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 Si l'Irak avait la bombe nucléaire c'était grâce à la France

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MessageSujet: Si l'Irak avait la bombe nucléaire c'était grâce à la France   Si l'Irak avait la bombe nucléaire c'était grâce à la France EmptyJeu 20 Avr 2006, 2:05 pm

Source : http://www.chez.com/atomicsarchives/bombe_irak.html

Si l'Irak a la bombe c'est grâce à la France

Si l'Irak avait la bombe nucléaire c'était grâce à la France Irak_1


Citation :
L'une des installations nucléaires fournies par la France à 1'Irak a démarré en secret en 1987, alors que tout le monde la croyait gelée ou détruite. Est-ce avec l'aide de la France ?... C'est en tout cas la France au premier chef, puis l'Italie et enfin l'Allemagne, qui ont façonné depuis 1975 la puissance nucléaire irakienne. Malgré les raids américains, il reste à 1'Irak de quoi faire au moins une bombe A de type Nagasaki.
L'Irak était-il bien sur le point d'avoir la bombe atomique ? L'avancement de son programme nucléaire a-t-il influencé le déclenchement du conflit actuel ? Et pourquoi plusieurs hommes politiques français ont-ils multiplié, juste avant l'ultimatum du 15 janvier dernier, des déclarations sous-estimant le potentiel nucléaire de l'Irak ? Serait-ce que certains s'en sentent responsables ? Car si l'Irak possédait l'arme nucléaire ou était en bonne voie de l'acquérir, deux pays l'ont considérablement aidé: la France et l'Italie. Et d'autres les ont relayés.
L'ambition nucléaire de l'Irak est ancienne. On peut en dater l'origine à l'entrevue de Jacques Chirac, alors Premier ministre, avec Saddam Hussein à Bagdad en septembre 1974. Le but de l'entretien était l'achat d'un réacteur nucléaire à la France. Les Irakiens ne disposaient alors que d'un petit réacteur de recherche de 5 MW thermiques, IRT-5000, fourni par les Soviétiques et qui fonctionne depuis 1967 (à cette époque, il n'atteignait que 2 MW).
L'Irak, qui semblait connaître quelques difficultés pour obtenir des Soviétiques le modèle supérieur, s'est tout naturellement tourné vers la France, qui l'a reçu à bras ouverts. A l'époque, la concurrence était vive entre les Allemands, les Italiens, les Canadiens et les Français, qui cherchaient tous à caser leurs réacteurs, machines hautement pratiques destinées à produire de l'honnête électricité ou encore à servir de joujoux à des physiciens en mal d'expériences. Cependant, ces marchands n'hésitaient pas, quand le besoin s'en faisait sentir, à vanter la capacité de ces merveilleuses machines à fournir du plutonium. Et pas n'importe lequel: celui de qualité militaire, dont la seule destination est la fabrication de l'arme nucléaire.
Les Français n'en assurent pas moins que les Irakiens ne cherchent qu'à développer un programme nucléaire civil. L'Irak étant riche en pétrole, cette ambition nucléaire ne peut que surprendre. Néanmoins, les négociations se poursuivent. Saddam Hussein vient à Paris en visite officielle, en septembre 1975; ce sera son unique voyage en Europe. On en profite pour l'emmener à Cadarache, afin de lui présenter divers réacteurs de recherche. Un accord franco-iraquien est signé le 18 novembre 1975. Le modèle de réacteur choisi à cette époque est de type graphite gaz, filière qui a permis au général De Gaulle de bâtir la force de frappe française; car ce sont des réacteurs producteurs de plutonium par excellence. M. Chirac accepte de fournir ce réacteur, d'une puissance de 1500 MW thermiques. Mais le projet échoue: EDF venait entre-temps d'abandonner cette filière, dont il ne reste que deux réacteurs en exploitation en France (au Bugey et à Saint-Laurent-des-Eaux), au profit des réacteurs à eau sous pression, sous licence Westinghouse, qui composent aujourd'hui la quasi-totalité de nos centrales nucléaires. Se remettre à l'ancienne filière, pour le constructeur Framatome, n'aurait guère été rentable.
Toutefois, un an plus tard, le 26 août 1976, l'Irak signe un contrat de plus d'un milliard de francs, portant sur la construction d'un réacteur de recherche de 70 MW th, vingt fois moins puissant que celui auquel on avait renoncé.
Osirak, tel est son nom, est la copie conforme du réacteur Osiris qui fonctionne encore aujourd'hui au centre nucléaire de Saclay, dans l'Essonne. En réalité, Osiris, tout comme Osirak. est constitué de deux réacteurs qui sont des piles jumelles à eau légère, dites "piles piscine", et dont les coeurs baignent dans l'eau d'une piscine au lieu d'être enfermés dans une cuve d'acier comme c'est le cas pour les réacteurs d'EDF. On prétend que chez les jumeaux, il y en a toujours un plus fort que l'autre. C'est ici le cas. La première pile, qui s'appelle Osiris, et a donc donné son nom à l'ensemble du réacteur, a une puissance de 70 MW th et sert à l'étude du comportement, sous irradiation à très haut flux de neutrons, des matériaux de structure de centrales nucléaires. Ce réacteur d'Osiris s'inscrit donc tout à fait dans la logique de développement d'un programme nucléaire civil.
