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 Le pouvoir d'achat des Français

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MessageSujet: Le pouvoir d'achat des Français   Jeu 12 Mai 2011, 9:00 am

Source : http://resultat-exploitations.blogs.liberation.fr/finances/2011/05/conso-etat.html

11/05/2011

Le pays où la vie est plus chère




Le débat politico-médiatique semble se cristalliser autour du pouvoir d'achat, proclamé ennemi n°2 (après le chômage) des Français. Et ce débat se nourrit autant de ressentis que de chiffres. L'inflation, comme les calculs de pouvoir d'achat de l'INSEE, sont des agrégats globaux dont les Français se méfient car ils peinent à refléter la réalité de terrain. De même, il nous est très difficile de nous positionner par rapport à nos voisins européens: sont-ils atteint du même mal que nous ou s'agit-il d'un problème franco-français? Nos prix sont-ils plus chers qu'ailleurs? Si oui, dans quels secteurs? Le principal indicateur de comparaison de la richesse entre pays est le PIB/habitant. Si l'on se fie à celui-ci, nous sommes 16ème mondiaux mais surtout 11ème européens. Pas terrible... mais le PIB mesure-t-il bien le pouvoir d'achat des ménages? Pas vraiment et c'est bien pourquoi Nicolas Sarkozy avait demandé à une commission au casting prestigieux (Stiglitz-Sen-Fitoussi) de plancher sur d'autres indicateurs de richesse que le PIB. Celle-ci demandait que soient établis des critères de comparaison entre les pays qui aient plus de lien avec la «réalité vécue» (sic). Sur ses recommandations, l'INSEE vient de sortir une étude qui mesure la "consommation effective" des ménages en Europe. Vous allez enfin savoir si vous deviez envier votre voisin germanique et sa grosse BMW, jalouser le britannique et ses costards ou avoir pitié du Grec et de son ouzo. Ou encore savoir si on est vraiment «le pays où la vie est plus chère».

La consommation effective

Pour mesurer la richesse nationale, on utilise en général le fameux PIB. Pour permettre la comparaison entre les pays, on le divise par le nombre d'habitants. Et pour avoir une idée plus précise de la richesse "réelle", on pondère le résultat en l'exprimant en "parité de pouvoir d'achat" (PPA). Cela veut dire que si je suis "riche" (au sens du PIB/hab) mais dans un pays où tous les prix sont très élevés, je le suis peut-être moins qu'un "moins riche" dans un pays où les prix sont très bas. A ce petit jeu, la France est classée 11ème sur 27 dans l'Union européenne. Pour 2009, si 100 est la moyenne de PIB/hab en PPA, la France est à 108, loin derrière le Luxembourg (271 !), distancée également par les Pays-Bas (134), l'Irlande (127) ou l'Autriche (124).

La mesure publiée par l'INSEE, nommée «consommation effective», intègre la consommation des habitants des pays, là encore ajustée en PPA. Surtout, elle additionne à la consommation que les citoyens payent sur leurs revenus ce que l'Etat (y compris les collectivités locales ou la Sécu) paye pour eux et qui peut être affecté à titre individuel : les allocations logement, les remboursements de dépenses de santé ou encore d'éducation par exemple. Sont exclus des dépenses étatiques les prestations non gratuites (fournies par les entreprises publiques) et celles qui sont à visée collective (les routes par exemple). Ce calcul permet de mieux cerner le pouvoir d'achat effectif puisque le niveau de prise en charge de certaines dépenses par l'Etat varie fortement d'un pays à l'autre en fonction du modèle social. Si les revenus des ménages sont moins élevés mais que la collectivité prend en charge plus de choses, le niveau de vie pourra être le même.

Voici le graphique qui compare le PIB/hab en PPA et la consommation effective par habitant en PPA pour quelques pays de l'UE. Le base 100 est la moyenne de l'UE à 27:

Source : INSEE et Eurostat



Si l'on prend la consommation effective, le Royaume-Uni vient en tête (125% de la moyenne européenne) suivi d'un groupe assez homogène (112 à 116%) qui comprend la France, l'Allemagne, la Suède, l'Autriche et le Danemark. La France est donc très bien placée en Europe (bien mieux que sa 11ème place en PIB/habitant), notamment en regard de nos voisins espagnols (96%) et portugais (84%) qui sont, eux, derrière la Grèce (104%).

