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 Le discours de DE WEVER pour les nuls

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MessageSujet: Le discours de DE WEVER pour les nuls   Jeu 24 Fév 2011, 9:41 am

Source : http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/644731/bart-de-wever-une-maniere-de-parler-qui-detonne.html

Bart De Wever : une manière de parler qui détonne

Mis en ligne le 24/02/2011

Citation :
Au-delà de sa stratégie politique, c'est son type de discours très persuasif, en apparence irréfutable, qui le différencie de tous ses adversaires. Une opinion de Olivier LARUELLE, Faculté de Philosophie & Lettres.

La personnalité de Bart De Wever a fait l’objet d’analyses médiatiques qui mettent en lumière une grande habileté dans sa communication, ses propos polémiques bien connus (les "pas de nain de jardin", le "junkie wallon" ), agrémentés de citations latines. Et si l’essentiel était ailleurs, au-delà du prétendu populisme, dans un discours persuasif très particulier ?

A travers l’analyse d’interviews dans "La Libre Belgique"(1), son discours opère par "déplacement" vers un autre objet, pour éviter celui de l’indépendance de la Flandre, dont il parle peu afin de ne pas s’aliéner une partie de l’opinion publique. Le point de départ de son argumentation est donc la Belgique et non la Flandre. Pour lui, tout ce qui concerne la Belgique est source de blocages : "C’est le niveau où il n’y a que des problèmes ; la Belgique est une conférence diplomatique permanente entre deux pays." Ce discours persuasif, fait d’amplification et de répétition, provoque un effet anxiogène : l’Etat belge est en permanence l’objet de critiques virulentes, alors que l’opinion publique francophone est précisément attachée à la survie de cet Etat. Elle finit, à force de l’écouter, par se convaincre elle-même que notre pays n’a plus aucun avenir. Ce discours est devenu à ce point récurrent qu’il devient rare de questionner Bart De Wever sur la plus-value et le scénario concret d’une indépendance de la Flandre.

Pour appuyer ce discours, Bart De Wever a essentiellement recours à un type d’argument : l’évidence. Sa théorie du blocage permanent entre "deux pays" ne comporte pas de réelle construction argumentative. Tout est de l’ordre du persuasif : il décrit une situation qu’il présente de façon irréfutable. Les faits sont là, ils s’imposent d’eux-mêmes : "les trois années passées ont clairement démontré que" ; "c’est l’évidence même" ; "c’est simplement quelque chose qu’on doit constater" ; "il faut être aveugle pour ne pas voir qu’il y a deux sociétés". La référence à la cécité est un argument de "disqualification" de l’adversaire : il serait donc impossible de défendre un autre point de vue.

"Quand on juxtapose tout cela, on voit bien qu’on a un grand problème. Deux démocraties dans un pays, c’est unique au monde." Unique au monde, vraiment ? Une manière de contrer ce discours est de nier qu’il s’agit d’évidences. Par exemple, la Suisse romande est plus européiste que les cantons de Suisse centrale. Mieux encore, l’opinion publique se construit à travers les résultats très contrastés de nombreuses votations (référendums). Or les cantons lémaniques votent très souvent à l’opposé des cantons de Suisse centrale. Y voit-on pour autant "deux démocraties", un motif de "blocage" et d’implosion "nécessaire" de la Suisse ?

Lorsqu’il affirme que la Belgique est "l’Etat malade de l’Europe", comme l’était l’Allemagne en 2003, il utilise uniquement cet argument de comparaison pour stigmatiser les différences entre francophones et Flamands quant aux remèdes à trouver : "l’éléphant est dans la pièce" et "on fait tout pour ne pas le voir". L’évidence mise en avant est que toute réforme économique est impossible ici. Point. Il s’agit d’une logique circulaire : même les comparaisons entre pays ont pour but de stigmatiser la paralysie d’un pays "bloqué".Les contradicteurs de Bart De Wever réagissent peu à ces arguments d’évidence. Ils se concentrent sur son discours polémique, en dénonçant "les insultes et provocations", "une irresponsabilité affligeante", "le recours aux caricatures". Est-ce pour autant efficace ? Il n’est pas brutal comme le Vlaams Belang, se dit opposé à toute révolution et à "l’hystérie politique". S’indigner contre un discours davantage caustique que brutal est peu opportun. C’est sur le terrain de l’argumentation que ses adversaires sont attendus.

