presse. Il tempête désormais contre Jean-Yves Hayez, un psychiatre wallon, qui l'a traité dans une interview d'" enfant roi ", avide de puissance et rétif à toute forme de contrainte. Cela a valu au psy une plainte de Bart De Wever auprès de l'ordre des médecins

L'armée belge en chiffres

Les forces armées belges comptent 37 500 civils et militaires répartis en quatre composantes (terre, air, mer et médical). 1 200 militaires sont déployés à l'étranger. En Afghanistan, 350 d'entre eux sont chargés de la garde de l'aéroport de Kaboul et 110 aviateurs sont à Kandahar avec six chasseurs F-16. Au Liban, 100 hommes du génie manoeuvrent au sein de la Finul, mais auront quitté le pays à la fin de ce mois. 157 marins sont déployés dans l'océan Indien à bord de la frégate " Louise-Marie ", dans le cadre de l'opération européenne Atalante.

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«Les Belges ? Ils ne dureront pas. Ce n’est pas une nation, deux cent protocoles n’en feront jamais une nation. Cette Belgique ne sera jamais un pays, cela ne peut tenir… » Charles-Maurice de TALLEYRAND-PÉRIGORD
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MessageSujet: Re: Flamandisation de l'armée belge   Mer 08 Déc 2010, 6:55 pm

Le colonel Gennart a donné une superbe interview à Humo, le magazine flamand bien connu. Le texte intégral n'est lisible que dans le magazine papier (5 pages !) mais un résumé est disponible ici : http://www.humo.be/tws/deze-week/21386/kolonel-gennart-en-de-350-piloten.html

C'est du grand art : le colonel explique le haut niveau de professionnalisme de la base de Florennes et des pilotes de F16 envoyés en Afghanistan depuis 2008. Les F16 belges, avions américains enrichis de technologies française sont les meilleurs au monde, reconnus unanimement par tous les membres de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord ... Prouesses techniques, souvenirs personnels et maintien de ses dires sur la flamandisation, le colonel Gennart arrive à donner une image de héros dans un média flamand tout en ridiculisant son ministre De Crem qui non seulement le sanctionne pour ses propos mais a toujours passé les actions de la base de Florennes sous silence parce que "trop francophone" ... Very Happy
Il égratigne au passage les Américains qui ont tendance à lâcher des bombes sur tout ce qui bouge alors qu'eux parviennent à frapper précisément les talibans sans toucher les maisons de civils juste à côté.
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MessageSujet: Re: Flamandisation de l'armée belge   Sam 11 Déc 2010, 8:10 pm

Voilà, j'ai pris l'initiative de traduire cet article pour le faire connaître également dans le monde francophone :


Citation :
Colonel Luc Gennart : sa dernière salve – le militaire de haut niveau qui se heurtait à De Crem


Le Ministre de la Défense Pieter De Crem le nomme Colonel Blablabla. Mais il ne l’est pas du tout. Il pèse chaque mot qu’il dit, mais il dit ce qu’il pense vraiment. Dans un néerlandais irréprochable d’ailleurs : le colonel Luc Gennart (51 ans), commandant prenant congé de la base aérienne de Florennes, est un Militaire avec une Opinion.

Mais aujourd’hui, pas de bataille de mots acerbes entre le colonel et le ministre : il fait bien trop froid. A la base de Florennes, pointe une météo glaciale. Un âpre vent de nord-est chasse sur le haut plateau désolé. La température ressentie est de – 15°C. Les troupes se sont rassemblées dans un hangar chauffé, où le chef de corps célèbre sa prise de congé des armes : Luc Gennart quitte l’armée. Après la commotion due à sa sortie sur la « flamandisation » du sommet de l’armée belge et la menace de fermeture de la base, il a décidé de conserver son honneur et de partir en pension anticipée. Toute la caserne a accouru pour pour donner un beau congé à Gennart. La fanfare joue une fois sur 5 la Brabançonne, il y a une parade, Gennart tient un chaud discours d’adieu devant « ses » gens et à la tribune d’honneur, une profusion d’étoiles et de barrettes. Même le ministre De Crem s’est déplacé jusqu’au sud du pays dans ces circonstances hivernales. Mais, quand le ministre et le colonel se saluent pendant la cérémonie, même un étranger remarquerait que ces deux hommes ne sont pas des amis. En principe, un militaire de n’importe quel rang doit garder le silence sur les règlements politiques, et Gennart ne l’a pas fait. Une entorse au code qu’il a payée cher.
Quand nous lui parlons à l’arrière de la réception, il est prêt pour une interview à condition que nous ne parlions pas de deux thèmes délicats : la flamandisation au sommet et la restructuration de De Crem. Et en avant marche !*
* en français dans le texte.