Plus de 100 techniciens irakiens passent par Saclay à la fin des années 1970
En réalité, il présente d'autres avantages. L'ouverture au-dessus du coeur procure un accès direct et permet des manipulations de toutes sortes sans avoir besoin pour cela d'arrêter le coeur. Il est possible, notamment, d'y introduire, dans des logements prévus à cet effet, des matériaux divers qui seront bombardés par le haut flux de neutrons: 400 000 milliards de neutrons à la seconde par cm2
Or, il suffit de disposer judicieusement autour du coeur une "couverture" d'uranium naturel, celui que l'on raffine à partir des minerais, mélange de beaucoup d'uranium 238 et d'un soupçon d'uranium. 235 (moins de 1 %), pour obtenir.... du plutonium 239, avec lequel on fabrique la bombe A. En effet, l'uranium 238 est dit "fertile", car il possède la caractéristique de capturer des neutrons et de se transformer alors en plutonium 239. Selon les sources, la quantité de plutonium 239 que l'on pouvait attendre d'Osirak varie de 2 à 10 kg par an. Osiris, tout comme Osirak, est donc, comme nous l'avons dit plus haut, doublé d'un réacteur auxiliaire, Isis, qui n'est qu'une maquette, mais en vraie grandeur. Il est destiné à effectuer tous les essais neutroniques relatifs aux configurations du coeur, de manière à réduire au minimum le temps d'immobilisation d'Osiris à basse puissance. Bref, Isis permet, tout comme au théâtre, de faire des répétitions avant la générale. Pour cela, Isis contient la même charge qu'Osiris, mais sa puissance est limitée à 0,8MW thermique. Ces deux réacteurs fonctionnent à l'uranium enrichi à 93 % en uranium 235, le seul isotope fissile, le seul également propice à la fabrication d'armes nucléaires. A ce point du récit, une parenthèse est nécessaire. Pour fabriquer une bombe A, moins complexe que la bombe H ou la bombe à neutrons, on a besoin d'une matière première fissile en quantité suffisante pour déclencher une réaction en chaîne. Deux corps répondent à cet objectif: l'uranium 235 et le plutonium 239. En effet, ce sont des noyaux. qui, sous l'action des neutrons, se cassent en émettant 2 ou 3 neutrons qui peuvent à leur tour rencontrer d'autres noyaux d'uranium 235 ou de plutonium 239, qui se cassent à leur tour en émettant 2 ou 3 neutrons. Si l'uranium 235 ou le plutonium 239 sont sous forme d'une plaque de métal, par exemple, la plupart des neutrons se perdent de part et d'autre de la plaque.
Mais si, au contraire, ils sont compacts sous forme d'une sphère, les neutrons émis à chaque fission (sauf ceux émis à la surface de la sphère) vont doubler ou tripler le nombre de fissions à chaque génération: c'est la réaction en chaîne et l'explosion garantie. Pour que cette réaction ait lieu, il faut une quantité minimale d'uranium 235 ou de plutonium 239, En effet, si l'on considère, par exemple, une masse donnée d'uranium ou de plutonium, tous les neutrons émis ne sont pas "productifs". Certains s'évaderont et d'autres seront absorbés sans produire de fission. C'est pourquoi il faut rassembler dans un volume donné, une masse suffisante de matières fissiles pour obtenir un nombre suffisant de neutrons "Productifs". Cette quantité, appelée "masse critique", varie suivant la pureté du matériau. Il faut moins de plutonium 239 que d'uranium 235 pour faire une bombe, car la fission du plutonium 239 produit un peu plus de neutrons que celle de l'uranium 235. Ainsi, pour faire une bombe, il suffirait de 15 kilos d'uranium 235 ou de 4,4 kilos de plutonium 239, s'ils étaient purs à 100 %. A 80 %, il faudrait 17 kilos d'uranium 235 et 5,6 kilos de plutonium 239. Ce qui représente, étant donné les densités très élevées de ces matériaux, des sphères de la taille d'un pamplemousse pour l'uranium et d'une orange pour le plutonium. Le principe de la bombe A consiste à rapprocher, au moment voulu, deux masses sous- critiques qui étaient isolées l'une de l'autre. C'est l'explosion garantie dans les deux millionièmes de seconde qui suivent.
En ce qui concerne Osirak, la charge de combustible nécessaire à son fonctionnement est de 13,9 kg d'uranium métal, allié à de l'aluminium et contenant 12,9 kg d'uranium 235. Les 13,9 kg de ce combustible sont donc purs à 93 %. Si l'on s'en tient aux chiffres énoncés plus haut, la masse critique n'est, en principe, pas atteinte, même s'il s'en est fallu de peu. Il faudrait vraisemblablement entre 15 et 16 kg, soit 1 à 2 kg de plus.
