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 Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, évêque d'Autun

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MessageSujet: Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, évêque d'Autun   Sam 06 Mai 2006, 9:22 pm

Voici un site fort bien documenté sur un des personnages les plus ambigus de l'Histoire de France : Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, ci-devant Evêque d'Auteuil, fossoyeur d'une certaine France et ... de la Belgique.

Source : http://www.napoleon.org/fr/salle_lecture/articles/files/publications_sur_Talleyrand_depuis1.asp

Citation :
L'historien hollandais, Pieter Geyl, avait signalé autrefois que, " dans le domaine purement politique ", le seul personnage à avoir maintenu son rang dans l'histoire pendant l'époque napoléonienne, à part Napoléon bien sûr, était Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord et il avait l'intention d'inclure un chapitre sur le prince dans son fameux ouvrage Napoléon: For and Against (Harmondsworth, 1949) (1). Talleyrand est, sans aucun doute, un des personnages les plus remarquables de l'histoire de la fin du dix-huitième et du début du dix-neuvième siècle, et certainement un des plus controversés. Il fut l'un de ces rares caractères capables de couvrir un large éventail de positions politiques et sociales, aussi bien dans sa vie publique que dans sa vie privée. Dans une certaine mesure, il était bel et bien le représentant de son époque, que ce soit sous les habits de l'Ancien Régime, du noble qui travaillait pour la Révolution, ou du seigneur du château de Valençay pendant la Restauration. Mais on se souvient de lui, bien sûr, pour le plus important de ces rôles, comme ministre des Affaires étrangères pendant le Directoire, le Consulat, l'Empire et la Restauration. La parution d'un livre récent dans la série ambitieuse de Michel Poniatowski nous permet de saisir l'occasion de revoir la bibliographie sur Talleyrand, d'évaluer les contributions que ces ouvrages peuvent apporter à nos connaissances, et de suggérer des orientations de recherche.

L'étude de Lacour-Gayet, l'ouvrage classique sur Talleyrand, est le point de départ de cette revue (2). Les quatre volumes, parus entre 1928 et 1934 et qui ont pris dix-sept ans à achever, ont été salués à l'époque comme l'ouvrage définitif sur la question. Bien que ce soit de loin l'étude la plus complète sur Talleyrand, elle comporte de nombreuses imperfections. Même si la préface nous assure que l'auteur n'a aucun parti pris, Lacour-Gayet fait preuve d'une hostilité évidente à l'égard de Talleyrand et paraît avoir été guidé par une sorte d'indignation morale. Mais ce qui compte davantage, c'est qu'il semble avoir manqué de perspicacité sur le caractère de Talleyrand et, dans l'ensemble, l'ouvrage, qui se lit comme un recueil d'essais, est trop long, fondé uniquement sur des sources françaises et en tire des conclusions douteuses. En somme, l'ouvrage est un bon exemple d'un genre de biographie assez répandu, qui explique l'attitude politique de Talleyrand en se référant à son soi-disant manque de principes moraux.
Malgré l'intérêt montré pour la carrière diplomatique et politique de Talleyrand depuis la parution de l'ouvrage de Lacour-Gayet, on peut affirmer qu'il n'a pas encore trouvé un biographe comparable à Heinrich von Srbik ou Enno Kraehe pour Metternich, ou Charles Webster pour Castlereagh (3). On est frappé par le manque d'analyses sérieuses, par le nombre de récits anecdotiques et par le fait que la plupart des historiens de la Révolution et de l'Empire l'ont ignoré entièrement (4). On pourrait ajouter que, parmi ceux qui ont étudié Talleyrand, aucun n'a réussi à comprendre son caractère ambigu et élusif. Presque tous ont été impressionnés par le nombre d'exploits exceptionnels qui ont marqué sa carrière. Pourtant, très peu admirent ouvertement son caractère et quelques-uns mettent en doute sa réputation de diplomate (5). Puisque sa vie est assez bien documentée, les différences d'opinion ne se fondent par sur ce qu'il aurait ou n'aurait pas fait (bien qu'il reste encore des interrogations sur sa participation dans certains événements de l'époque impériale, notamment son rôle dans l'assassinat du duc d'Enghien et dans l'invasion de l'Espagne), mais sur l'interprétation de ses motivations. La source de ces interprétations réside souvent dans des notions abstraites et morales comme la fidélité, la trahison, et l'hypocrisie. La plupart des anti-Talleyrandistes condamnent le fait qu'il a survécu à tant de gouvernements alors qu'il ne croyait en aucun, qu'il était opportuniste et qu'il n'avait aucun principe, ou tout au moins qu'il modifiait ses principes pour s'adapter au gouvernement au pouvoir. De ce point de vue, un homme sans principes est condamnable devant l'Histoire. De l'autre côté, on trouve des oeuvres où Talleyrand est dépeint comme un homme gouverné par un idéal politique (6). Bien que peu d'ouvrages écrits avant 1945 entrent dans cette catégorie, il y a sans aucun doute une tendance chez les biographes plus récents à interpréter les actions et les motifs de Talleyrand avec un regard plus bienveillant.