Humo : Monsieur Gennart, avez-vous suivi un peu les divulgations de secrets sur Wikileaks ?
Luc Gennart : J’ai appris que des armes nucléaires se trouvent probablement à Kleine Brogel.
[b]Humo : [i]Vous ne le saviez pas ?

Luc Gennart : Non (rire)
Humo : Plus tôt dans l’année, il y avait aussi sur le site une vidéo d’hélicoptères de l’armée américaine en Irak qui tirent sur tout ce qui bouge, y compris des civils qui ramassent les cadavres sur la rue.
Luc Gennart : J’ai vu certains fragments (silence) Si nous larguons une bombe avec nos F16, nous prenons le temps : cela dure en moyenne 30 minutes avant un bombardement. Chez les Américains c’est 5 minutes. Nous allons le plus loin possible pour que tout se passe correctement et qu’il n’y ait pas de victimes civiles.
Pendant une guerre, le droit international n’existe pas, ou il est réduit à son strict minimum. Le droit national prime. Et vous le savez aussi : le droit de légitime défense signifie autre chose en Amérique qu’en Belgique. Un bijoutier qui tire dans le dos de l’attaquant après un braquage de son magasin doit en répondre devant le tribunal en Belgique. En Amérique, il ne devra jamais le faire. Un Américain peut se défendre lui-même avec une arme s’il se sent menacé. Et quand êtes-vous menacé ? Du point de vue de la guerre, cela arrive vite.
J’habite à Namur. Namur a été bombardée par erreur en 1944 par les Américains : des centaines d’habitants sont morts. « Sorry chaps, we missed targets », et cela reste. Une telle chose ne peut pas se produire chez nous. Dans notre démocratie, il y a plus de respect pour la vie humaine.
Les Américains restent des cow-boys. Vous le voyez aussi dans leur économie : l’ultralibéralisme s’exprime sans limites. Ils ne laissent personne leur dire ce qu’ils doivent faire.
Humo : Entre les lignes je sens de l’indignation.
Luc Gennart : Nous n’imposons pas nos règles pendant la guerre. Et cela nous rend plus aptes à des opérations de libération que les Américains. Laissez les Américains reprendre les opérations logistiques à leur compte, comme la distribution d’eau, la fourniture de toits et de couvertures à la population locale.
Humo : La préservation de la paix n’est rien pour les Américains ?
Luc Gennart : Comment fondez-vous la paix ? Pas avec les victimes civiles d’une bombe. Avec cela, vous perdez votre crédit auprès de la population locale.

