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 Décryptage France-belgique.

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François Barberis
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MessageSujet: Décryptage France-belgique.   Décryptage France-belgique. EmptyVen 20 Jan 2012, 9:01 pm

Quels sont les buts réels de la diplomatie française en Belgique ?

Que signifie réellement la formule bien commode "ni indifférence, ni ingérence", alors que le fait d'ingérence économique est constant ?

Paris attend-il vraiment, comme le déclarait le général de Gaulle, qu'une autorité légitime s'adresse à la France pour envisager une intervention politique ?

Pourquoi la France n'a-t-elle jamais réagi aux propos délibérément antifrançais de nombre de partis politiques flandriens ("Rats français dehors
")?

Pourquoi Paris n'a-t-il rien fait pour soulager l'état fédéral belge dans la consolidation de Dexia ?

Pourquoi Paris n'évoque-t-il jamais les difficultés de refinancement de l'état fédéral, alors que les taux appliqués à la dette permettent de pronostiquer de graves difficultés de refinancement de cet état à un horizon de quelques semestres ?

Pourquoi Paris n'a-t-il pas invité Elio di Rupo à une visite à Matignon, alors que ce dernier a déjà été invité et reçu à La Haye ? Pourquoi Paris ignore-t-il Elio di Rupo et son gouvernement, tout comme il ignorait le gouvernement Leterme ?

Pourquoi cette désinvolture apparente à l'égard du fait wallon et cet empressement à l'égard du fait flandrien (Herman Van Rompuy, président de l'UE à l'initiative de Paris et Berlin) ?

Pourquoi cet aménagement jusqu'à Valenciennes du canal à grand gabarit Paris Seine nord, ce qui va dans le sens d'une amélioration de la position d'Anvers comme port d'entrée du bassin parisien, et rien vers Namur et Liège ?

Pourquoi Paris a-t-il finalement accepté sans trop de difficulté de déshabiller Strasbourg pour habiller Bruxelles alors qu'il avait les moyens de droit de s'opposer à ce transfert ?

Pourquoi Paris finalement favorise-t-il aussi insolemment le fait flandrien et ignore-t-il tout aussi dédaigneusement le fait wallon et le fait bruxellois (du moins en apparence)
?

Répondre à ces questions, c'est en fait décrypter le jeu français en Belgique qui est tout sauf indifférence et innocence. Tout sauf la formule "chacun chez soi". Tout sauf la formule "ni ingérence, ni indifférence".

Car ne nous y trompons pas, le but de Paris est de revenir sur le plateau belge et de tourner la page de deux événements historiques qui continuent de peser sur la vision française de la politique européenne : la défaite de Waterloo et le congrès de Vienne.


Mais Paris ne peut agir directement, par revendication territoriale comme cela se faisait au 19ème siècle, à l'ère de la politique des puissances, c'était avant la guerre de 14-18 et la diplomatie wilsonnienne.est passé par là.
Donc Paris agit de manière indirecte.
Et cette manière indirecte, face au fait belgicain et à l'absence de tout mouvement pro-français majoritaire en terre francophone, s'appelle : le soutien à la Flandre.
Paris donc joue la carte de la Flandre et soutient la Flandre dans ses approches nationales, voire nationalistes; et ce n'est pas très difficile à en comprendre les raisons.

Ce que redoute Paris ce sont essentiellement trois situations qui lui seraient imposées par les événements si la France devait d'une manière directe et indirecte prendre en charge les intérêts des Francobelges. Ce que redoute Paris,
1- c'est réunir l'espace francophone dans des conditions qui ne seraient pas optimales et voir surgir sur ce territoire un fait irrédentiste qui déstabiliserait par contre coup les acquis de siècles de centralisme français et mettrait la France en péril intérieur. le spectre des guerres de Vendée en quelque sorte serait de retour.