Tentatives de réhabilitation

Tournons-nous maintenant vers ces ouvrages. Après la condamnation de Lacour-Gayet, un certain nombre d'historiens ont tenté ce qu'on pourrait appeler une réhabilitation. Le premier fut Y. Guyomard avec un essai intitulé Le secret de Talleyrand (Cherbourg, 1934). Guyomard soutient que Talleyrand était un partisan résolu de la paix et de l'équilibre européen, et qu'il poursuivit les mêmes buts politiques tout au long de sa carrière. Ce livre a été suivi par un essai écrit par l'arrière-petit-neveu de Talleyrand, Jean de Castellane, Talleyrand. Le diplomate et le gentilhomme, vu par l'un des siens (Paris, 1934). C'est un récit agréable, sinon trop favorable et quelque peu inexact qui, sans entrer dans trop de détails, tente de dépeindre l'homme et sa philosophie politique. Il contient probablement la collection la plus complète de citations des propres paroles de Talleyrand.
Les historiens anglo-saxons ont généralement traité Talleyrand plus favorablement, mais on devait attendre la publication de Duff Cooper, Talleyrand (New York, 1932) avant qu'un ouvrage adéquat ne paraisse en anglais. L'ouvrage de Cooper, dans lequel Talleyrand est dépeint comme un diplomate capable mais un peu rusé, est probablement la biographie la plus lue en anglais et fut longtemps considérée une des meilleurs études disponibles. Bien que périmé et qu'on puisse le classer dans la " petite histoire ", il vaut encore la peine d'être lu par son style divertissant. Après Cooper, la contribution la plus connue est celle de Crane Brinton, The Lives of Talleyrand (New York, 1936). Le titre affiche l'attitude de l'auteur envers le caractère de Talleyrand. Dans l'ensemble, le livre est bien écrit et favorable à Talleyrand tout en étant critique, avec une approche thématique plutôt que chronologique. Il a probablement fait plus que tout autre ouvrage pour sauver Talleyrand des critiques contre sa moralité. Certes, de nombreuses imperfections gâchent l'ouvrage. Un des thèmes principaux est la " bonté " de Talleyrand ; les premier et dernier chapitres qui y sont consacrés sont verbeux, ainsi que le chapitre dévolu à l'analyse de Talleyrand en tant qu'homme politique et moraliste. Mais bien que cet ouvrage soit périmé, il vaut la peine d'être lu à cause de sa finesse psychologique et parce qu'il est certainement une des rares études à placer le sujet dans un contexte intellectuel et politique convenable.
Dans l'ensemble, les historiens anglo-saxons ont prêté très peu d'attention à Talleyrand et on a dû attendre presque quarante ans avant qu'un autre ouvrage paraisse en anglais: Jack F. Bernard, Talleyrand: A Biography (New York, 1973). Bien qu'il contienne quelques inexactitudes et que l'auteur ait tendance à exagérer l'importance de la contribution de Talleyrand, il est très lisible et représente une bonne introduction au sujet. Mais en tant qu'ouvrage savant, il est gâté par le manque d'appareil critique et de recherche d'archives. En outre, les sections concernant Napoléon et les relations internationales sont parfois faibles. C'est néanmoins le meilleur ouvrage disponible en anglais, et vingt ans après sa publication, il n'a pas encore été remplacé.