AMI ET ENNEMI

Humo : Depuis combien de temps votre unité est-elle en Afghanistan ?
Luc Gennart : 2 ans : depuis septembre 2008. Je leur ai rendu visite 3 fois.
Humo : Votre unité est là pour assister les Américains.
Luc Gennart : Non, nous sommes là pour les Afghans, dans le cadre de l’opération ISAF de l’Organisation du Traité de l'Atlantique Nord. Nous collaborons avec les alliés.
Humo : Avec les Américains donc.
Luc Gennart : Non, la majorité des troupes au sol que nous soutenons par les airs sont britanniques. Ils préfèrent collaborer avec nous plutôt qu’avec les Américains : nous avons les armes les plus précieuses.
Nous avons déjà été témoins que les Américains ont reçu la mission d’ouvrir le feu par les airs sur ce qui est apparu après comme des troupes amies. Des Américains ! Heureusement nous avions vu à temps que ce n’étaient pas des troupes ennemies, grâce à notre appareillage ingénieux.
Humo : Un instant : les Américains vous avaient ordonné de tirer sur des troupes américaines ?
Luc Gennart : Précisément.
Humo : Et vous avez ignoré l’ordre américain ?
Luc Gennart : Parce que nous disposons du meilleur appareillage. Il est si bon que même les Américains ne l’ont pas – ces avions avec du matériel ancien. Nous avons le meilleur avion au monde, avec des caméras qui peuvent enregistrer à grande distance la différence entre un ami et un ennemi. Sur base de nos images nous pouvons dire avec certitude : c’est un soldat américain ou c’est un combattant des Talibans.
Humo : Comment voyez-vous ça ?
Luc Gennart : Un militaire avec un casque où est imprimé un drapeau américain apparaît différemment d’un musulman en habit traditionnel. Nous le voyons à partir de nos F16 qui sont équipés d’un « sniper pod ». Avec ça, nous voyons si quelqu’un en bas porte des lunettes ou non, de nuit, à 30 km de distance.
Humo : Ceci étant dit, vous êtes reconnaissant à votre tourmenteur Pieter De Crem qui a engagé les forces aériennes belges pendant 2 ans en Afghanistan.
Luc Gennart : Absolument. Quand les Afghans ont demandé de l’aide supplémentaire aux alliés, le gouvernement belge a décidé de nous envoyer à 2 endroits : Kaboul et Kandahar – plus tard Kunduz s’est encore ajouté. Sous Monsieur Flahaut comme ministre de la Défense, une telle mission était impensable. Ses règles étaient strictes.
Humo : Quelles règles ?
Luc Gennart : Les « rules of engagement » qui définissent quand, où et comment vous pouvez utiliser la violence. Nous avons reçu l’autorisation de monsieur De Crem de larguer des bombes dans des circonstances définies. Sous monsieur Flahaut c’était exclu : nous pouvions seulement prendre des photos aériennes.
Maintenant nous opérons suivant les règles de l’Organisation du Traité de l'Atlantique Nord. Nous jugeons la situation en concertation avec le FAC – le « Forward Air Control » au sol – et nous définissons si la menace est de nature à ce que les troupes alliées au sol ont suffisamment de moyens de se défendre ou non. Si ce n’est pas le cas, nous devons mettre nos moyens en œuvre. Mais ils doivent être bien en proportion. La question est : est-ce suffisant de les survoler à basse altitude pour les effrayer ? Ou formons-nous une attaque où nous tirons près du but ? Ou éventuellement larguons-nous une bombe ? D’autres pays, les Américains par exemple, optent directement pour la bombe. C’est aussi plus facile : jeter une bombe et partir. Pour eux c’est une industrie.
Humo : Vous constatez : c’est en rapport avec l’argent qui peut être gagné ?
Luc Gennart : C’est un sujet sensible, les armes sont aussi engagées contre la population mais c’est comme ça. (il se reprend) Nous devons être fiers de ce que nous faisons. Nous ne devons pas avoir de respect pour les Talibans : les Talibans c’est l’ennemi. Pour la population afghane aussi.
Humo : Vous sentez-vous comme militaire, encore et toujours lié aux règles et aux prescriptions pour traiter de manière adéquate sur place ?
Luc Gennart : Non, nous avons tout : nous avons les armes que nous souhaitons. Et nous le faisons bien. Nous sommes un exemple pour les autres pays – même pour les Américains qui sont étonnés par ce que nous pouvons faire. Ils ne le concéderont pas en public mais soyez tranquille : notre mérite est unanimement reconnu au niveau diplomatique. Un exemple : la secrétaire d’état britannique à la Défense est venue en visite l’année dernière et en dehors de ses propres troupes, elle a rendu visite seulement au détachement belge à Kandahar.
Humo : Avez-vous aussi le respect des Américains ?
Luc Gennart : Le général Bailey a visité la basilique de Walcourt il n’y a pas si longtemps. Les Belges sont très bons, de vrais professionnels, a-t-il dit à cette circonstance.
Humo : Hélàs vous recevez moins de reconnaissance en Belgique. Ici on ne parle pas des « meilleurs avions au monde » en encore moins des prouesses qu’ils exécutent en Afghanistan.
Luc Gennart : Les Belges voient trop la vie en rose, ils oublient qu’il existe des gens qui ne sont pas sympathiques ni amicaux avec les autres. Qui n’ont pas de considération pour la démocratie, comme les Talibans avec leur guerre sainte.
Humo : Qui sont « les Belges » ?
Luc Gennart : La population belge. Nous avons la pression avec les conflits entre communautés pour prendre nos responsabilités internationales. La population afghane souffre. Ils ont trop peu à manger et à boire. Ils rampent sous la terreur.
Humo : Ok mais les autorités belges ne communiquent pas sur la supériorité belge dans les airs. Pourquoi ?
Luc Gennart : C’est difficile de communiquer à propos du danger. Souvenez-vous de la culpabilisation après l’assassinat de nos 10 para’s au Rwanda : il y a eu tellement de pression médiatique que nos troupes ont été immédiatement rappelées. Avec quel résultat ? Un génocide d’1 million de morts.