Ce point est important car, bien que la France se fût engagée à livrer à l'Irak 80 kg de combustible au moment du démarrage prévu en 1981, soit 6 charges (1), elle n'en livra finalement qu'une seule, à la mi-juin 1980. La France avait, en effet, cédé aux pressions des Etats-Unis, d'Israël, du Quai d'Orsay et de scientifiques indépendants qui s'inquiétaient du risque de prolifération. Du moins officiellement. Car une petite phrase extraite d'un document de l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA), et passée inaperçue, nous plonge dans un océan d'incertitudes. Ce document dit clairement que le réacteur jumeau d'Osirak, la maquette de type Isis, a démarré en mars 1987. Ce qui prouve qu'il n'aurait pas été endommagé au moment du raid qui, comme nous le verrons plus loin, a détruit Osirak en 1981, ou, autre possibilité, que des équipes (françaises ?) ont réparé les dégâts. Mais le plus important, c'est que, pour fonctionner, ce réacteur a besoin d'une charge identique à celle d'Osirak. Il n'y a donc que deux possibilités: ou la France a livré en cachette une deuxième charge de 13,9 kg d'uranium enrichi à 93 % (qui ne serait pas répertoriée par l'AIEA), ou c'est la première charge initialement destinée à Osirak qui a été introduite dans le coeur du réacteur jumeau en 1987. Dans un cas comme dans l'autre, il est vraisemblable que des équipes françaises sont allées sur place pour surveiller le démarrage. Une des clauses de l'accord secret passé avec la France imposait la présence et l'assistance des Français jusqu'en 1989.

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Dernière édition par le Jeu 20 Avr 2006, 2:08 pm, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Si l'Irak avait la bombe nucléaire c'était grâce à la France   Si l'Irak avait la bombe nucléaire c'était grâce à la France EmptyJeu 20 Avr 2006, 2:06 pm

Citation :
Le réacteur Osirak, cependant, a bien été construit. Des équipes de Technicatome, une filiale du CEA (90% CEA, 10% EDF), ont fait la navette pendant 5 ans, tandis que des Irakiens étaient en stage de formation à Saclay. Les techniciens de Saclay se souviennent. C'était le temps de la grande euphorie. Il y avait même une association France Irak à Saclay, qu'aujourd'hui on répugne un peu à évoquer. " Il y avait en permanence une dizaine d'Irakiens, mais il y en a bien une centaine qui son, passés chez nous ", nous a dit un "ancien", qui tient, on le comprend, à l'anonymat. Cette euphorie se trouva tempérée quand l'Irak exigea que les ingénieurs et les techniciens qui lui étaient dépêchés ne fussent pas juifs. Quelques tracts de protestation circulèrent alors à Saclay, mais la construction se poursuivit dans le centre nucléaire de Tuwaitha, à une trentaine de kilomètres au sud-est de Bagdad, où se trouvait déjà le petit réacteur soviétique.
Les Irakiens nomment le double réacteur d'Osirak Tammuz 1 et Tammuz 2, pour célébrer le mois du calendrier arabe durant lequel le régime de Saddam. Hussein a pris le pouvoir en juillet 1968.
Technicatome était chargé de la construction, Bouygues assura le gros oeuvre, et les Constructions navales et industrielles de la Méditerranée (CNIM), la fabrication du coeur. Saint Gobain Techniques-Nouvelles fournit des "cellules chaudes de démantèlement", petits laboratoires où l'on peut manipuler, à l'aide de dispositifs télécommandés, des matériaux irradiés provenant du coeur, ce qui eût dû faire dresser quelques oreilles.
L'avancement des travaux inquiéta fortement les pays déjà cités, et d'autant plus que l'Irak ne se contentait pas du réacteur français: en effet, Hussein se dotait d'équipements supplémentaires commandés, cette fois, à l'Italie (qui importe le tiers de son pétrole d'Irak) et qui étaient aussi fortement suspects.
Les négociations avec l'Italie avaient débuté à peu près en même temps que celles qui se déroulaient avec la France, en avril 1975. Elles aboutirent, en 1976 à un accord de 10 ans avec le CNEN, homologue italien du CEA, qui garantissait à l'Irak de l'aider dans le développement de son programme nucléaire "civil". Les centres nucléaires italiens connurent également leurs lots d'Irakiens en mal de formation.
La société italienne SNIA-Viscosa, qui a construit les deux centres de retraitement d'Italie et un centre en Belgique (Eurochemic), passa un marché avec l'Irak en avril 1976, pour un montant de plus de 1,5 million de dollars. Ce marché couvrait un laboratoire de radiochimie qui devait être installé dans un local que les Soviétiques avaient auparavant équipé en laboratoires chimiques, vraisemblablement sur le centre de Tuwaitha, où se construisait Osirak. A l'intérieur de deux grandes salles de 400 à 500 m2, la firme italienne disposa trois "cellules chaudes" reliées entre elles. Ces laboratoires de 2 m X 1,5 m X 1,4 m sont, nous l'avons vu, entourés de blindages de plomb, qui arrêtent les rayonnements. Ils comprennent 10 "boîtes à gants", sortes d'ouvertures fermées par des vitres au plomb, d'où l'on peut commander les opérations effectuées à distance par des bras téléguidés. Bref, tout ce qu'il fallait pour manipuler en toute sécurité du matériel hautement radioactif, même si les quantités ne pouvaient être considérables. Les premiers travaux furent terminés en 1978.