La tradition "populaire" française

La tradition "populaire" française qui dominait l'approche des études sur Talleyrand au dix-neuvième siècle s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Aucun des biographes récents n'a accru nos connaissances et la plupart peuvent être rejetés comme sans valeur du point de vue universitaire. Le livre de Gérard Sellier, Humeurs et humour de Monsieur de Talleyrand (Paris, 1992), consacré à l'humour de Talleyrand, est, par définition, anecdotique, rédigé par un " historien du dimanche ". Le livre de André Beau, Talleyrand : chronique indiscrète de la vie d'un prince : Consulat, Empire, Restauration (Paris, 1992), est un peu plus intéressant car l'auteur utilise un nombre de sources inédites pour décrire la vie de Talleyrand au château de Valençay. Néanmoins, le livre reste essentiellement anecdotique. Celui de François Bonneau, Les Princes d'Espagne à Valençay ou l'Espagne humiliée (Châteauroux, 1986), est un récit assez bien documenté sur la vie au château de Valençay pendant l'époque où les princes d'Asturie y résidaient (1809-1812). Toutefois, un manque de références et de bibliographie nuit à l'ouvrage.
Deux études, dont la qualité principale est de rendre Talleyrand accessible au grand public, sont celles de Jean Orieux, Talleyrand ou le sphinx incompris (Paris, 1970), et d'André Castelot, Talleyrand ou le cynisme (Paris, 1980). Toutes les deux sont fondées sur une lecture étendue de la littérature sur Talleyrand. Le livre d'Orieux a l'avantage d'être une véritable réussite littéraire. L'ouvrage de Castelot est franc et très agréable à lire. Malheureusement, Orieux dépeint Talleyrand sous un jour très cynique et son livre contient tant d'inexactitudes qu'il n'a que peu de valeur historique. On trouve enfin peu de choses utiles dans un des ouvrages les plus récents, Georges-Albert Morlot, Talleyrand : une mystification historique (Paris, 1991) qui n'apporte rien de nouveau sur le sujet et s'appuie trop sur les mémoires de gens hostiles à Talleyrand, comme Thiers. Ce qui est plus grave, l'auteur ignore les recherches intéressantes qui ont été faites en anglais depuis 1945.

Le cas particulier des livres de Michel Poniatowski

D'un tout autre genre est l'oeuvre de Michel Poniatowski, riche en extraits de documents et en récits d'époque. Jusqu'à présent cinq livres sont parus : Talleyrand aux États-Unis (Paris, 1967) ; Talleyrand et le Directoire (Paris, 1982) ; Talleyrand et le Consulat (Paris, 1986) ; Talleyrand et l'Ancienne France (Paris, 1988) ; et, le tout dernier, Talleyrand. Les années occultées, 1789-1792 (Paris, 1995) (7). Ces livres examinent dans le plus grand détail la carrière de Talleyrand et, puisque Poniatowski n'a encore abordé ni l'Empire ni la Restauration, on peut s'attendre à d'autres tomes dans l'avenir. L'aspect le plus décevant, c'est que ces livres consistent en une narration émaillée de longues citations extraites de divers journaux et de sources déjà publiées. S'ils deviendront ainsi, sans doute, des ouvrages de référence, la lecture n'est destinée qu'aux " fans " de Talleyrand les plus assidus. Enfin, malgré des preuves de recherches en archives, Poniatowski semble éviter toute analyse de caractère ou de faits, à l'exception de son livre le plus récent où il adopte une attitude beaucoup plus critique de Talleyrand qu'à son habitude. Mais il est à craindre que, dans ce cas particulier, l'auteur est en train d'utiliser Talleyrand pour exprimer ses vues conservatrices sur la Révolution.