2 - c'est réunir l'espace wallon, même avec l’assentiment majoritaire de son peuple, mais ne pas réunir l'espace bruxellois, ce qui empoisonnerait cette réunion et la rendrait fragile. En fait Paris veut bien réunir l'espace francophone, mais Paris veut réunir les deux ensembles, en même temps et dans une même approche, c'est-à-dire TOUT l'espace francophone, y compris les communes à facilités et peut-être même les communes de la périphérie dans lequel un fait francophone important est constaté.
L'objectif n'est donc pas: la Wallonie d'abord, puis Bruxelles ensuite , mais le Grand Bruxelles ET la Wallonie; avec consensus largement majoritaire dans l'un et l'autre sous-ensemble.

3 - Ce que Paris redoute enfin, c'est la dette qu'il faudrait prendre en charge et qui ne peut être supportée que si les deux parties du puzzle sont réunies : Bruxelles et la Wallonie. Ceci en raison de la dette obligataire wallonne (100 à 120 milliards d'€) rapportée au PIB wallon (80 Mds €), alors que ces chiffres sont beaucoup moins déséquilibrés si l'on prend en compte les deux régions, Bruxelles Capitale + Wallonie (on arrive à une quasi parité PIB-dette). Pour Paris, prendre en charge la seule Wallonie, son PIB, sa dette obligataire, ses engagements de retraites et son hors bilan, sans bénéficier des retombées de la ville centre, ce serait l'égal d'un suicide économique . Du moins c'est ainsi que Bercy présente cette situation : il faudrait émettre immédiatement 50 à 60 milliards d'€ de dettes supplémentaires pour financer la réunion de la Wallonie sans BXL : tout simplement irréaliste en ces temps de pénurie.

Ces conditions de réunion ou de réunification n'étant pas réunies, tant financière que politique puisque la question n'est même pas posée à l'opinion publique francophone, Paris s'est donc résolue à soutenir le fait flandrien; car c'est le seul fait suffisamment stable et cohérent à ses yeux pour envisager de construire un après-belgique.

Mais on ne peut s'empêcher de penser que, quelque part, Paris soutient la Flandre comme une corde soutient un pendu; c'est-à-dire avec le fin désir de voir la Flandre prendre en charge tous les problèmes de financement de l'ensemble belge,, exonérant de ce fait la France d'avoir à s'y impliquer directement, et ce, jusqu'au moment où, la Flandre constatant son impossibilité de conduire sa politique d'assimilation du fait bruxellois ou de soutien "solidaire" des besoins wallons, mettra les pouces, déposera les armes et demandera alors l'aide de son homologue du nord, le royaume des Pays- Bas, qui n'attend que cela.

Car Paris sait que c'est avec La Haye qu'il devra discuter (accessoirement avec Berlin), mais pas avec la Flandre ni avec la Wallonie, même si bien entendu un ou plusieurs référendums seront à un moment organisés pour entériner les nouveaux tracés de frontières. On sait très bien ce que La Haye attend d'une telle négociation : réunir Anvers et Rotterdam et continuer à être le port d'accès à la région parisienne (d'où le canal en préparation). Et on sait très bien ce que les Néerlandais sont prêts à concéder pour obtenir cette position dominante en Mer du nord : Bruxelles et tout son Brabant qui, pour la grande Néerlande tournée vers le domaine maritime, ne présentent qu'un intérêt mineur.

C'est pourquoi Paris soutient la Flandre : le plus tôt celle-ci aboutira dans la constatation de son impossible politique, le plus tôt celle-ci se retournera vers La Haye, et le plus tôt Paris pourra avancer ses pions.

Jusques là, Paris n'aura au mieux qu'indifférence (apparente) pour les Francophones de Belgique qui vont devoir souffrir cette (apparente) froideur. Sauf si ceux-ci, se rendant compte de leurs vrais intérêts, réalisaient leur aggiornamento et enfin se décidaient à frapper à la porte de leurs seuls et uniques vrais alliés -et vraisemblablement amis- ces gens qui forment la nation française, une grande maison qui ne devrait pas faire trop de difficulté pour leur ouvrir sa porte, si leurs exigences ne sont pas trop élevées et si cette demande leur est faite avec un minimum d'humilité et de bienséance. Pour l'instant, ce n'est pas la situation constatée.






