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 Exclure l'Iran de l'ONU ? (SBJ)

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MessageSujet: Exclure l'Iran de l'ONU ? (SBJ)   Exclure l'Iran de l'ONU ? (SBJ) EmptyJeu 04 Mai 2006, 3:35 pm

Exclure l'Iran de l'ONU ? (Topic de SBJ publié dans l'ancien forum)

Source : 24.11.2005 | La Libre Belgique

Jihad atomique

Par Corentin de Salle

Citation :
Le poète de la « Chanson de Roland » prétend que les Sarrasins révéraient une trinité comprenant Mahomet, fondateur de la religion, assisté, pour faire bonne mesure, de deux autres divinités démoniaques, Apollin et Tergavant. Cette prétendue trinité islamique est, on s'en doute, une pure invention de l'Européen médiéval, qui, nous apprend l'islamologue Bernard Lewis, était incapable de concevoir la religion autrement qu'à travers le prisme de sa propre religion. Les choses ont-elles vraiment changé ? Pas vraiment. Notre grille de lecture n'est plus théologique mais idéologique. Ce qui, par exemple, nous empêche de saisir le terrorisme islamiste, c'est l'assimilation du martyr à un « résistant » et l'interprétation de son geste comme l'expression désespérée de damnés de la terre aspirant à une plus grande justice sociale. De la même façon, nombre de commentateurs mesurent la réalité politique iranienne avec des concepts de science politique propres à nos démocraties libérales : on s'efforce de cataloguer forces, camps et factions sur une ligne allant de droite à gauche, qualifiant tel groupe de conservateur et tel autre de progressiste (avec évidemment toutes les nuances que cet exercice appelle).

C'est faire un peu vite l'impasse sur le rôle déterminant de la mollahcratie et l'autorité du Guide suprême, Ali Khamenei. On a déploré l'élection de Mahmoud Ahmadinejad au poste présidentiel sans comprendre qu'entre lui et Rafsandjani, il y avait autant de différences qu'entre la peste et le choléra (Rafsandjani avait souligné, le 1er août 2001, qu'une bombe atomique ne « laisserait rien de vivant en Israël »). On s'est longtemps illusionné sur les capacités de l'ancien président Khatami à réformer son pays. L'université de Liège projetait même de lui décerner un titre de docteur honoris causa : il est vrai que ce dernier avait prononcé les mots magiques en affirmant vouloir entamer un « dialogue entre civilisations ». Du pain bénit pour politologues, sociologues et philosophes de tout bord qui n'ont que le mot « communication » à la bouche (tout directeur de centre universitaire en sciences humaines sait qu'il vaut mieux faire figurer ce terme et ses ersatz à plusieurs reprises dans un projet de recherche s'il veut maximaliser ses chances d'obtenir un financement au niveau européen). Pendant ce temps, Khatami continuait à soutenir les groupes terroristes de Damas et de Beyrouth, à développer le programme nucléaire militaire et à accroître la portée de ses missiles Shahab 3. En réalité, les véritables opposants ne sont pas les « progressistes » ou autres pseudo-« réformateurs » du régime. Ils sont en exil, en prison ou vivent dans la clandestinité.

L'Iran est un régime révolutionnaire authentique, enfant abominable de l'islamisme et du socialisme, s'appuyant sur des forces immenses et contenues que Khomeiny a réussi à libérer et diriger. A l'époque, on a cru qu'il s'agissait d'un simple changement de régime alors qu'un tout nouvel ordre social se mettait lentement en place. Plusieurs radicaux iraniens ont pensé pouvoir instrumentaliser cet homme et ses mollahs, voire s'en débarrasser une fois le renversement accompli. C'était tout le contraire : ce sont eux qui se sont fait prestement éliminer. Les Occidentaux se montrèrent relativement indifférents aux conséquences de cette révolution à laquelle, mus par des idéaux égalitaires, ils avaient prêté main forte : emprisonnements, tortures, exécutions, lapidations, restauration des normes islamiques traditionnelles, étiolement du droit des femmes, destruction des libertés économiques, etc. Tel est l'acte fondateur de ce renouveau agressif des formes théologico-politiques dont l'onde de choc s'étend actuellement jusqu'en Europe sous la forme, notamment, de la question du voile.

Evidemment, il faut nuancer. La vie politique iranienne, d'un pluralisme foncier, est complexe et subtile ; les intérêts de ce pays coïncident partiellement avec ceux du monde occidental ; le chiisme duodécimain est, paradoxalement, doté d'un potentiel de modernisation beaucoup plus important que le sunnisme vu qu'il est censé, à terme, conduire à l'Ijtihad ou interprétation libre. Reste que ces considérations ne suffisent pas à apaiser une inquiétude justifiée par l'investiture d'un ancien preneur d'otages à la tête d'un Etat de 73 millions de personnes et sa volonté, affirmée, de poursuivre le « gouvernement unifié du monde » sous la houlette du Madhi, le messie caché des chiites, ce qui ne signifie rien d'autre que l'intention d'exporter cette révolution religieuse, laquelle produit des martyrs. Par ailleurs, impossible de ne pas mettre en rapport sa récente déclaration avec les vociférations de l'Allemagne dans l'entre-deux guerres. L'histoire nous apprend que ces dernières doivent être prises au sérieux. Elles ont une portée normative.