La carrière ecclésiastique de Talleyrand

Une des rares études qui ait avancé nos connaissances sur Talleyrand se concentre sur sa carrière ecclésiastique: Louis S. Greenbaum, Talleyrand, Statesman Priest. The Agent-General of the Clergy and the Church of France at the End of the Old Regime (Washington, 1970). Ce livre est, sans aucun doute, le meilleur à être sorti depuis de nombreuses années et remplace pratiquement toute la littérature précédente sur les débuts de sa carrière. Basé sur des documents d'archives, il éclaire de nouveau le rôle de Talleyrand en tant qu'agent général du clergé, un poste qu'il a occupé entre 1780 et 1785. Greenbaum nous présente un agent général modèle qui oeuvrait à protéger les droits du clergé contre les assauts de la monarchie. La contribution la plus importante de Talleyrand était dans la formulation d'un plan adopté vers la fin de son mandat et qui avait pour but la consolidation de l'église. Greenbaum a aussi publié un certain nombre d'articles sur Talleyrand prêtre avant la parution de son livre, ainsi : " Talleyrand and His Uncle: The Genesis of a Clerical Career ", Journal of Modern History (1957), pp. 226-236, qui révise la notion d'un Talleyrand destiné à la carrière ecclésiastique à cause d'une décision prise par ses parents et qui attribue la décision à l'ambition personnelle de son oncle, résolu à construire un empire ecclésiastique ; " Talleyrand and the Temporal Problems of the French Church from 1780 to 1785 ", French Historical Studies, 3 (1963), pp. 41-71, qui montre comment Talleyrand, en tant qu'agent général, a maintenu les droits de l'Église face à la monarchie ; " Talleyrand as Agent-General of the Clergy of France: A Study in Comparative Influence ", Catholic Historical Review, 48 (1963), pp. 473-486, une évaluation des succès de Talleyrand pendant son agence générale et qui confirme que lui seul en était responsable ; et " Ten Priests in Search of a Miter: How Talleyrand Became a Bishop ", Catholic Historical Review, 50 (1964), pp. 307-331, qui rediscute l'opinion que Talleyrand avait été refusé par l'épiscopat à cause de sa conduite scandaleuse et démontre que des " considérations institutionnelles et ecclésiastiques " ont joué un rôle beaucoup plus important. Malgré l'importance des résultats de ses recherches, Greenbaum semble avoir été totalement négligé par les historiens français. Pourtant, l'implication pour des recherches futures sur Talleyrand est importante, car Greenbaum le dépeint comme travailleur, ambitieux et même obéissant à des principes moraux, ce qui contraste fortement avec l'image dissolue de tant de biographes. Il serait intéressant de savoir
d'où provient cette différence entre l'image de Talleyrand avant et après la Révolution et d'examiner jusqu'à quel point il aurait lui-même encouragé ce portrait de quelqu'un de paresseux, frivole, peu scrupuleux, joueur et coureur de jupons.

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MessageSujet: Re: Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, évêque d'Autun   Sam 06 Mai 2006, 9:23 pm