Ce premier marché fut suivi d'un autre, plus important, passé le 10 février 1978, toujours avec la SNIA-Viscosa, devenue SNIA-Techint Participait également à ce chantier la firme italienne Ansaldo Meccanico Nucleare. Ce marché-là visait à construire quatre laboratoires supplémentaires, sans protection de plomb cette fois (des laboratoires "froids"), et dont la construction devait s'achever fin 80 début 81. Ces laboratoires de radiochimie, dont un permettait de transformer l'uranium naturel ou faiblement enrichi en oxyde d'uranium, devaient apprendre aux Irakiens à maîtriser le cycle du combustible.
Les cellules chaudes auraient en tout cas permis d'extraire le plutonium du combustible irradié d'Osirak, ainsi que d'une éventuelle "couverture" d'uranium naturel disposée autour du coeur. Pas plus de 300 ou 500 g par an, prétendent les responsables de SNIA-Techint. 5 à 10 kg par an, objectent les Américains. Or, il suffit de 5 à 8 kg sous forme métal, c'est-à-dire très pur, pour fabriquer une bombe du genre de celle de Nagasaki.
Comment expliquer que la France et l'Italie aient autant facilité l'armement nucléaire de l'Irak ? C'est que ce pays les avait appâtées avec d'autres marchés très profitables, la prime en quelque sorte. Les Français pourraient ainsi vendre des tanks et des armes en tout genre. Les Italiens, eux, avaient obtenu début 80 une commande de 11 navires de guerre, frégates et corvettes lance missiles. Marchés qui se chiffraient en milliards de dollars!
Quant aux Américains, leurs réserves et admonestations ne les empêchèrent pas d'autoriser la General Electric à fournir les turbines à gaz des quatre frégates.
Quand on fabrique une bombe, il faut aboutir à l'un des deux corps fissiles de rigueur: l'uranium 235 ou le plutonium 239, et les plus purs possible; donc sous forme métal.
Pour y parvenir, plusieurs voies sont possibles. Pour l'uranium 235, qui existe dans la nature à des concentrations extrêmement faibles, une méthode consiste à débuter avec des minerais terrestres, à les raffiner (on obtient du yellow cake) et à en extraire l'uranium, grâce à des procédés assez lourds comme la centrifugation ou la diffusion par voie gazeuse. Ces procédés obligent à passer par des paliers de concentration de plus en plus élevés, Une autre méthode est d'extraire l'uranium 235 des combustibles destinés au coeur des réacteurs nucléaires avant usage, ce qui ne demande que des manipulations assez simples de physique et de chimie, comme des découpages mécaniques, des dissolutions à l'acide, etc., qui auraient pu s'effectuer dans les laboratoires "froids" fournis à l'Irak par l'Italie. Avant de fonctionner dans le coeur, le combustible n'est, en effet, que très légèrement radioactif. En revanche, si le coeur a fonctionné, des éléments très radioactifs, comme le césium 137, l'iode 131, le strontium 90, sous-produits de la fission, s'accumulent et rendent les manipulations plus compliquées. Elles auraient néanmoins été possibles à l'intérieur des cellules "chaudes" blindées.
Pour le plutonium 239, qui n'existe pas dans la nature, il y a deux méthodes, qui passent toutes deux par le coeur d'un réacteur. En effet, en plus de l'uranium 235, le combustible nucléaire contient généralement un pourcentage important d'uranium 238 (ce qui n'est pas le cas, nous l'avons vu, d'Osirak), qui peut être transformé en plutonium 239. Pour le récupérer, il suffit de l'extraire à l'intérieur des cellules "chaudes" déjà mentionnées. Notons que certains combustibles (c'est le cas pour les surgénérateurs) contiennent déjà du plutonium. Tant que le réacteur n'a pas fonctionné, on peut extraire, moyennant des précautions, ce plutonium (comme c'était le cas pour l'uranium 235) dans les laboratoires "froids". La seconde méthode consiste à fabriquer directement du plutonium dans le coeur, en plaçant dans ce dernier de l'uranium naturel, c'est-à-dire à fort pourcentage en uranium 238, voire de l'uranium naturel appauvri, qui est de l'uranium 238 presque pur. Pour récupérer le plutonium 239 qui se formera après irradiation, il faudra également passer par les cellules "chaudes".