Monsieur De Crem sait très bien ce que nous faisons en Afghanistan, mais il n’ose pas l’expliquer à la population. Avec l’angoisse des réactions acides des activistes de la liberté, qui le dira ?
Humo : A-t-il peur du premier corps qui va atterrir à Melsbroek ?
Luc Gennart : Il préfère se taire plutôt que de parler des missions où le risque est certain.
Humo : Et ainsi les prouesses des militaires belges en Afghanistan sont dissimulées ?
Luc Gennart : Exact. Nos militaires travaillent dur en Afghanistan et à leur retour l’homme de la rue leur demande : « la guerre là-bas, ce ne sont pas des vacances ? » Ils reviennent avec des histoires sur les combats et leurs familles sont étonnées : ils n’en savent rien. Enfin, cela valait pour la première année. On force le silence en Belgique sur le fait que ce n’est pas si tranquille.
Humo : Une fois on force le message d’une intervention aérienne belge réussie en Afghanistan : il y a environ 1 an, quand les Belges ont résisté aux Britanniques pour larguer une bombe de 250 kg. A la place, les Belges ont introduit au tableau de bord leur canon de 20 mm.
Luc Gennart : 2 pilotes belges de F16 avaient remarqué qu’une bombe de 250 kg pouvait provoquer beaucoup de dégâts. Une telle chose a un rayon d’action de 300m et il y a des bâtiments dans le voisinage de la cible : le risque de victimes civiles est grand. Donc c’était leur proposition : nous laisser installer un canon au tableau de bord. Avec un tel canon, vous tirez 100 balles par secondes dans un espace limité à 10 mètres sur 10. Tirez 2 secondes et vous avez 200 balles sur 20 mètres sur 20 – 400 un carré de 40 mètres, en dehors duquel rien ni personne n’est touché. Le FAC a dit « ok faites-le avec votre canon ». Mais juste au moment où le F16 s’apprêtait à tirer, il est apparu un berger avec un troupeau – dans le carré de 20 mètres sur 20. Le pilote belge a cerclé pendant ½ heure dans l’espace aérien jusqu’à ce que le berger soit parti. Et après il a tiré sur les combattants talibans.
Humo : A-t-il pris un risque à voler si bas ?
Luc Gennart : (il fait non de la tête) Nous restons à haute altitude. Nous pouvons très précisément nous diriger à une distance de 4 km. Vous tirez, vous remontez, les balles arrivent et personne ne sait que vous êtes venu.
Humo : Les médias britanniques ont exploité cette histoire en premier.
Luc Gennart : Ils trouvaient cela fantastique, nous avons reçu des prix de tous les côtés. Mais quand les médias belges ont appris le message, le ton a changé complètement. Je me souviens de la une d’un journal : « Les Belges assassinent 2 Talibans ». Incroyable ! (soupir) « assassiner ». L’ennemi était en train de déposer des bombes et nous l’avons éliminé.
Humo : Et ce n’est pas assassiner ?
Luc Gennart : C’est : anéantir l’ennemi. Eliminer la menace. Mais vous n’en recevez pas de reconnaissance (sarcastique). Peut-être l’approche américaine est-elle meilleure : démolir tout ce qui se trouve sur le chemin ?
Quelqu’un en Belgique doit expliquer clairement ce qu’est une opération militaire. Quel bien nous faisons là-bas. Nous avons le savoir-faire pour exfiltrer les éléments sinistres sans paralyser un pays. Si nous devions larguer des bombes avec autant d’aise que les Américains, nous pourrions être responsables devant un tribunal – vraisemblablement sur la plainte de l’état et du gouvernement. Mieux vaut pas de bombe qu’une bombe à côté de la cible.
Humo : Il ressort aussi des commentaires des pilotes d’hélicoptères américains sur Wikileaks, le plaisir de tuer des gens. Cela ressemble à un jeu vidéo.
Luc Gennart : A cela vous n’allez jamais surprendre nos pilotes de F16, la plupart ont plus de 25 ans. Pour eux larguer une bombe est une mission très difficile. Après ils reviennent en Belgique et sont considérés comme des meurtriers. Les pilotes sont nos soldats en Afghanistan : ils décident d’intervenir ou non. A Kandahar nous avons 7 ou 8 soldats : tous les autres sont à leur merci. Avez-vous une idée de la pression qui pèse sur ces gens ?
Humo : Un pilote est-il un autre homme après une mission où il a du utiliser la violence ?
Luc Gennart : L’utilisation de la violence ne va pas de soi. Vous le voyez en formation : des pilotes compétents, des gens intelligents qui volent très bien avec un avion, craquent au moment où ils doivent détruire l’ennemi. Certains ne le peuvent pas et décrochent.
Au contraire, c’est aussi poignant quand vous, en tant que pilote, voyez de vos yeux les victimes tomber sans pouvoir les rattraper. Après un tel raid, les Talibans se réfugient souvent dans les maisons de familles ordinaires avec des enfants : vous ne pouvez pas tirer sur de telles maisons ou les bombarder.
Heureusement les pilotes sont proches les uns des autres, ils se parlent de tout et s’entraident à être matures.
Humo : Sur Wikileaks il n’est pas encore question de fausses manœuvres belges en Afghanistan.
Luc Gennart : Il n’y a pas de commentaires à propos de nos attaques sur Wikileaks. N’est-ce pas le plus beau compliment ? Il n’y a rien de mauvais à voir sur nos vidéos.
Humo : Il y a quelques temps, le bruit est apparu que nos Jeunes, après leur mission en Afghanistan, seraient allés déstresser dans un hôtel de vacances à Chypre.
Luc Gennart : Cette discussion (soupir). Revenir en Belgique n’est pas simple, après 4 mois où vous avez vécu des choses spéciales, très prenantes. D’un jour à l’autre, vous devez à nouveau composer avec une famille où un enfant est handicapé ou qui a des difficultés à l’école, ou la vie en commun avec une épouse qui part du principe que tout est encore comme avant – et j’en passe. Il arrive que les gens divorcent après quelques mois, ou tentent de se suicider. Cela ne fait pas de mal de préparer leur retour, à Chypre ou ailleurs.