Dernière édition par François Barberis le Dim 22 Jan 2012, 10:48 pm, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Décryptage France-belgique.   Décryptage France-belgique. EmptySam 21 Jan 2012, 1:54 pm

Soit, je veux bien admettre le bien-fondé de ton analyse à la "Quai d'Orsay" mon cher François puisque j'ai l'avantage d'être franco-belge et de pouvoir ainsi fréquenter les milieux consulaires français de Bruxelles où il est vrai que les contacts économiques avec la Flandre semblent plus nombreux qu'avec Bruxelles et la Wallonie malgré la nombreuse diaspora de nantis français qui habitent Ixelles, un "arrondissement" de Bruxelles, afin d'éluder le fisc de Bercy !
Il n'en demeure pas moins vrai que le cadre quasi confédéral de la Belgique autoriserait la France à resserrer ses liens transfrontaliers et culturels avec les régions wallonnes et bruxelloises sans que cela pourrait être considéré comme une ingérence de l'état français vis-à-vis de l'état (con)fédéral belge. De plus, cela aurait l'avantage pour les Francophones de Belgique de se sentir soutenus par Paris sans que cela ne coûte un eurocentime aux contribuables français (ou si peu). Les grandes révolutions sont souvent précédées de gestes symboliques...

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MessageSujet: Re: Décryptage France-belgique.   Décryptage France-belgique. EmptyLun 23 Jan 2012, 1:03 pm

Plus que le défi financier, qui serait tout sauf mince puisqu'il se traduirait pour l'état français par :
a) la nécessité d'emprunter, sur 3 ans, entre 50 et 60 milliards d'€ -en plus des 178 Md € que la France va lever cette année sur les marchés financiers- pour mettre les finances publiques wallonnes en mesure de faire face à leurs besoins courants (cette somme, 50-60 Md €, correspondant peu ou prou au besoin de financement de la Région Wallonie sur les 3 prochaines années, si celle-ci venait à faire scission avec prise en charge de sa quote-part de dette fédérale);
b) la cinquantaine de Md € supplémentaires représentant les engagements de retraites des pensionnés wallons (donc sur 15-20 ans), qu'il faudrait agréger aux 900 milliards qui représentent les engagements actuels de l'état français au titre de ces mêmes droits pour ses seuls nationaux,

c'est le défi de politique intérieure que redoute le plus le gouvernement français.

ce que redoute le gvt français ce n'est pas tant l'accord qui serait demandé à sa propre opinion publique -on peut imaginer qu'un référendum sur le sol français donnerait 70% de votes favorables à la réunion de la Wallonie à la France, et même 80% s'il y avait Bruxelles, un vrai plébiscite comme le définissait Renan; mais plus directement l'accord des premiers concernés, à savoir les Francobelges de Wallonie de de Bruxelles.

Car rien ne serait plus porteur de gros nuages qu'un vote d'adhésion ric-rac, disons à 55-58% de votes favorables à la réunion à la France. Gros nuages qui viendraient non pas tant de la population wallonne que l'on présente comme placide, mais des mouvements extrémistes flandriens qui considèreraient que la mère-patrie flandrienne aurait été amputée d'un territoire "sacré" et qui interprèteraient un vote quasiment égalitaire comme une invitation à faire changer le sens de l'histoire par la violence. On pense au TAK bien entendu; mais pas seulement.

Pour Paris, réunir la Wallonie avec un vote référendaire qui soit inférieur à 70%, ce serait jouer avec le feu et mettre en péril, par ricochet, l'unité française elle-même.

C'est donc pour des raisons très opportunistes que Paris défend le statu quo actuel : Non que Paris considère la Belgique comme un "pays ami", mais parce que le maintien de la Belgique en sa forme actuelle -peu importe que la Flandre en prenne le contrôle, ou que ce contrôle soit partagé- constitue pour la France la moins mauvaise des situations, et c'est déjà beaucoup. C'est donc avec soulagement (lâche, diraient certains) que Paris appuie discrètement la politique flandrienne et que sa diplomatie ne verrait aucun inconvénient à ce que éventuellement l'UE soit appelée à la rescousse, sachant qu'en fin de compte l'UE dans cette affaire joue le rôle de structure d'amortissement et constitue un moyen de retarder la prise en charge du problème.
Comme on le voit ici une nouvelle fois, la politique c'est à la fois l'art de savoir prendre les opportunités et l'art du moindre mal.