Le deuxième réacteur livré par les Français a démarré en cachette en 1987
L'avancement de l'Irak vers l'arme nucléaire s'affirmait dans l'achat de grosses quantités d'uranium naturel, dont l'usage était inexplicable dans un programme civil. En janvier 1980, l'Irak signa un accord de coopération avec le Brésil (dont 40 % des importations de pétrole viennent d'Irak), portant sur la fourniture d'uranium naturel. En mars 80, un contrat avec le Portugal officialisait une commande de 138 t de yellow cake, un concentré d'uranium naturel. Début 80 également, l'Irak commanda en Allemagne, à l'époque RFA, un peu plus de 11 kg de "barres" de combustible en uranium naturel appauvri, c'est-à-dire de l'uranium 238 presque à l'état pur, qui ne peut avoir que deux usages: servir de lest pour un voilier (comme pour la quille du bateau de Tabarly), ou servir de "couverture" dans le coeur d'un réacteur pour obtenir du plutonium militaire. Signé avec la firme Nukem, ce contrat tomba à l'eau lorsque les filiales américaines et canadiennes de cette firme se virent refuser par leurs autorités respectives les licences d'exportation. Il semble toutefois que la RFA ait réussi à vendre à l'Irak, en 1981, 10 t d'uranium naturel appauvri. Début 81 également, l'Irak grossit encore son stock d'uranium naturel avec 100 t qui viennent du Niger. Si l'on ajoute les négociations secrètes menées en Italie en 1981 pour obtenir une centrale nucléaire à eau lourde, productrice de plutonium, ainsi qu'une unité pilote de retraitement, le doute n'était plus permis. Ce qui explique sans doute le flot d'événements qui se sont produits durant cette période, dignes des meilleurs romans d'espionnage.
Le premier, spectaculaire, fut l'explosion, le 6 avril 1979, du double coeur d'Osirak dans le hangar n° 3 des Constructions navales et industrielles de la Méditerranée, à La Seyne sur Mer, près de Toulon. Les coeurs des réacteurs jumeaux devaient être embarqués dans les 48 heures. Tout le monde fut soupçonné: l'extrême gauche, les Palestiniens, la CIA, les Iraniens, les Syriens, le Mossad et même les Français. Cette dernière hypothèse n'est pas farfelue car, depuis la fin de 1977, les Français s'efforçaient de faire accepter aux Irakiens un autre combustible que celui prévu initialement. Il s'agissait du combustible nommé Caramel, qui ne contient que 7 % d'uranium 235 au lieu de 93 %.
Précisons que la substitution au profit de Caramel n'aurait pas fait disparaître le risque de prolifération comme les Français aimeraient à le faire croire avec la plus grande hypocrisie. En effet, cette substitution ne comportait qu'un seul point positif: les charges de combustible Caramel qui auraient été livrées aux Irakiens auraient, certes, contenu environ dix fois moins d'uranium 235; mais rien n'aurait, en revanche, empêché les Irakiens de disposer une "couverture" d'uranium naturel dans le coeur pour produire du plutonium. Par ailleurs, il aurait été beaucoup plus difficile (mais pas impossible) de récupérer le plutonium du combustible irradié en raison de sa très forte radioactivité. L’utilisation de Caramel aurait demandé quelques aménagements sur le coeur, ce qui aurait retardé les délais de livraison prévus. De toute façon, à l'époque, les Français avaient beau discourir, les Irakiens ne voulaient pas de Caramel. De là à penser que la destruction du coeur aurait pu les amener à changer d'avis...
Ce ne fut pas le cas. Et les Français durent réparer les dégâts, et en quatrième vitesse, paraît-il. Six mois plus tard, les coeurs étaient prêts à être embarqués, mais n'auraient jamais été autorisés à démarrer s'ils avaient été destinés à la France, du moins selon les techniciens; il eût mieux valu en construire des neufs! Néanmoins, Raymond Barre, alors Premier ministre, garantit officiellement la marchandise pour 7 ans. Et cela à l'étonnement général ! En tout cas, la garantie devait être sans effet, car le compte à rebours d'une opération baptisée Babylone, qui devait détruire Osirak le 7 juin 1981, avait déjà commencé.
La guerre secrète se poursuivit par l'assassinat, le 14 juin 1980, à l'hôtel Méridien, à Paris, du Dr Yahya el-Meshad. Ce physicien nucléaire égyptien travaillait pour les Irakiens et venait justement de vérifier, comme il était prévu dans les clauses du contrat, le premier chargement de combustible d'Osirak à Saclay, qui partit pour l'Irak dans les jours suivants. Mais pourquoi donc les Français avaient-ils emmené el-Meshad à Cadarache et à Pierrelatte ? Etait-ce en vue d'autres livraisons à l'Irak ?
Le meurtre de el-Meshad fit une victime annexe. La police retrouva dans la chambre 9041 du Méridien une serviette tachée de fond de teint et finit par retrouver une prostituée qui nia être allée dans la chambre de l'Egyptien, mais reconnu l'avoir abordé et suivi jusqu'à sa porte. A ses dires, elle était juste restée un moment dans le couloir. Mais quand la police voulut l'interroger à nouveau, un mois plus tard, ce fut trop tard: la jeune femme avait été renversée et tuée par une voiture à St Germain des Prés. Sans doute en savait-elle trop.