PRESQUE LA COLLISION

Humo : Vous souvenez-vous de votre premier vol avec un F16 ?
Luc Gennart : 1986. Février ou mars, le début de l’année. J’avais des problèmes de frein à l’atterrissage : j’ai du utiliser un « alternative breaking system ».
Humo : Comme vous dites ça calmement. Part of the job ?
Luc Gennart : Nous sommes formés ainsi : toujours suivre la checklist. Si la procédure A ne fonctionne pas, vous suivez la procédure B. C’est aussi simple que ça. Nous croyons en la checklist, jusqu’à preuve du contraire.
Humo : La checklist est-elle toujours la même ?
Luc Gennart : Il y a eu beaucoup de changements au cours des ans : la checklist d’un F16 est devenue comme une pilule (pil ?). L’expérience, hè. Vous apprenez de tous les accidents.
Humo : Et au cours des ans il y a eu beaucoup d’accidents avec des avions de combat : depuis la 2ème guerre mondiale, 350 pilotes belges sont décédés. Manquements techniques en grande partie ?
Luc Gennart : De tout – erreurs humaines aussi, contretemps, circonstances imprévues. Voler n’est pas seulement suivre la procédure c’est aussi décider vite.
Humo : Cela a été comparé avec jouer du piano.
Luc Gennart : Précisément ! Vous avez 5 doigts pour 5 boutons, à gauche et à droite. Mais vous devez avoir les basiques bien en mains. Et là ça va souvent mal : vous êtes distrait, vous vous concentrez sur des aspects précis et vous oubliez le reste. Vous regardez en haut et vous oubliez où est le sol. Comprenez-vous ?
Humo : Aviez-vous un bon ange gardien ?
Luc Gennart : Je suis passé une fois ou 2 dans le chas de l’aiguille si c’est ce que vous voulez dire.
Un de mes premiers vols était dans les Ardennes, à haut altitude, avec 3 avions. A la fin de la zone de vol, nous nous sommes dispersés. Je volais seul plus loin, mais j’ai remarqué que le contrôleur de la base ne disait plus rien – paralysé par la peur, semble-t-il à postériori. tout d’un coup il a crié : « turn left ! » Quand j’ai tourné, j’ai vu pourquoi il était sur les nerfs : un gros avion de passagers est passé devant moi ! A une différence de quelques mètres je l’aurais heurté. Enfin, la zone de vol est descendue plus bas et le contrôleur a reçu un autre boulot.
Humo : Avez-vous perdu des gens proches de vous ?
Luc Gennart : Mon oncle. Il a touché un pylone de RTL. Tué sur le coup. Et l’antenne est tombée sur une maison : 2 morts de plus. C’était mon oncle. Il avait 6 enfants comme moi. Etait chef de corps à Florennes, juste comme moi.
Humo : Est-ce facile en tant que père de 6 enfants de prendre place dans un avion de combat ?
Luc Gennart : C’est un job comme un autre. Agent de police, couvreur, conducteur de train, me semblent tous aussi dangereux que pilote.
Humo : Le F16 reste le plus bel avion ?
Luc Gennart : Le F16 est fantastique. Nous disposons de tout ce que le marché a à offrir : le sniper pod, la nouvelle visière où les données peuvent être projetées …
Humo : Voler avec une telle haute technologie, est-ce de la défonce ?
Luc Gennart : Oui. Parce que quand vous avez un moteur d’une telle puissance vous atteignez 10 km d’altitude en 1 minute. Faire des salto’s, voler bas, voler haut, tout est possible. Et au dessus de la mer, vous voyez mieux que sur un bâteau : vous n’avez pas de vent dans les yeux.
Humo : Avez-vous vécu de belles expériences avec le F16 ?
Luc Gennart : Je n’oublierai pas de sitôt mon dernier vol il y a 2 semaines : quand j’ai fendu les nuages des montagnes de l’Atlas.
Humo : Vous avez presque les larmes aux yeux quand vous en parlez
Luc Gennart : J’étais très heureux de devoir prendre congé là-bas.
Humo : Combien d’heures de vol avez-vous au compteur ?
Luc Gennart : Plus de 3000, dont presque 1800 avec un F16
Humo : Avez-vous vous-même participé à une guerre ?
Luc Gennart : Non, c’était toujours l’entraînement.
Humo : Et vous le regrettez ?
Luc Gennart : J’appartiens à une organisation qui ne m’a pas désigné pour cela. Vous savez : je suis de la même promotion que Frank De Winne, l’astronaute. J’étais commandant avant De Winne, après je suis passé à l’état-major et il est devenu commandant – et la guerre au Kosovo a éclaté. Il y est allé, moi pas.
Humo : Un peu jaloux ?
Luc Gennart : Ce n’est pas de la jalousie, mais je l’aurais fait volontiers. Absolument.