A plus long terme certes, la donne politique et diplomatique pourrait changer, mais cela ne dépend pas de Paris. Cela dépend uniquement de l'identification que les Francophones pourraient développer par rapport à la France , cela dépend aussi de la manière dont la Flandre va conduire sa propre politique envers les dits Francobelges; et cela dépend enfin de la vitalité que l'UE va conserver dans le futur.

Ce qui veut dire, en négatif, que c'est aux Wallons et aux Bruxellois qu'il appartient éventuellement de bousculer cette situation et de poser la question belge en des termes différents. Et c'est finalement plutôt rassurant de parvenir à cette conclusion. Le tout c'est que cette attente du choix des Francobelges ne se transforme pas, par absence même de choix ou du choix d'une certaine soumission volontaire, en attente de Godot.

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MessageSujet: Re: Décryptage France-belgique.   Décryptage France-belgique. EmptyLun 23 Jan 2012, 4:18 pm

Bonjour François,

Je vous aime bien, et je sais que votre opinion personnelle diffère du message que vous nous apportez ici. Ce qui suit est donc destiné à la politique française actuelle et non à vous.
En résumé, c'est aux Francobelges de tout faire tous seuls pendant que les autres regardent au balcon et que la France, qui nous est culturellement et géographiquement la plus proche, non seulement nous ignore mais soutient ouvertement la Flandre ! Un de mes amis, dans la finance, a effectué dans le cadre de son travail de nombreux voyages dans des pays éclatés (ex Yougoslavie, ex Tchéquoslovaque, anciens pays communistes de l'est) et il en a profité pour faire sa petite enquête: dans tous ces pays, les mouvements séparatistes / indépendantistes seuls ne pouvaient pas arriver à leur but face à la puissance du pouvoir en place, ils ont TOUS été aidés secrètement soit par l'Organisation du Traité de l\'Atlantique Nord, soit par d'autres pays qui y avaient intérêt. Et nous, nous devrions nous débrouiller tous seuls !
Avec en plus face à nous une France qui nous ignore tout en pactisant avec la Flandre, nous envoyant ainsi le message subliminal que nous ne méritons pas son intérêt contrairement à la Flandre plus riche et politiquement plus à droite. Comment convaincre la population que la France nous accueillerait avec bienveillance ? Comment convaincre des politiques lucides de s'adresser maintenant à elle alors que tous les signaux sont négatifs ?! affraid Je suis du même avis que Stans:

@Stans a écrit:
Il n'en demeure pas moins vrai que le cadre quasi confédéral de la Belgique autoriserait la France à resserrer ses liens transfrontaliers et culturels avec les régions wallonnes et bruxelloises sans que cela pourrait être considéré comme une ingérence de l'état français vis-à-vis de l'état (con)fédéral belge. De plus, cela aurait l'avantage pour les Francophones de Belgique de se sentir soutenus par Paris sans que cela ne coûte un eurocentime aux contribuables français (ou si peu). Les grandes révolutions sont souvent précédées de gestes symboliques...

et je citerai aussi Olivier Maingain qui outre ses fonctions bien connues en politique intérieure, est l'actuel président d'une ONG "Conférence des peuples de langue française". Il estime que la France a un devoir moral de soutien vis-à-vis des peuples qui se réclament de sa langue et de sa culture en dehors de ses frontières et qui sont souvent en situation de minorité plus ou moins opprimée. Je ne vois donc pas notre seul défenseur aller frapper à la porte d'une France qui continuerait dans cette attitude, avec la crainte de se prendre un râteau international ...


Dernière édition par AgatheN le Lun 23 Jan 2012, 7:38 pm, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Décryptage France-belgique.   Décryptage France-belgique. EmptyLun 23 Jan 2012, 6:01 pm

Agathe,

je vous remercie de considérer que cette situation m'est comme vous particulièrement insupportable, et que ce je viens d'écrire ne peut être pris comme un assentiment de ma part en faveur de cette attitude de froideur que je n'approuve pas : je tiens à être clair sur ce point.