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MessageSujet: Re: Si l'Irak avait la bombe nucléaire c'était grâce à la France   Si l'Irak avait la bombe nucléaire c'était grâce à la France EmptyJeu 20 Avr 2006, 2:07 pm

Citation :
En août, les bureaux de SNIA-Techint et le domicile du directeur de la firme furent plastiqués ainsi que, le même jour, le domicile d'un libraire de St Germain en Laye. Il s'agissait en fait d'une erreur. La personne visée était son homonyme, Jean-Jacques Graf, haut responsable de Technicatome, directeur du projet Osirak. Les techniciens reçurent des lettres de menaces anonymes. Venaient-elles du Comité de soutien à la révolution islamique, du Mossad ? D'autres services secrets ?
L'escalade se poursuivait, au début de la guerre Iran Irak, avec la destruction partielle d'Osirak le 30 septembre 1980. La centrale fut atteinte par l'une des roquettes lâchées par deux chasseurs bombardiers Phantom F4, non immatriculés Les dégâts furent légers: le dôme du réacteur avait peu souffert, ainsi que le système de refroidissement, et les ingénieurs pensaient les dommages réparables.
L'avalanche d'attentats découragea un certain nombre de techniciens de retourner en Irak, et il faudra toute la pugnacité de Technicatome, assortie de menaces de renvois, ou de promesses de primes, pour les convaincre d'y travailler. On apprendra plus tard que l'accord secret liant cette compagnie à l'Irak garantissait la maintenance et l'entretien d'Osirak jusqu'en 1989...
Mais, le 7 juin 1981, le second raid sur Tuwaitha, baptisé opération Babylone et officiellement attribué aux Israéliens, détruisit, pour de bon cette fois, le réacteur Osirak. Les Américains ont-ils prêté la main à cette opération ? Des articles scientifiques, parus à l'époque dans la revue du centre de recherche nucléaire de Los Alamos, présentaient en tout cas des types nouveaux de roquettes capables de traverser une grande épaisseur de béton avant d'exploser, comme ce fut le cas ici. Autre coïncidence: le Premier ministre israélien, Menahem Beguin, avait rencontré le président égyptien Anwar el Sadate trois jours avant le raid.
Les Français traînaient les pieds: la deuxième charge d'Osirak, destinée à sa maquette soeur, dont l'envoi avait été Prévu Pour fin mai, ne quitta pas la France à l'heure dite. Cela se conçoit: la date était fatidique pour les Israéliens ; ils devaient à tout prix bombarder Osirak avant qu'il ne divergeât, c'est-à-dire que le coeur ne commençât à fonctionner, ce qui était prévu pour septembre 81, sinon Israël eût contrevenu aux règles internationales de l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA), qui interdisent de bombarder des installations nucléaires. Osirak, en effet, pouvait être considéré comme non nucléaire tant que son coeur ne contenait pas de combustible.
Les Irakiens demandèrent aux Français de leur reconstruire un réacteur, mais sous terre cette fois, et dans une région rocheuse. Mais il semble que le président Mitterrand ait alors été sensible aux arguments présentés par un groupe de scientifiques, notamment à l'étude publiée en 1981 par la revue les Temps modernes et rédigée par trois physiciens nucléaires, Georges Amsel, Jean-Pierre Pharabod et Raymond Sené. Néanmoins, s'il s'avérait que les Français ont bien livré une 2ème charge, ou aidé au démarrage du réacteur jumeau d'Osirak en 1987, on est en droit de se poser des questions sur la sincérité du gouvernement. Le CEA, via Technicatome, aurait-il pu faire cavalier seul ?
Que reste-t-il aujourd'hui des installations nucléaires ? Si l'on s'en tient aux déclarations des Américains, leurs récents bombardements auraient détruit la capacité nucléaire de l'Irak. Les trois réacteurs de recherche, Tammuz I (Osirak), Tammuz II, et le petit réacteur soviétique (arrêté de 1976 à 1978 pour passer de 2 MW à 5 MV, et plus récemment au cours des bombardements), auraient été atteints.
Il reste néanmoins en Irak la première charge destinée à Osirak, soit 13,9 kg d'uranium 235 sous forme métal, enrichi à 93 %, que les Français avaient mise à l'abri après le premier raid de septembre 1980, et qui est peut être aujourd'hui dans le coeur du jumeau d'Osirak. Sinon il y a une seconde charge identique à la première, ce qui augmenterait le potentiel nucléaire de l'Irak. A cela s'ajoutent au moins 10 kg d'uranium enrichi à 80 % fournis par les Soviétiques et destinés au petit réacteur IRT-5 000. Ces 10 kg sont sous forme d'oxyde d'uranium. Si les Irakiens voulaient réunir les deux chargements pour fabriquer une bombe, il leur faudrait d'abord réduire l'oxyde en métal afin de le mélanger à la charge d'Osirak, ce qui n'est pas une opération très compliquée, bien que la charge d'Osirak ait été légèrement irradiée durant 2 à 4 jours, dans le coeur d'Isis à Saclay, avant de partir pour l'Irak.
Avec cette vingtaine de kilos d'uranium 235 hautement enrichi, l'Irak peut-il fabriquer une bombe ? Les spécialistes sont partagés. Théoriquement, l'Irak peut faire une bombe, puisqu'il suffit de 17 kg d'uranium 235 pour atteindre la masse critique. Mais au moment de la fabrication, les pertes en uranium peuvent atteindre jusqu'à 20 %, soit 4 kg dans ce cas. Bref, la marge est bien étroite pour savoir si l'uranium des Irakiens atteint une masse critique ou sous critique.