Citation :
Le séjour aux États-Unis

Le seul livre qui traite de la période d'exil de Talleyrand aux États-Unis est celui de Michel Poniatowski, Talleyrand aux États-Unis, 1794-1796. C'est un livre assez bien écrit mais un peu superficiel et on peut se demander s'il valait la peine de consacrer tout un livre à ce sujet. On peut aussi consulter la collection de documents sur les activités financières de Talleyrand pendant son séjour en Amérique du Nord : Hans Huth et Wilma J. Pught, Talleyrand in America as a financial promoter, 1794-96 (Washington, 1942). Il existe aussi deux thèses américaines écrites à peu près en même temps mais qui sont un peu décevantes : Edwin Rockefeller Baldrige Jr., " Talleyrand in the United States, 1794 to 1796 " (Université de Lehigh, 1963) qui a, au moins, la valeur d'avoir réfuté quelques idées fausses au sujet de son séjour ? Talleyrand n'a pas acheté de terrain et il n'a pas fait fortune par la spéculation ; et John L. Earl III, " Talleyrand in America. A Study of his exile in the United States, 1794-1796 " (Université de Georgetown, 1964), qui a le mérite d'être un peu plus profonde que celle de Baldwin en couvrant le même sujet. Aucune des deux thèses n'utilise des sources d'archives et, tout comme pour le livre de Poniatowski, on peut se demander si le sujet convient à une étude approfondie. Earl a publié les résultats de ses recherches dans un article intitulé " Talleyrand in Philadelphia, 1794-1796 ", Pennsylvania Magazine of History and Biography, 91 (1967), pp. 282-298, qui constitue un exposé bien renseigné sur son séjour en Amérique.

Le rôle pendant la Révolution

Deux études analysent le rôle de Talleyrand pendant la Révolution, un aspect de sa vie qui a généralement été négligé par les historiens : la thèse de Peter V. Curl, " Talleyrand and the Revolution Nobiliaire " (Université de Cornell, 1951), et le livre de Michel Poniatowski, Talleyrand. Les années occultées. De loin le meilleur des deux est celui de Curl qui traite bien du caractère de Talleyrand et qui attire l'attention sur ses relations avec Mirabeau, Calonne et Necker. Il soutient que la participation de Talleyrand dans la Révolution n'était pas uniquement une question d'opportunisme, comme beaucoup d'historiens le soutiennent, mais qu'il était politiquement engagé au côté des révolutionnaires. Il explique le fait que Talleyrand a servi six régimes successifs par l'argument que l'État était un " concept métaphysique " qui devait être obéi et servi de la manière la plus éclairée possible. À noter un chapitre sur la tentative de Talleyrand d'obtenir le ministère des Finances en 1789, un autre sur ses relations avec La Fayette et un autre encore, qui est central dans la thèse de Curl, à savoir que Talleyrand aurait tenté de sauver la monarchie à travers une politique de réconciliation nationale et une guerre limitée. Un des défauts majeurs de ce travail, cependant, est le manque total de sources d'archives. Poniatowski a également attiré l'attention sur la participation de Talleyrand au processus révolutionnaire et va jusqu'à prétendre qu'il était un des fondateurs de la Révolution avec Mirabeau et La Fayette ! C'est injustement qu'il tient Talleyrand pour responsable du schisme de l'église et le surnomme "père de l'Église constitutionnelle". Tandis que les autres livres de Poniatowski sur Talleyrand ont tendance à manquer d'analyse, celles qu'on trouve dans ce livre sont beaucoup trop simplistes et réduisent les questions les plus complexes à leur plus simple expression. Dans l'ensemble, il condamne les motivations et le comportement de Talleyrand, ce qui nous conduit à penser que son attitude est compatible avec la vue traditionnelle des historiens français qui voient Talleyrand comme un traître à sa classe, une notion qui fut avancée en premier par l'historien Louis Madelin. Il n'est peut-être pas étonnant que Poniatowski et Madelin, à l'opposé de l'éventail politique, aient tous deux quelque chose en commun. Madelin a été un des rares universitaires français spécialistes de la Révolution qui ait daigné jeter un coup d'oeil sur Talleyrand, mais son évaluation dans ce domaine s'est limitée à un article assez court dans lequel il examine les trois années que Talleyrand a passées à l'Assemblée nationale, les événements qui ont mené à la nationalisation des biens de l'église et le schisme qui a résulté de la constitution civile du clergé. Madelin explique le comportement de Talleyrand pendant le début de la Révolution comme étant motivé par l'ambition personnelle, une vue qui néglige le rôle complexe que joua la noblesse dans le processus révolutionnaire (.