J.L. Austin appelle « performative » la phrase qui, lors de son énonciation, accomplit, « performe » l'action qu'elle décrit, établissant ainsi une nouvelle réalité. L'exemple le plus classique est « Je vous déclare unis par les liens du mariage ». Par la seule puissance des mots, une nouvelle situation est créée dont découlent des conséquences concrètes. Une fatwa peut transformer une personne en un condamné à mort. Banale dans la bouche d'un terroriste, la menace d'éradication d'un pays acquiert une dimension monstrueuse quand elle émane d'un chef d'Etat dont tout indique qu'il disposera de l'arme atomique dans les années qui viennent (vu que la conjoncture actuelle rend improbable une opposition des Etats-Unis et de l'Europe).

Par contraste, des énoncés totalement dénués de puissance performative, ce sont ceux abondamment générés par l'Onu ou l'Union européenne. « Nous condamnons fermement, etc. ». Et après ? Rien. Impossible, dès lors, de les prendre au sérieux. Raison pour laquelle les divers pays du Moyen-Orient ne le font pas. Jacques Prévert qualifiait déjà la Société des Nations, ancêtre malheureuse de l'Onu, de « Société des c*** et des sommations ». Dans le film « Team America », la poupée de Hans Blix rend visite à la poupée de Kim Jong II : « Nous serons inflexibles avec vous : montrez-moi tous les coins et recoins de votre palais, sinon... » « Sinon quoi ? » « Sinon, nous serons très fâchés contre vous et nous vous écrirons une lettre pour vous dire à quel point nous sommes très fâchés ». On se souvient que Clinton, dans une volonté de rapprochement, était venu s'excuser « d'erreurs passées » non identifiées devant les autorités iraniennes, qui demeurèrent d'une indifférence minérale. Kissinger avait commenté : « Après tout, pourquoi s'amender alors que les cibles de votre politique idéologique courbent l'échine avec la plus parfaite abjection ? ». En pleine campagne électorale, Gerhard Schröder et Angela Merkel ont déclaré qu'une intervention militaire était exclue. Plus proche, il y a eu cette méprisable lettre de Joschka Fischer à l'adresse d'Ahmadinejad s'excusant des propos du ministre de l'Intérieur condamnant son passé terroriste. Di Rupo a opéré une démarche similaire suite aux considérations du ministre De Gucht à son retour du Congo. Ce n'est pas de la politique mais des états d'âme. Ces gesticulations ne sont pas seulement inefficaces, elles sont nuisibles en ce qu'elles incitent leur destinataire à s'armer davantage pour obtenir encore plus. Arafat avait bien compris cela. Le gouvernement iranien aussi. Il peut se permettre de refuser l'aide en matière de technologie nucléaire que lui offrait la troïka européenne sur un plateau d'argent (en compensation de la cessation du programme militaire) car il sait pertinemment que, une fois en possession de la bombe, il pourra tout exiger.

C'est ici la théorie du soft power chère aux Européens, qui s'avère un fiasco total. Difficile d'être plus mauvais : se contorsionner dans la fange pour obtenir le contraire de ce à quoi l'on aspire. La perversité sans borne de ce régime criminel n'avilit pas seulement la classe diplomatique européenne mais la population iranienne toute entière. Faute de pouvoir rendre des comptes de sa gestion désastreuse, la classe politique, qui parle constamment de redistribution des richesses tout en ayant prolétarisé la société toute entière, détourne sa jeunesse vers un ennemi imaginaire. On est pris par un irrépressible sentiment de gâchis face à cette incommensurable régression en termes économiques (le produit intérieur brut a été divisé de moitié par rapport à celui de 1978) et humains (près de 100.000 exécutions, dont un nombre de Kurdes bien supérieur à ceux assassinés en Turquie) et l'abrutissement d'une population dépositaire de cette prestigieuse culture persane classique, probablement la plus raffinée de tout l'univers musulman.

En conséquence, l'Iran doit être exclu de l'Onu sous peine de voir s'effondrer totalement la légitimité de cette institution. On voit mal ce que ce pays continuerait à faire dans une organisation dont les membres sont censés contribuer à la préservation de la paix entre les Nations.



Corentin de Salle est directeur de l'Atlantis Institute

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Bonapartiste et réunioniste

«Les Belges ? Ils ne dureront pas. Ce n’est pas une nation, deux cent protocoles n’en feront jamais une nation. Cette Belgique ne sera jamais un pays, cela ne peut tenir… » Charles-Maurice de TALLEYRAND-PÉRIGORD
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