D'autant plus que des informations inquiétantes de dernière minute bouleverseraient totalement le raisonnement énoncé ci-dessus. En effet, selon certaines sources confidentielles, la quantité d'uranium enrichi fournie par l'URSS serait en réalité supérieure à 15 kg: en plus des 5 kg (on parlerait même de 10) contenus dans le coeur, il y aurait eu, avant un probable déplacement, plus de 10 kg stockés dans des bâtiments annexes au réacteur.
Le monde entier est anxieux de savoir ce que sont devenues ces cargaisons. Elles sont en principe sous la garde de l'AIEA, l'agence de Vienne qui dépend de l'ONU. Est-ce pour brouiller les pistes que Saddam Hussein avait en effet accepté de signer le traité de non-prolifération, en vigueur depuis le 5 mars 1970 ? La France, elle, ne l'a pas signe! La ratification par l'Irak autorisait les visites d'inspecteurs de l'AIEA. En réalité, ce système de sauvegarde est bourré de failles, comme l'explique Roger Richter, un ancien inspecteur de l'AIEA, Les inspections menées en Irak, au rythme de trois par an, étaient dévolues à des Soviétiques ou à d'autres citoyens d'Europe de l'Est, les Etats ayant plein pouvoir pour prononcer un veto contre des inspecteurs venant d'un pays qu'ils n'agréent pas.
Avant de se présenter, l'inspecteur "accepté" doit prévenir le gouvernement du pays concerné plusieurs semaines à l'avance et obtenir un visa; ce pays peut accepter ou refuser la date prévue. Or, un réacteur de recherche peut être vidé de ses charges d'uranium clandestin en quelques jours seulement. De plus, même si l'inspecteur relève des bizarreries, comme des stocks d'uranium naturel suspects, il n'a aucun pouvoir pour intervenir si ce stock ne figure pas sur la liste qui lui a été remise et qui comporte les installations que le pays a bien voulu lui signaler. Il faut ajouter à cela la difficulté pour un inspecteur de faire une conclusion défavorable avec tout ce que cela pourrait entraîner comme conséquences pour les relations à venir de son pays avec le pays en question.
Dans le cas de l'Irak, la dernière visite de l'AIEA remonte au 19 novembre 1990, date à laquelle les deux stocks d'uranium 235 ne semblaient pas avoir bougé de place depuis l'inspection précédente, en avril 1990. Depuis cette date, en revanche, c'est l'incertitude totale, malgré les appels lancés à l'Irak par l'AIEA.
Fait curieux : pour la première fois, l'Irak avait demandé à l'AIEA, après ses deux dernières inspections, de faire un communiqué officiel pour affirmer que les stocks n'avaient pas bougé. Précisons que les deux inspecteurs chargés du contrôle sont l'un soviétique et l'autre nigérien (le Niger, rappelons-le, fait partie des pays qui ont livré de l'uranium naturel à l'Irak). Mais, depuis cette date, l'Irak a eu tout loisir de décharger les réacteurs et de mettre les stocks à l'abri.
Les Américains auraient également détruit quatre laboratoires nucléaires. L'un à Taji, au nord de Bagdad, où se situait, paraît-il, un atelier clandestin de fabrication de centrifugeuses, et un autre sur le centre militaire d'al-Qaqaa (voir carte).
Pour faire une bombe A il ne manquerait au maximum à l'Irak que de 1 à 2 kg d'U235 pur
Pour se procurer l'arme nucléaire, Saddam Hussein avait en effet décidé de miser sur tous les tableaux. Il avait même essayé d'acheter du plutonium 239 "prêt à l'emploi", matériau stratégique par excellence qui ne peut s'obtenir qu'au marché noir, mais qu'il est difficile d'acquérir, les Etats étant fort jaloux de leurs stocks personnels.
Mais il n'y a pas que le plutonium! L'uranium 235 fait aussi l'affaire. L'une des filières pour obtenir de l'uranium 235 hautement enrichi consiste, nous l'avons dit précédemment, à le fabriquer à partir de l'uranium naturel en le concentrant au fur et à mesure de manipulations qui ne sont pas dangereuses - l'uranium 235 n'étant pas très radioactif - mais qui demandent une technique très complexe.
L'enrichissement de l'uranium peut se faire de plusieurs façons. Les Français ont choisi, avec le procédé Eurodif, la voie par diffusion gazeuse. Mais on peut également préférer l'ultracentrifugation. Il faut d'abord transformer l'uranium en gaz, à l'aide d'acide fluorhydrique qui, combiné à l'uranium, donne de l'hexafluorure d'uranium.
Il faut ensuite soumettre ce gaz à une force centrifuge pour permettre aux atomes les plus légers, ceux l'uranium 235, d'être récupérés au milieu de la centrifugeuse. Cette opération doit être répétée des centaines de fois, avant d'aboutir au produit final: de l'uranium enrichi.
