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 Lente décatholisation

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MessageSujet: Lente décatholisation   Mar 24 Avr 2012, 3:22 pm

Source : http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/734098/dechristianisation-non-decatholisation.html

Déchristianisation? Non, "décatholisation"!

Yves Genin, Professeur ém. à l'UCL (En souvenir d’un ami…)

Mis en ligne le 24/04/2012
A moins de revirements inattendus, le catholicisme se réduira bientôt à une peau de chagrin dans nos régions. Mais quelle forme y prendra donc demain le catholicisme? Yves GENIN, professeur à l'UCL, tente de répondre à cette question.

L’effondrement accéléré du catholicisme en Belgique, comme d’ailleurs partout en Europe occidentale, est un fait d’observation. D’après les autorités religieuses, le matérialisme de plus en plus marqué de la société serait, pour l’essentiel, le grand responsable de ce phénomène. Certains semblent pourtant trouver ce diagnostic un peu court : c’est assurément une litote.

Il y a d’abord une ambiguïté sémantique. C’est bien plus d’une "décatholisation" que d’une déchristianisation qu’il s’agit. Tous ceux qui, comme moi-même, ont été élevés dans la religion catholique et qui ont choisi de la quitter l’ont fait avec regret, sans pour autant renoncer aux valeurs évangéliques, mais acculés par leur propre itinéraire spirituel.

Bien entendu, la révélation récente des actes de pédophilie dans le clergé, le manque de courage et les silences coupables de la hiérachie face à ces scandales n’ont rien arrangé. Si graves que soient ces faits, ce n’est toutefois qu’un épiphénomène récent. Les racines de cette "décatholisation" sont multiples et bien plus profondes.

Il y a certainement cette volonté, cette arrogance disent certains, de l’Eglise catholique à vouloir imposer à ses fidèles, voire à la société tout entière, une morale de comportement dans des domaines tels que la sexualité, l’euthanasie, la recherche sur les cellules souches et tant d’autres au nom d’une prétendue loi naturelle dont elle serait la dépositaire éclairée. Pour beaucoup de chrétiens, le Christ est venu pour rendre l’homme libre et non pas pour lui permettre de se défausser de la responsabilité de ses actes sur quelque norme ou interdit imposé par un ordre établi. Ou alors, faudrait-t-il donc donner raison au grand inquisiteur des "Frères Karamazov"? Au sein du clergé même, des craquements se font de plus en plus souvent entendre tant en privé qu’en public. L’appel à la désobéissance d’un groupe de prêtres autrichiens en juin 2011 ou l’enquête effectuée par le "Standaard" auprès des prêtres flamands en février de cette même année en sont deux exemples récents.

Il y a encore ces grands conquêtes humanistes, comme la démocratie ou l’égalité des droits et des devoirs des hommes et des femmes, que tant de bonnes volontés ont fini par faire émerger dans nos sociétés au prix d’innombrables luttes et souffrances. L’Eglise catholique ne parvient pas, se refuse même, à les intégrer en son sein. Pourquoi donc, par exemple, faut-il imposer à des communautés, par décret pontifical ou épiscopal, des pasteurs qu’elles ne veulent peut-être pas ? Pourquoi aussi refuser l’ordination sacerdotale aux femmes ? Que s’y oppose-t-il vraiment sinon la "sainte" tradition, érigée en absolu intégriste et momifiée en un conservatisme bétonné?

Il y a enfin, et c’est le plus radical, cette conviction intime et profonde qui a lentement mûri chez bien des hommes et des femmes de ma génération, que le christianisme s’est progressivement encrassé au cours des siècles de mythes et légendes, que le catholicisme a transformés en dogmes et vérités théologiques. Toute cette "dogmatisation", tamponnée du sceau de l’infaillibilité, a conduit le catholicisme droit dans le mur, dans une impasse d’où il s’interdit lui-même de faire machine arrière. De toutes ces questions, il est sacrilège d’y réfléchir, encore plus d’en débattre. Les Küng, les Castillo, les Schillebeeck, les Boff, chez nous Jean Kamp, et tant d’autres l’ont appris à leurs dépens. Pourtant cette conviction, et ce n’est un pas grand secret, bien des clercs avouent la partager en privé; pour la plupart, ils se taisent, effrayés devant les conséquences potentielles de tels ébranlements aussi bien que par la menace des sanctions canoniques auxquelles ils s’exposeraient.

De plus, l’histoire est sans appel : toutes ces constructions dogmatiques ont été à l’origine de l’éclatement du christianisme en ses différents courants. Orphelin de cette unité perdue, le catholicisme s’emploie désespérément à la retrouver dans l’œcuménisme, qui témoigne enfin d’un respect pour les autres itinéraires religieux. Détenteur de droit divin du monopole de la seule religion réellement authentique, le magistère romain ne peut cependant le comprendre autrement que comme la recherche de moyens pour "faire rentrer les brebis égarées au bercail". Constatons enfin que même dans nos collèges et écoles catholiques, tous ces dogmes et vérités théologiques ne sont plus enseignées ou alors, si peu. La plupart de nos jeunes n’y sont même pas hostiles: ils y sont imperméables.

Qu’on me pardonne ce trait d’humeur, sans doute un peu facile. Qui n’a pas été sidéré devant ces grandes cérémonies vaticanes où l’on voit de longs cortèges de princes de l’église, mitrés et vêtus d’ornements d’un autre temps, encadrés de gardes suisses revêtus d’uniformes de théâtre, célébrer sous la conduite du souverain pontife la puissance et la gloire de l’imperium catholique dans une basilique-palais Saint-Pierre regorgeant d’or, de marbre et d’œuvres d’art ? N’est-on pas là à des années-lumière du message évangélique? La communauté de Taizé, par exemple, démontre à suffisance que peuvent communier dans de grands rassemblements ceux qui partagent la même foi et la même espérance de manière cohérente avec ce qui les anime.

A moins de revirements déchirants et inattendus, le catholicisme disparaîtra donc de nos régions ou, plus vraisemblablement, se réduira à une peau de chagrin. Quelle forme y prendra demain le christianisme, l’histoire le dira. Le Christ des béatitudes, son message évangélique d’amour et de fraternité universelle, l’espérance radicale au delà des apparences qui le sous-tend, continueront longtemps, à coup sûr, à interpeller les hommes de bonne volonté conscients "qu’à travers eux qui passent, passe quelque chose qui les dépasse et qui ne passera pas : qui restera" (1).

(1) Jean Kamp, "Ce grand silence des prêtres", p. 239, Editions Mols, 2000.

_________________
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