Regardons ci-dessous la différence entre les 2 classements (celui du PIB/hab et celui de la consommation effective). Les pays en positif sont des pays où les habitants ont un pouvoir d'achat supérieur à la richesse produite par le pays. A l'inverse, les pays en négatif sont ceux où le PIB généré profite moins à la consommation des habitants :



On voit très bien que la France fait partie des rares pays où la consommation effective est plus élevée que ne le prédit son PIB. Le Royaume-Uni fait aussi partie de cette catégorie (beaucoup plus fortement que la France), ainsi que la Grèce, le Portugal ou la Pologne. A l'inverse, les très élevés PIB des Pays-Bas ou de l'Irlande ne se retrouvent pas dans la consommation de leurs habitants.

Comment expliquer ces écarts? Pas simple... La part de l'Etat dans la consommation effective des ménages est bien sûr un facteur, d'autant que l'écart entre les pays est majeur: il représente 9% en Grèce et 30% au Danemark.



La France se situe à un niveau relativement élevé en Europe, seulement devancée par les pays du Nord de l'Europe possédant un niveau de prélèvements obligatoires très élevés et un modèle social étatique très prégnant. Ainsi, dans notre pays, 88% des dépenses d'éducation, 77% des dépenses de santé et même 15% du poste "loisirs et culture" sont l'apanage des structures de l'Etat (en moyenne 10 points au-dessus des mêmes ratios en Allemagne). On voit cependant que l'intervention de l'Etat ne définit pas la différence entre le PIB et la consommation effective: l'Etat grec aide très peu ses concitoyens à consommer. Pourtant, ceux-ci le font au-delà de leur richesse "théorique". C'est l'inverse qui se produit aux Pays-bas.

La clef est plus à chercher dans la structure du PIB. Voici le poids (pour 2009) de la consommation dans le PIB des pays européens :


Part de la consommation dans le PIB (%) :











Source : Eurostat

On voit ici que les pays dont la part de la consommation est la plus forte dans le PIB (Grèce, Royaume-Uni, Portugal, ...) sont ceux qui sont le plus "avantagés" par le classement de la consommation effective à l'inverse des Pays-Bas ou de l'Irlande, en jaune pâle sur la carte.

On peut ainsi zoomer sur quelques pays représentatifs en décomposant le PIB selon les dépenses :


On voit que les Pays-Bas obtiennent leur très fort PIB/hab grâce à un commerce extérieur très exportateur, de même que l'Allemagne dans une moindre mesure (en % du PIB et pour 2009 qui a été marquée par un fort ralentissement des exportations). La part de la consommation des ménages y est donc notablement plus faible que dans d'autres pays (45%) et ce d'autant plus que la dépense publique y est forte. A l'inverse, la consommation représente 75% du PIB grec (ce qui paraît énorme mais les États-Unis d'Amérique ne sont pas si loin avec 70%). Le pays dépend en effet massivement des importations (13% du PIB en 2009 !) et son investissement ou sa consommation publique sont modérés. La France se situe entre ces deux modèles.

On peut donc en retirer deux conclusions :


  1. Le PIB/habitant, même corrigé en parité de pouvoir d'achat (PPA) est très imparfait pour mesurer le pouvoir d'achat des habitants. Cette étude de l'INSEE, menée suite aux recommandations de la commission Stiglitz-Sen-Fitoussi, permet d'y voir plus clair
  2. La France, au sein de l'Europe, est plutôt bien lotie en terme de consommation et, donc, logiquement, de pouvoir d'achat

    Malgré ce deuxième point, le malaise est patent en France. Pourquoi? L'Etude de l'INSEE zoome sur nos quatre grands voisins (Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Espagne). On peut tout d'abord noter, au travers des différentiels de consommation effective, les différences culturelles ou les spécificités de marché :


    On y "apprend" notamment que les Espagnols sont férus de poisson et de clopes (à moins que l'on n'aille les acheter chez eux), que les Allemands sont les plus gros consommateurs d'alcool (pas forcément en quantité, on parle d'argent ici) et ils aiment les grosses bagnoles, que les Espagnols et les Anglais sortent beaucoup alors que les Français et les Allemands sont casaniers. Et enfin que les Italiens sont les rois de la sape et de la godasse. Sur l'épineuse question du logement, nous sommes plutôt dans la fourchette haute avec l'Allemagne et le Royaume-Uni, les italiens étant moins consommateurs (15% de mois) et l'Espagne encore moins (30%).