DE RETOUR A LA BASE

Humo : Et maintenant vous quittez l’armée.
Luc Gennart : J’ai 51 ans. Je ne voulais pas me laisser pousser vers un emploi de bureau à la base de Beauvechain où j’aurais du me taire le reste de ma vie active. Je ne vais pas rester assis à attendre ma pension. On ne me veut plus dans l’armée ? Ok, alors je vais faire quelque chose d’autre.
Mais je n’oublie pas que j’ai été le patron d’un des plus grands employeurs de la région, et je défendrai les gens de Florennes jusqu’au bout. Bon, entretemps il y a la commission parlementaire Défense. Ils ont décidé de mener une enquête : sur la flamandisation au sommet de l’armée belge mais aussi sur le processus de décision, qui ne se déroule pas toujours comme ce serait souhaitable dans une démocratie – cela exprime mieux ce que je pense du terme « flamandisation ». La commission fait les bonnes recommandations, espérons.
A cause de ma sortie, la fermeture de Florennes sera discutée ouvertement. Cela ne se produira pas en stoemelings comme c’était prévu à l’origine. Et c’est bien aussi : Florennes a beaucoup d’avenir.
Humo : Et dans cette commission, il deviendra clair que Beauvechain n’est pas une alternative à Florennes ?
Luc Gennart : Il n’y a pas d’espace aérien au-dessus de Beauvechain ! Pourquoi investir dans un terrain d’aviation où vous ne pouvez pas voler ? Je dois dire que cette logique m’échappe. J’ai volé 10 ans à partir de Beauvechain – je connais les limites en comparaison avec Florennes. Le seul avantage de Beauvechain est sa proximité avec la frontière linguistique. Mais qu’est-ce que cela a à voir avec les avions ?
Humo : Vous vous lancez comme le dernier défenseur de Florennes mais il y avait une déclaration plus prosaïque dans les journaux : vous partez parce que vous avez raté une promotion. Le Flamand Claude Van de Voorde a été nommé général à votre place.
Luc Gennart : J’étais candidat général c’est vrai. Je ne dirai rien de plus. Mais plutôt que de me taire et peut-être devenir général plus tard, je dis maintenant tout haut ce que je pense de la possible fermeture de Florennes. Peut-être vais-je démarrer ma propre entreprise – je suis ingénieur de formation.
Humo : Quelle sorte d’entreprise ?
Luc Gennart : Aucune idée. Je suis ouvert à tout.
Humo : Aussi à la politique, écrit La Meuse. Vous auriez un accord avec le MR.
Luc Gennart : Je n’ai encore rien décidé, je suis toujours militaire, mais je n’exclus rien pour le futur.
Humo : Vous n’êtes pas l’anti-Flamand pour lequel vous passez. La meilleure preuve est que vous parlez si bien néerlandais.
Luc Gennart : J’ai différents amis néerlandophones. Mais je hais les xénophobes. Les néerlandophones devraient aussi se rendre compte que tous les Francophones ne sont pas bêtes. Ok, nous nous sommes emmêlés trop loin en Wallonie avec le profitariat social. Mais tous les Francophones ne sont pas d’accord avec cela. Et à ma connaissance tout n’est pas idéal en Flandre. Non, forts ensemble. Scinder la Belgique est la chose la plus stupide que l’on puisse faire.
Humo : Etes-vous fier du titre honorifique que le ministre De Crem vous a donné : colonel Blablabla ?
Luc Gennart : Une telle expression n’en dit-elle pas assez ?
Sa défense n’était pas bonne parce que j’ai touché un point sensible. Avec mon interview d’une minute et demie à la RTBF, avec une dizaine de phrases, j’ai déstabilisé le ministre et l’état-major. Faut le faire ! (rire)
Humo : Des sorties « 3 étoiles sans valeur » disait De Crem.
Luc Gennart : Je n’ai pas d’étoiles.
Humo : Pardon ?
Luc Gennart : Je suis de la force aérienne : j’ai des barrettes.
Humo : Pensez-vous que c’est possible de commencer une nouvelle vie à 51 ans ?
Luc Gennart : Je veux, je peux – c’est ma devise. J’ai une femme fantastique et 6 enfants : nous avons décidé d’entreprendre quelque chose de nouveau.
Mon père a claqué la porte de la Société Générale à 51 ans pour lancer une entreprise avec d’autres ingénieurs. Il réalise des caisses pour des chaînes de magasins, d’abord sur le marché asiatique, ensuite sur le marché belge. Et il en est sorti à 61 ans. S’il a pu le faire, je le peux aussi : je vais encore travailler dur 15 ans.
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MessageSujet: Re: Flamandisation de l'armée belge   Dim 12 Déc 2010, 5:42 pm