Comprendre des motivations ne veut pas dire qu'on les approuve. Mais ça évite de se faire des illusions.

Ce que je vous ai exposé constitue ce que je crois être les déterminants actuels de la politique française. Je ne vois pas ces déterminants changer fondamentalement sans messages venant des principaux intéressés eux-mêmes, à savoir les Francobelges. Or il y a des possibilités de messages, au moins sur le plan symbolique : je vous en donne un exemple plus bas, dans cette réponse.

De Gaulle disait que la France est là où sont ses intérêts et les peuples qui se revendiquent de sa culture et de sa protection. Mais cela est vrai pour tous les pays, quels que soient leurs régimes politiques.

Le plateau belge est bien en effet un lieu où s'expriment de nombreux intérêts économiques français, et la France y est fortement présente par ses banques et ses entreprises dont elle est capable de défendre les positions indépendamment du régime politique belge en place. Paris n'a pas besoin de s'investir davantage dans le jeu politique belge pour bien défendre ses intérêts. C'est ce qui explique en grande partie son apparente froideur actuelle.

Concernant la culture, il n'est pas certain que Belgique et France soit un seul et même ensemble culturel. Certes, les Francobelges se revendiquent farouchement francophones et regardent prioritairement vers le sud. Mais cette identification est personnelle, et non pas collective, puisqu'il n'y a pas de mouvent collectif puissant pro-français, de même qu'il n'y a pas en France, et c'est bien regrettable, de mouvement puissant en faveur de la réunion de la province de Wallonie.. Par ailleurs il ne me semble pas que les Francobelges revendiquent la protection de la France contre les Flandriens et, c'est vous-mêmes qui l'avez souligné, leurs organes d'expression publique sont dédaigneux, quand ce n'est pas franchement hostiles au fait français (Le Soir, La Libre)
La situation, c'est donc : "je t'aime, moi non plus".

Heureusement qu’individuellement, au plan des relations interpersonnelles, Francobelges et Français se sentent très proches et cultivent des liens passionnés et passionnels. Sinon on pourrait dire que la distance est celle qui sépare France et Québec. Autant dire océanique.

Vous posez la question de qui doit aller vers l'autre. Je dirais les deux parties en même temps, bien sûr. Mais force est de constater que cela ne se produit pas, sauf encore une fois au plan interpersonnel.

Le courant de l'identification individuelle passe, mais le courant de l'identification collective ne passe pas, ou passe mal. Ce fut pour moi une immense et douloureuse surprise de découvrir cette ignorance collective réciproque, quand ce n'était pas une compétition entre organisations non gouvernementales.
Mais je suis d'accord avec vous, on pourrait espérer mieux des politiques français et du gouvernement français en ce qui concerne l’appréciation de la question belge et on ne peut rester ainsi. Il faut construire ensemble ce premier pas collectif. Mais force est de constater qu'on en prend pas le chemin.
Ainsi par exemple, ce qui vient de se passer chez Dexia est destructeur, destructeur de valeur certes, mais encore plus destructeurs de liens. Dexia est une catastrophe politique bien plus que financière.. Dexia va peser lourd dans le contentieux franco-belge d'abord, puis dans le contentieux franco-wallon. Mais je ne sais pas si, au plan de la politique intérieure française, le gvt français pouvait réellement prendre une autre position. Tout ceci en raison de l'incommunicabilité collective.

Autre exemple de recul : la disparition de l'expression "Communauté française" au profit de FWB. C'est un recul du fait français. Lorsque Mitterrand est venu rendre visite à la Belgique (je pense que c'était avant qu'il soit élu), il a été reçu par la Communauté française. Les chroniqueurs de cette époque racontent qu'il pensait être reçu par des Français expatriés et qu'il leur a parlé en ce sens, comme à des compatriotes, sans jamais être démenti. Il fut même très applaudi. Ce n'est qu'ultérieurement qu'on lui appris qu'en fait il s'adressait à des citoyens belges d'expression française et on raconte qu'il fut très agréablement surpris de constater combien le courant était passé. Or, que vient-il de se passer ? Exit Communauté française. Bonjour la FWB. Permettez-moi de penser qu'ils 'agit d'un signal négatif envoyé à Paris.