Ce type d'installation, qui requiert des milliers de centrifugeuses disposées en cascades, fonctionne déjà en Chine et à Gronau en RFA, où il est exploité par la firme URENCO, un conglomérat ouest allemand, britannique et néerlandais; il a été construit par une firme allemande, MAN Technologies, qui possède l'expérience en ce domaine. Il semble difficile de penser que cette firme soit totalement étrangère au fait que, premièrement, le Brésil possède une installation pilote d'enrichissement par centrifugation de 300 machines à Ipero, et que, deuxièmement, le Pakistan en construise une plus vaste à Kahuta.
L'Irak visait, paraît-il, une installation de 5 000 centrifugeuses, mais n'en aurait fabriqué que 26, détruites probablement par les bombardements américains. Avec ses 26 machines, l'Irak n'aurait pas pu produire la quantité d'uranium 235 suffisante pour une bombe, une vingtaine de kilos environ, avant, au mieux, 8 à 10 ans, cela au cas où les centrifugeuses offraient le même rendement que celles de Gronau. Si leur rendement ne dépassait pas celui des machines brésiliennes, il aurait fallu dix fois plus de temps, soit... 30 ans !
Mais il est évident que l'Irak n'entendait pas s'arrêter là Entre 1987 et 1989, la firme allemande H & H Metal Form aurait fourni à l'Irak trois machines rotatives destinées à fabriquer des centrifugeuses non loin du site de Tuwaitha où se trouvait Osirak.
Parallèlement des travaux du même ordre auraient été aussi en cours à Mossoul, dans un centre secret baptisé "Saad 16", où était également mené un programme de recherche sur les missiles. Est-ce le fameux hangar dont le toit a volé en éclats sous les bombes devant des millions de téléspectateurs ?
Deux hommes au moins semblent avoir joué un rôle prédominant dans cette histoire, tous deux allemands et appartenant à la firme MAN Technologies qui a construit l'usine de Gronau. Bruno Stemmler et Walter Busse auraient passé des marchés en Allemagne pour le compte de l'Irak et auraient joué le rôle de "consultants", sans bien sûr l'accord de leur maison mère, à laquelle ils appartenaient encore au moment des faits, et qui fermait sans doute complaisamment les yeux lorsque ses deux employés disparaissaient en Irak!
Ont-ils conseillé l'Irak pour réunir le matériel nécessaire à la fabrication de l'usine d'enrichissement? En février 89, les autorités américaines empêchaient l'Irak d'acheter aux Etats-Unis des pompes à vide, dont l'un des usages peut être l'enrichissement de l'uranium. Les deux hommes ont-ils vendu à l'Irak (avec l'accord de la maison mère ?) les plans des centrifugeuses, plans que Stemmler affirmait avoir vus en 1988 dans un laboratoire près de Bagdad, sans qu'il pût expliquer comment ils étaient arrivés là ? Ont-ils joué un rôle dans l'exportation vers l'Irak, bloquée en août 90 par la douane à l'aéroport de Francfort, de plusieurs centaines de couvercles, composants stratégiques "classifiés" entrant dans la fabrication de centrifugeuses ?
C'est en tout cas vers l'Allemagne encore que s'est tourné l'Irak lorsqu'il fallut trouver des aimants spéciaux, pour équilibrer les centrifugeuses tournant à 60 000 t/min. Un lot de 300 aimants circulaires de 5 à 6 cm de diamètre faillit être fourni par Inwako, firme de Bonn spécialisée dans le commerce des armes, celle-là même qui a amélioré les performances des Scud-B fournis par l'URSS. Inwako n'était pas seul; il avait pour partenaire Technology Development Group, compagnie basée à Londres et déjà impliquée, elle aussi dans des affaires de fournitures d'armes à l'Irak.
Auparavant les Irakiens s'étaient procuré des aciers spéciaux riches en nickel destinés à la fabrication des rotors cylindriques. Une autre société allemande, Interatom, construisit près de Bagdad une usine de fabrication de tubes, qui ne fut jamais terminée. Il ne s'agissait prétend Interatom, qui a travaillé pour URENCO dans le domaine de la centrifugation, que de produire des équipements destinés à l'industrie pharmaceutique et pétrochimique! Comment pourrait-on mettre en doute la bonne foi de cette firme qui figure en bonne place sur la liste dressée par les services secrets américains, et où figurent les noms d'une cinquantaine de firmes allemandes soupçonnées d'avoir fourni des équipements stratégiques à l'Irak ?
On peut croire que les installations clandestines de Saddam Hussein ont été bombardées par les Américains. A moins qu'il n'en ait fait construire en sous-sol, comme il en avait l'intention. Quand on a du pétrole, on peut se permettre d'acheter et des idées, et la conscience d'une bonne partie de la planète.

Jacqueline Denis-Lempereur
Science & Vie n°882 mars 1991

(1) La charge devait être renouvelée trois fois par an pour le réacteur principal; la charge du réacteur auxiliaire, de type Isis, ne s'usant pratiquement pas, n'aurait pas eu besoin d'être changée.

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