Le diplomate

La majeure partie de la littérature critique a pour objet l'étude de Talleyrand diplomate. Or on distingue, ce qui n'est pas étonnant, deux tendances principales : ceux qui doutent de la capacité de Talleyrand à faire de la diplomatie et qui le considèrent comme traître à son pays (cette tendance est particulièrement marquée parmi les auteurs français) ; et ceux qui le regardent comme un diplomate capable, voire un des plus grands diplomates du dix-neuvième siècle. Cette dernière vue a souvent été exposée par d'anciens diplomates qui éprouvent une crainte presque respectueuse des talents de Talleyrand comme négociateur, souvent au détriment de facteurs domestiques et politiques plus importants. Les traditions diplomatiques et la politique internationale qui existaient, bien avant que Talleyrand n'arrive sur la scène, ne sont pas souvent prises en considération et ce fut seulement beaucoup plus tard, avec des historiens comme Sorel et Bourgeois, qu'un lien a été établi entre le talent évident de Talleyrand et la nature traditionnelle de la politique dont il était l'avocat.
Alfred Fabre-Luce est un bon exemple du diplomate devenu historien, intrigué par le caractère de Talleyrand (9). Bien que ce livre n'atteigne pas le strict minimum requis pour un travail historique, des remarques faites par l'auteur sur l'enfance de Talleyrand et son insatisfaction dans sa carrière ont servi de base à une réévaluation de sa vie. Fabre-Luce avance l'argument que Talleyrand n'a rien, ou presque rien fait pour dissiper une image défavorable de lui-même. Il a, en fait, grandement contribué à la créer. Il est assez intéressant de remarquer que l'opinion de l'auteur sur Talleyrand a changé du tout au tout au cours des années comme en témoigne la préface à une nouvelle édition de son livre parue en 1969. Dans la première édition, Talleyrand était considéré comme un bon citoyen avec un certain nombre de faiblesses qui pourraient être pardonnées à cause de son intelligence et des circonstances de sa vie, mais cette interprétation a cédé la place au portrait d'un Talleyrand gangster qui aurait volé régulièrement et qui aurait même songé à utiliser l'assassinat comme instrument politique. Malheureusement, l'auteur ne nous explique pas les raisons de cette volte-face.
Un autre diplomate qui a admiré Talleyrand, le comte de Saint-Aulaire, sympathisant de l'Action française, a écrit une biographie élogieuse publiée quelques années avant le centenaire de la naissance de Talleyrand (10). Il prétend que Talleyrand était un génie de la politique qui chercha à devenir indispensable à ses maîtres politiques. Il établit un parallèle entre sa vie et la carrière de Bonaparte. Malheureusement, l'auteur a trop tendance à se faire lyrique et beaucoup trop tendance à excuser, plutôt qu'à analyser, le comportement de son sujet.
Les débuts diplomatiques de la carrière de Talleyrand remontent à l'Ancien Régime. Quelquefois, on le dépeint comme l'héritier de Vergennes, ministre des Affaires étrangères entre 1774-1787, et parfois comme l'héritier de Mirabeau. Dans un article intitulé " Talleyrand and Vergennes: The Debut of a Diplomat ", Catholic Historical Review, 56 (1970), pp. 543-550, l'historien américain, Louis Greenbaum, décrit la situation précédant l'échange de lettres entre Talleyrand et Vergennes et qui fut son introduction au monde diplomatique. Il constate qu'en raison de la continuité dans l'art de gouverner, Talleyrand et Vergennes sont très liés. L'implication de Talleyrand dans l'origine de la campagne d'Égypte est suffisamment traitée dans l'article d'Alain Silvera, " Egypt and the French Revolution ", Revue Française d'Histoire d'Outre-Mer, 69 (1982), pp. 307-322 ; tandis