Je le verrais bien en politicien ce GENNART ! gloria

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MessageSujet: Re: Flamandisation de l'armée belge   Dim 12 Déc 2010, 11:27 pm

Scinder la Belgique est la chose la plus stupide que l’on puisse faire.
Ah bon ! Alors on fait quoi, mon colonel ?

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MessageSujet: Re: Flamandisation de l'armée belge   Lun 13 Déc 2010, 8:55 am

Lison a écrit:
Scinder la Belgique est la chose la plus stupide que l’on puisse faire.
Ah bon ! Alors on fait quoi, mon colonel ?

Contrairement à ce que dit le journaliste, le colonel Gennart fait toujours officiellement partie de l'armée. Il est muté à Beauvechain où il assurera une présence minimum jusqu'à sa retraite en septembre 2011, en profitant de nombreux arriérés de congés. Il ne peut donc pas (encore) se prononcer ouvertement pour la scission du pays, j'ignore ce qu'il en pense réellement mais s'il était un vrai belgicain, peu lui importerait que ses précieux F16 soient déménagés dans une base flamande ...
Rdv en 2011, cette histoire n'est pas terminée ! cool
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MessageSujet: Re: Flamandisation de l'armée belge   Lun 13 Déc 2010, 12:12 pm

Grasse, Tridi 23 Frimaire, An CCXIX.

Chers tous,

Citation :
Scinder la Belgique est la chose la plus stupide que l’on puisse faire.

Cette déclaration me conforte dans la décision que j'ai prise il y a un mois - ou plus - de quitter le groupe de soutien au Colonel Gennart sur Facebook, groupe trusté par des belgicains faisant leur police anti-rattachistes. Le Colonel Gennart s'imagine sans doute qu'il est encore possible d'attendre de la Flandre de revenir à une certaine bienveillance envers les Francophones dans le cadre d'une Belgique, fédérale ou confédérale. Comment peut-on être à ce point lucide sur la situation linguistico-politique du pays et se tromper aussi lourdement sur les décisions qui devraient s'imposer? Ceci reste pour moi un insondable mystère... sauf à considérer comme Stans que le Colonel puisse envisager une carrière politique belgico-belgicaine.

Je me sens un peu floué d'avoir donné de mon temps pour participer à ce groupe Facebook, mais un peu seulement car inconsciemment je sentais bien dès le début qu'il serait contre-productif à la cause du rattachisme.

Chère AgatheN,

Je viens de lire ton intervention juste avant de poster la mienne: je ne partage pas ton optimisme! Si le Colonel Gennart n'avait pas été hostile à la scission, il aurait su trouver une formulation moins péremptoire que celle qu'il a utilisée, écartant cette hypothèse avec moins de fracas et plus de subtilité! Je la prends donc pour ce qu'elle semble être: une déclaration sans ambiguïté d'unitarisme belgicain. Ce qui rend davantage compréhensible le ton ouvertement hostile au rattachisme de son groupe Facebook...