Ces arguments d’évidence sont renforcés par l’utilisation, dans ses interviews, du pronom indéfini "on", utilisé pour désigner de multiples partenaires : le pays ("on ne peut vivre dans un pays qui est bloqué" ; "c’est simplement quelque chose qu’on doit constater"), les partenaires politiques ("on ne va pas commencer la négociation ici" ; "on doit faire un accord") et surtout son propre parti qu’il identifie à l’ensemble des partis flamands ("on l’a dit cent fois : les transferts d’argent dans ce pays ne sont pas bien réglés" ; "dans ma famille, on est six, donc on donne 6000 euros par an à la Wallonie" ; "on n’est pas isolé dans la société flamande").

Au fil des interviews, le "on" se veut de plus en plus englobant, jusqu’à se confondre avec le syntagme "tout le monde" : "tout le monde peut constater qu’après six mois, c’est très difficile de trouver un terrain d’entente" ; "tout le monde soupçonne toujours l’autre d’avoir un agenda secret" ; "je dis aussi qu’entrer dans un gouvernement et boucler un accord parce que tout le monde en a marre n’est pas une option". En quelque sorte, il veut accréditer dans l’opinion que son constat bien connu du pays bloqué est maintenant partagé par tout le monde, alors même qu’aucun parti n’affirme cela ! Mais, à force de répétitions, l’idée finit par s’imposer dans l’opinion. Si la logique discursive est implacable, la scénographie l’est aussi : le "on" devient "tout le monde", la boucle est bouclée.

Cette logique est encore manifeste pour expliquer l’échec des négociations, le 6 janvier 2011 à la RTBF. Il se fait l’analyste qui décrit un blocage plutôt que celui qui est censé trouver une solution : "Le PS dit "il nous faut des changements", le CDH dit "on a beaucoup d’amendements". En fait, ils disent la même chose. Ce qu’on constate, c’est qu’on a des remarques fondamentales et que les francophones ont des remarques fondamentales et ça m’étonnerait énormément que les remarques soient les mêmes." Dans son usage linguistique, le "on" de Bart De Wever comporte cet effet de généralisation présent dans les maximes, les dictons, les proverbes, qui ont valeur de vérité générale : à force de l’écouter, "on doit constater que la Belgique disparaît" comme "on doit respecter ses parents".

Ce "on" renvoie à une neutralité insaisissable, à l’inverse du "je" utilisé par ses adversaires. L’effet du "on" consiste à effacer les traces de tous les partenaires : plus de "je", plus de "tu", plus de répondant en fait plus de dialogue. Il provoque un effet de groupe et est associé à une image de pouvoir, le pouvoir du groupe : c’est cela même que révèle sa manière de parler.N’oublions pas que l’homme plaît en Flandre. Il conjugue une grande intelligence politique et une forte émotivité qui, a contrario, transparaît peu pour les francophones. Certains d’entre eux devraient vraiment s’interroger sur la pertinence d’une "diabolisation" centrée sur ses propos polémiques et sa personnalité, afin de ne pas éluder la vraie question : Bart De Wever va-t-il un jour réussir à travers son discours répétitif, par asphyxie et sans réelle argumentation, à persuader "tout le monde" que ce pays est fini ?

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«Les Belges ? Ils ne dureront pas. Ce n’est pas une nation, deux cent protocoles n’en feront jamais une nation. Cette Belgique ne sera jamais un pays, cela ne peut tenir… » Charles-Maurice de TALLEYRAND-PÉRIGORD
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