    Mais, pour comprendre le malaise français, il faut regarder du côté des prix. Ceux-ci sont en général d'autant plus élevés que le pays est riche (effet "Balassa-Samuelson"). Sans grande surprise, donc, nos prix sont 14% plus élevés que la moyenne européenne. Mais cet écart est seulement de 5% en Allemagne et 7% en Italie. C'est sur les services que se situe le coeur du problème. En effet, les biens de consommation sont 5% au-dessus de la moyenne de l'UE en France (9% en Allemagne et 4% en Italie). Par contre, les services sont 22% au-dessus de la moyenne dans notre pays (7% en Italie, 4% en Allemagne). Ce ne sont pas donc les achats "matériels" (qui tendent de plus en plus à s'aligner dans les différents pays d'Europe car ils circulent, ce qui aiguise la concurrence) qui nous donnent l'impression d'une vie "chère" mais les services. Dans le palmarès des secteurs où les prix sont comparativement plus élevés en France, les services sont nettement majoritaires :


  3. Les restos et hôtels sont par exemple plus chers qu'ailleurs mais les données datent de 2009. Mais comme la TVA a baissé sur la restauration au 1er janvier 2010, cela a dû changer entre temps (vous en doutez ?). Mais le plus préoccupant reste bien entendu le différentiel de prix avec nos voisins concernant le logement (et ce qui va avec: eau, énergie, travaux). Nous sommes 27% au-dessus de la moyenne de l'UE, l'Allemagne 10% au-dessus, l'Italie, l'Espagne et l'Angleterre quasiment dans la moyenne européenne. A pouvoir d'achat global égal et logement égal, les français payent donc leur logement 30% plus cher que les anglais, 25% que les italiens ou les espagnols et 15% que les allemands. Ceci est notamment dû au niveau élevé des loyers et explique l'engouement de la proposition du PS d'encadrer les loyers. Par ailleurs, si le coût du logement en France est 30% supérieur à celui des anglais, la consommation effective de logement est la même dans les deux pays. On peut donc en déduire que les français sont plus mal logés que les anglais.

    Le logement est donc bien un facteur-clef dans l'explication du malaise français sur le pouvoir d'achat. Il alimente la frustration (mal-logement), comprime les autres dépenses et alimente un sentiment de paupérisation, notamment dans les aires urbaines "sous tension" (Paris) et pour certains types de famille (monoparentales notamment). Une révision ambitieuse de la politique du logement devrait donc être un thème central pour 2012 en évacuant l'ambition du "tous-propriétaires" pour viser un "mieux-logement" dans un secteur où l'Etat consacre déjà beaucoup de ressources (34 Mds€/an donc 12 en niches fiscales) mais pas forcément efficacement.

    Par ailleurs, les politiques rivalisent actuellement de propositions démagogiques en matière de prix de l'énergie, où nous ne sommes pas plus mal placés que nos voisins et où les prix continueront d'augmenter dans le futur quoiqu'il arrive (ce qui n'est pas forcément plus mal d'un point de vue écologique mais sera une mutation douloureuse). Nous ne sommes pas producteurs d'énergie (en tout cas pas fossile et pas pour le moment...) et nous n'avons pas la main. Par contre, le fait que les services, la plupart du temps produits en France et non délocalisables, soient plus chers qu'à l'étranger (15% en moyenne par rapport à l'Allemagne), n'est pas hors de portée des politiques publiques. Mais il faudrait pour cela renoncer au clientélisme politique (restaurateurs...), briser quelques rentes de situation et faire quelques mécontents. Jamais simple en période pré-électorale...

    Photo cc Public Domain Photos / Emilian Robert Vicol sur Flickr

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«Les Belges ? Ils ne dureront pas. Ce n’est pas une nation, deux cent protocoles n’en feront jamais une nation. Cette Belgique ne sera jamais un pays, cela ne peut tenir… » Charles-Maurice de TALLEYRAND-PÉRIGORD
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