Que faut-il faire ?
J'ai eu l'occasion de vous dire directement combien je crois en l’importance et dans l'impact des gestes symboliques. Je crois à la fraternité des pleurs, des larmes et des armes, plus qu'à la fausse fraternité de la fête. Je crois au partage des souvenirs, surtout lorsqu'ils sont les souvenirs d'épreuves communes. Je crois aux références et aux résistances historiques partagées. Je crois à la symbolique du 14 Juillet à Liège :iI faut la conserver contre vents et marée et l'étendre si possible à d'autres secteurs.
Lorsque nous nous sommes rencontrés il y a quelque mois, je vous avais donné mon sentiment sur un geste symbolique très fort que la partie wallonne pourrait faire vers la partie française. Il s'agit du lion de Waterloo.
Au risque de susciter des ricanements, je me permets une nouvelle fois d'exposer le débat.
Waterloo est à l'origine d'un des trois syndromes qui minent la France depuis près de 200 ans, avec l'effondrement de juin 1940 et la guerre d'Algérie. C'est un syndrome profond, puissant qui n'a pas été réglé. Waterloo c'est ce qui, dans l'inconscient collectif français, met fin à l'épopée révolutionnaire par la défaite, et donc par la honte. Aucun Français ne vous en parlera spontanément, mais la blessure est là, profonde.
Et il y a cette colline avec ce lion superbe qui scrute vers Paris, l’œil belliqueux, rappelant que les armées françaises ont été vaincues un certain 18 juin 1815,. défaite qu'un autre 18 juin, en 1940, n'a pas réussi à recouvrir.

Eh bien, je suis intimement persuadé que le démontage de cet animal en bronze qui scrute vers Paris l’œil menaçant et sa mise sous séquestre au fond de la crypte serait reçu cinq sur cinq par la diplomatie française. Et cette action serait d'autant plus facile que nul ne s'y opposerait. Et cette descente pourrait même se réaliser un 14 Juillet. Et à la place de ce dragon, on planterait un arbre de paix, comme pour la Fête de la Fédération, et un faisceau de 12 ou 27 tiges. Voilà une symbolique très forte qui mettrait Paris en situation d'y répondre par une révision de sa position diplomatique.

Mesure ridicule, allez-vous me rétorquer; qui ne remplacerait en rien un message de soutien de Paris aux Francobelges, ou encore mieux, un virage de la politique française de soutien discret à la Flandre. Non, je ne le crois pas. Il faut un commencement à tout. Et en général, rien ne vaut la politique des petits pas.



Dernière édition par François Barberis le Lun 23 Jan 2012, 8:09 pm, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Décryptage France-belgique.   Décryptage France-belgique. EmptyLun 23 Jan 2012, 7:51 pm

Retirer le lion de la butte de Waterloo n'est pas du tout ridicule pour moi, je me souviens très bien de cette visite en votre compagnie et il m'a aussi fait un bien mauvais effet ! Comme si la Belgique se réjouissait encore d'avoir été arrachée à la France et voulait lui faire ressentir l'humiliation de la défaite, quasiment 200 ans après !
Si cela ne tenait qu'à moi, le lion aurait déjà disparu, mais la majorité au pouvoir en région wallonne ne changera pas avant 2014 (les gouvernements régionaux ne peuvent pas tomber, au contraire du gouvernement fédéral) ... Un ami à qui nous en avions parlé était stupéfait d'apprendre que les Français vivent mal l'existence de cet animal féroce à travers le temps, il pensait au contraire que le site est flatteur pour la France, puisque Napoléon en est la vedette absolue, malgré sa défaite.
Malgré toutes nos ressemblances, il y a beaucoup d'incompréhensions mutuelles entre Français et Francobelges dès qu'on creuse en peu ...
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MessageSujet: Re: Décryptage France-belgique.   Décryptage France-belgique. EmptyMar 24 Jan 2012, 12:01 pm