que Carl Ludwig Lokke, " Pourquoi Talleyrand ne fut pas envoyé à Constantinople ", Annales historiques de la Révolution française, 10 (1933), pp. 153-159, explique pourquoi Talleyrand a abandonné le projet d'aller à Constantinople comme ambassadeur. Talleyrand devait s'occuper du côté diplomatique de l'expédition égyptienne et fut accusé plus tard par Lacour-Gayet de perfidie pour avoir laissé Bonaparte quitter la France sans avoir l'intention de le soutenir. Mais, comme Lokke nous le démontre, Talleyrand, bien qu'il ait été ministre des Affaires étrangères, était souvent traité comme un fonctionnaire par les autres membres du Directoire et n'avait aucune voix au chapitre pour désigner la personne susceptible d'occuper le poste à pourvoir à Constantinople.
Le livre d'Émile Dard, Napoléon et Talleyrand (Paris, 1935), décrit par Jean Savant comme " magistral ", traite de la période entre 1797-1815 et étudie les relations entre les deux hommes. Malgré quelques défauts dans la peinture des actions et des motivations de Talleyrand, ce travail est précieux pour les détails qu'il donne sur Talleyrand ministre des Affaires étrangères. Pourtant, on est obligé de souligner le fait que les relations véritables entre ces deux hommes resteront toujours, au fond, un mystère, puisque la correspondance dont disposent les historiens est une correspondance officielle qui révèle peu sur leurs pensées et leurs sentiments profonds. Le travail de Dard a été le premier à révéler jusqu'à quel point Talleyrand trahissait des secrets militaires aux Alliés, ce qui est à l'opposé de l'impression que donne Lacour-Gayet d'un Talleyrand serviteur de Napoléon. On peut aussi mentionner la thèse de Peter Hans Olden, " Napoleon und Talleyrand. Die französiche Politik während des Feldzugs in Deutschland 1805 " (Université de Tübingen, 1927), étude sur les buts militaires divergents de Talleyrand et Napoléon pendant la campagne de 1805. Olden base sa thèse sur un mémoire connu de Talleyrand écrit en octobre 1805 à Strasbourg, dans lequel il presse Napoléon de conclure une paix modérée avec l'Autriche. Edward A. Whitcomb, en revanche, refuse de prendre ce mémoire pour argent comptant et le critique sévèrement dans son livre sur les services diplomatiques de Napoléon en concluant que " le célèbre mémoire de Talleyrand de 1805 n'était pas modéré, il n'assurait pas la paix européenne, il n'exigeait pas un équilibre des pouvoirs et il n'était pas pratique " (11). Paul Schroeder soulève un point intéressant dans son article, " Napoleon's Foreign Policy: A Criminal Enterprise? " Journal of Military History, 54 (1990), pp. 157, quand il avance, l'argument que juger le mémoire strasbourgeois de Talleyrand sur ses mérites en tant que solution pratique aux problèmes vécus par la France est à côté de la question. Ce qu'il illustre avant tout, ce sont les différences fondamentales qui existaient entre Talleyrand et Napoléon. Talleyrand, selon Schroeder, " considérait comme convenu qu'on devait trouver une place permanente et un rôle pour l'Autriche au sein du système international, et il a tenté d'en imaginer un qui plairait à Napoléon. Napoléon, véritable criminel dans la politique internationale, considérait comme allant de soi qu'il n'était pas obligé de donner un quelconque rôle à l'Autriche s'il en décidait ainsi ". Une étude plus récente sur les rapports entre Talleyrand et Napoléon est le livre de Barbara Norman Makanowitzky, Napoleon and Talleyrand: The Last Two Weeks (New York, 1976). Il décrit les événements qui se sont déroulés entre le 23 mars et le 5 avril 1814 mais n'apporte rien de neuf bien que l'auteur ait visiblement consulté des archives.

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