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MessageSujet: Re: Flamandisation de l'armée belge   Lun 13 Déc 2010, 1:11 pm

Personnellement je prendrais la déclaration du Colonnel GENNART au second degré mon cher Ardennais ! Au second degré et à compléter : "Scinder la Belgique est la chose la plus stupide que l’on puisse faire ... si cette scission n'est pas suivie d'une fusion de ses parties constituantes vers les pays riverains" ! Mais, un militaire, assermenté et encore en exercice, ne peut encore faire ce genre de déclaration tant que la Belgique demeure !

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MessageSujet: Re: Flamandisation de l'armée belge   Dim 03 Avr 2011, 5:37 pm

Un livre sur le colonel Gennart !!!
Sachant qu'il a commencé à dénoncer la flamandisation de l'armée en octobre 2010, c'est super rapide ! :o
Il sortira en librairie aux environs du 19 avril :

Citation :
Vers une armée flamande ?
L'analyse du Colonnel Gennart

Thierry Wagener



format : 13 x 20 cm
128 pages
ISBN : 978-2-35687-113-8
Prix de vente public : 15€
Prix : 16,50 € TTC
(port et emballage compris)


LE LIVRE
Le colonel Luc Gennart a été le commandant de la base aérienne de Florennes.

Le 16 octobre 2010, il avait dénoncé la “flamandisation” de l’armée, assurant que les “francophones n’ont plus rien à (y) dire” et disant craindre pour la fermeture de cette installation et le transfert de ses avions en Flandre.

Cette sortie médiatique lui avait valu une double sanction : être relevé prématurément de son commandement et être privé des fastes de son unité qui se déroulaient le 29 octobre à Namur. Mais la sanction avait été levée in extremis par le Conseil d’Etat saisi en extrême urgence, qui avait estimé que la hiérarchie faisait subir à l’officier un préjudice grave et difficilement réparable et qu’il était victime d’une atteinte à l’honneur et à sa réputation.

L’officier a donc quitté son commandement à la date prévue depuis le mois de juin. Mais son combat n’est pas fini pour autant. Dans ce livre d’entretiens, il assène ses arguments. AU-DELÀ DE SON HISTOIRE PERSONNELLE, le Colonel Gennart évoque l’absurdité des décisions de l’Etat Major, qui semblent privilégier les intérêts locaux aux intérêts stratégiques et militaires.

L'AUTEUR
Thierry Wagener est un ancien journaliste de la Nouvelle Gazette.
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MessageSujet: Re: Flamandisation de l'armée belge   Lun 18 Avr 2011, 11:50 am

Le livre du colonel Gennart sort le 21 avril exactement ... et toute la presse en parle ce matin ! Very Happy
On ne sait pas si le livre sort en France aussi, une bonne question à lui poser !

http://www.dhnet.be/infos/belgique/article/350541/le-colonel-gennart-donne-son-analyse-de-la-flamandisation-de-l-armee.html

Citation :
Le colonel Gennart donne son analyse de la "flamandisation" de l'armée(17/04/2011)


© Photonews
Un livre donne la parole au colonel Gennart sur la "flamandisation" de l'armée


BRUXELLES Le journaliste Thierry Wagener publiera le 21 avril un ouvrage intitulé "Vers une armée flamande? " dans laquelle il donne la parole à l'ancien commandant de la base aérienne de Florennes, le colonel Luc Gennart, ont annoncé dimanche les éditions La Muette.

Cet ouvrage présentera l'"analyse" faite par cet officier, qui avait publiquement dénoncé en octobre dernier la "flamandisation" des forces armées et s'était inquiété d'une possible fermeture prochaine de la base de Florennes et d'une concentration des principaux systèmes d'armes de l'armée belge en Flandre.

Dans la notice accompagnant l'annonce de la parution de ce livre, les éditions La Muette se demandent si "les hommes politiques francophones mesurent les inten­tions d'une Flandre qui semble faire +main basse+ sur un corps d'Etat encore fédéral".

"Lorsque Luc Gennart a dénoncé publiquement ses craintes à ce sujet, l'état-major a au moins su montrer avec quelle efficacité il entendait le museler", ajoute ce nouvel éditeur bruxellois, qualifiant l'officier de "militaire avant tout citoyen".

"La Muette donne ici la parole à la grande Muette", conclut-il en présentant l'ouvrage signé par Thierry Wagener, journaliste à 'La Nouvelle Gazette'.
"Vers une armée flamande? , l'analyse du Colonel Gennart" de Thierry Wagener, 128 pages, prix de vente public: 15 euros.


© La Dernière Heure 2011
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