@AgatheN a écrit:
Si cela ne tenait qu'à moi, le lion aurait déjà disparu, mais la majorité au pouvoir en région wallonne ne changera pas avant 2014 (les gouvernements régionaux ne peuvent pas tomber, au contraire du gouvernement fédéral) ... Un ami à qui nous en avions parlé était stupéfait d'apprendre que les Français vivent mal l'existence de cet animal féroce à travers le temps, il pensait au contraire que le site est flatteur pour la France, puisque Napoléon en est la vedette absolue, malgré sa défaite.

Ton ami n'a pas vraiment tort ma chère Agathe car il s'agit là d'un des paradoxe de l'épopée napoléonienne : Napoléon Ier ne fut jamais autant adulé par le peuple de France entre sa défaite - glorieuse - de Waterloo à sa mort en héros-résistant à Saint-Hélène sans parler du transfèrement triomphal de ses cendres à Paris en 1840. Personne n'avait oublié le grand homme, ni les royalistes, ni les républicains, ni les bonapartistes, ni ses ennemis hors-Hexagone ! Mais qui se souvient encore de nos jours de ses monarques adversaires qu'il vainquit de 1797 à 1813 ? Personne ! Seul Wellington subsiste dans nos mémoires non pas pour ses guérillas fomentées au Portugal et en Espagne mais uniquement parce qu'il se trouvait un certain 18 juin 1815 à ... Waterloo non comme libérateur mais comme destructeur d'un mythe... La chute de Napoléon Ier n'a décidément rien à voir avec celle d'un certain Hitler dont les nostalgiques n’attirent pas la sympathie populaire !

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MessageSujet: Re: Décryptage France-belgique.   Décryptage France-belgique. EmptyDim 29 Jan 2012, 1:00 pm

Essayons de voir un peu plus précisément quels sont les déterminants de la position française concernant la question belge.

Paris fait montre, dans cette affaire, d'un silence retentissant, tout comme La Haye ou Berlin; ce qui prouve bien que ces trois capitales sont également embarrassées par la probable déstabilisation du plateau belge et qu'une course de lenteur s'est instaurée entre elles et les protagonistes locaux.

La vison de Paris doit être analysée selon deux échelles de temps, le long terme et l’immédiat.

Sur le long terme, Paris vise au travers de la crise belge -je l'ai indiqué dans mes postes précédents- à tourner la page de deux événements géostratégiques majeurs qui depuis deux siècles plombent non seulement la diplomatie française, le rôle de la France dans le monde, mais aussi l'inconscient collectif français. Ces deux événements sont bien connus des historiens. Il s 'agit de la défaite de Waterloo qui malgré nos efforts visant à la transformer en victoire morale, demeure l'échec de la Révolution; et le congrès de Vienne qui transforme cet échec en victoire du monde anglo-saxon, victoire qui se perpétue aujourd'hui encore à Davos, par exemple, par la vision ironique et méprisante que les délégations anglo-américaines et leurs alliés portent sur les tentatives de la France de faire face à ses problèmes : tout cela -que l'on appelle le "french bashing" trouve son origine dans Waterloo et le congrès de Vienne, et seule la redistribution de certaines cartes géopolitiques- dont fait partie le plateau belge- sera de nature à changer cette vision, au moins partiellement.

La vision à LT de Paris est donc de tourner cette page, de la rendre à l'histoire -certains, tout aussi ironiques et méprisants qu'il s 'agit de réécrire l'histoire, ce que je ne crois pas.
Nous sommes ici dans le temps long cher à Braudel, qui est tout sauf un temps immobile.
Dans son calcul, Paris est favorisé par deux événements géopolitiques nouveaux : le rééquilibrage démographique attendu entre la France et l'Allemagne dans la décennie 2030-2040 -ce qui est une première; et l'affaiblissement durable du compétiteur britannique.

Si, sur le long terme, Paris ne commet aucune erreur géopolitique ou géostratégique nouvelle, comme se fâcher avec l'Allemagne ou intervenir dans des conflits douteux, comme pourrait l'être une intervention en Iran ou en Syrie, et si Paris sait bien jouer les cartes de la solidarité euro-méditerranéenne, la France à des chances réelles de parvenir à régler le syndrome Waterloo-congrès de Vienne, et de commencer à résoudre les deux autres syndromes que sont l'effondrement de juin 40 suivi de la honteuse collaboration, puis celui de la défaite de l'Algérie et des événements dramatiques qui ont précédé cette défaite.
C'est avec cette grille de lecture qu'il faut apprécier l'intervention en Libye, le rôle en pointe de Paris dans le soutien à Athènes, le tissage de liens de plus en plus étroit avec Madrid.

Sur le court terme, c'est la situation inverse. La crise belge embarrasse bien Paris dont l'objectif prioritaire est de rééquilibrer ses finances publiques pour ne pas se faire marginaliser par l'Allemagne dans le leadership européen. Cette stratégie porte un nom : stabiliser la dette publique en pourcentage du PIB sans faire appel à l'épargne privée, puis réduire cette dette à des niveaux acceptables, tout ceci pour sortir des griffes des marchés. La perspective de devoir consolider et encore plus intégrer à court terme (disons 2 ans), 120 milliards de dettes + les engagements de retraite des retraités francophones, est tout sauf réjouissante. Ce n'est donc que contrainte et forcée par l'événement que Paris s'y résoudrait. Mais on peut s'attendre alors que les exigences politiques soient importantes; et c'est pour s'éviter cette situation embarrassante que Paris joue, à court terme, la carte du soutien à la Flandre en espérant que celle-ci va continuer à jouer son rôle de bailleur de fonds au fédéral.
Mais on voit bien que cette situation est périlleuse, car si demain l'état fédéral belge ne peut se refinancer (ce qui a de fortes probabilités de se produire) c'est un scénario de crise qui va s'inviter dans cette stratégie. Quel pourrait être ce scénario de crise ? Tout est possible, mais le plus probable c'est que la Flandre dénonce le pacte des Belges, quitte les instances fédérales, et se barricadant dans son gouvernement dont le siège de Bruxelles ferait office de château fort, oblige ses partenaires européens à résoudre cette crise à chaud, alors que la France sera en plein effort de consolidation de ses propres finances et que le FEFS-MES aura peut-être été épuisé par l'Italie.

Cette vision de court terme de Paris sur la crise belge risque-t-elle de changer si un gouvernement de gauche arrive à l’Élysée ? Il faut se méfier des visions lyriques. La gauche française n'est pas la gauche wallonne, et le gouvernement de gauche en France ne modifiera pas fondamentalement sa vision des deux horizons précisés ci-dessus. Le sort des retraités et des travailleurs wallons passeront toujours -on peut le regretter-derrière l'objectif de réduction de l'endettement public français; et je dirais surtout si c'est un gvt de gauche qui va accentuer la pression fiscale.

Les facteurs d’accélération de l'histoire ne se trouvent donc pas en France, nonobstant l'échéance présidentielle, pas plus qu'ils ne se trouvent en Wallonie. Ils se trouvent en Flandre et à Bruxelles, en fonction de la vision que se donnera le gvt régional flandrien de son intérêt purement financier et la la possibilité qu'il se fera de maintenir la ville capitale sous sa coupe tout en coupant les subsides à la Wallonie. Les dernières déclarations du ministre-président Kris Peeters doivent être étudiées avec beaucoup d'attention : en demandant une accélération du processus politique de scission de BHV, alors que cette accélération n'est pas un impératif politique majeur et se fera normalement, Kris Peeters se constitue déjà par avance un argumentaire utilisable en vue de la dénonciation des transferts à la Wallonie (mais en maintenant les transferts à BXL, bien entendu, pas folle la guêpe comme on dit...). Or, Elio di Rupo ne semble pas avoir bien capté ce message, ou bien considère-t-il qu'il s'agit d'un simple coup de menton ? Je pense que ce coup de menton n'en est pas un et qu'il préfigure un retour de crise majeur. Et ceci n'arrange pas les affaires de Paris.
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