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 Honoriens et Denisiens, ou l'absurde frontière

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VINCENT
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MessageSujet: Honoriens et Denisiens, ou l'absurde frontière   Lun 22 Oct 2007, 9:08 am

Albert du Bois, dans la préface à ses Poèmes impériaux (vers 1907 ?), déplorait que les Wallons fussent assez inintelligents «pour se laisser scinder et fractionner par leurs ennemis désireux de les affaiblir (…), pour subir un pareil traitement (…) sans s’en apercevoir…»

«En effet, la frontière nord de la France actuelle divise en deux des provinces françaises, des terres françaises, des populations françaises qui constituèrent des unités politiques (…). Jusques à la fin du dix-septième siècle, Mons et Valenciennes, Avesnes et Chimay faisaient partie du même comté de Hainaut et cette terre, exclusivement française, avait vécu depuis les temps les plus reculés, d’une existence autonome parallèle et connexe à celle de la terre de France tout entière.

De ce fait historique indéniable, découle un fait actuel et patent : cette terre de Hainaut, coupée en deux selon les exigences de vainqueurs étrangers et haineux, Allemands et Anglais, continue à être habitée des deux côtés de la ligne idéale de la frontière, par des populations entre lesquelles il est totalement impossible de découvrir la plus petite différence au point de vue le plus minime. C’est le même peuple, le même esprit, le même caractère, la même nation. C’est Paris coupé en deux, par une ligne tracée au cordeau du Lion de Belfort à la butte Montmartre. Imaginez-vous un vainqueur tudesque se livrant à une telle opération et disant aux habitants du Faubourg Saint-Honoré et à ceux du Faubourg Saint-Denis :
"Vous allez désormais être l’un pour l’autre deux peuples étrangers ! Je vous défends de vous donner la main et de vous regarder à travers la Frontière que mon glaive et ma fantaisie viennent de tracer. Honoriens, et vous Denisiens, vous êtes désormais deux nations !" Et imaginez-vous les Honoriens et les Denisiens acceptant cette décision placidement, béatement, avec une soumission niaise, une résignation imbécile, une inconscience qui n’est presque plus humaine.»


Et dans une autre préface, la première de son roman "Belges" ou Français (1903), il s’était déjà exclamé :

«(…) Belges ! … Ceux qui habitent dans le cercle que le crayon distrait d’un Palmerston quelconque traçait à Londres, en 1831, sur une carte d’Europe, sont des «Belges» ! C’est ainsi que l’on crée un peuple ! C’est ainsi que l’on forme une nation ! C’est ainsi que l’on constitue un pays !…
Pour parquer les chiens dans les expositions canines, on fait au moins attention à leurs races et à leurs espèces ; mais pour parquer les peuples en troupeaux de «contribuables», on ne doit pas y regarder de si près. Il suffit de prendre trois millions d’individus d’une espèce et trois millions d’individus d’une autre espèce. On leur dit : "Tâchez de ne pas trop se dévorer entre vous. Vous êtes une même nation. On vous appellera des Belges" - et les pauvres bêtes répondent docilement au nom qu’on leur donne !»


Albert du Bois ne croyait pas si bien écrire. Soixante-sept ans après sa mort, et malgré l’instauration d’un fédéralisme que tant de militants wallons appelaient de leurs vœux, Wallons et Français se regardent toujours comme des Honoriens et des Denisiens séparés par une exécrable frontière.

A la décharge des Wallons, le héraut de l’irrédentisme mancinien ajoutait :

«Jamais, peut-être, population ne fut victime d’une conspiration plus habile. Jamais peut-être on n’essaya d’abuser avec une telle perfidie de la bonne foi et de l’ignorance d’un peuple, pour lui faire méconnaître ses intérêts les plus sacrés.»

Albert du Bois écrivait encore, dans la préface aux Poèmes impériaux, que «le nom de "Belges" sert à masquer la «lâcheté» des «êtres sordides» qui composent la bourgeoisie wallonne :

«Patriotisme belge : négation du Patriotisme français (…), Nation belge : démembrement de la Nation française. (…). C’est un spectacle écoeurant. Parler de vertu avec un Wallon des classes dirigeantes, vous fait toucher le fond de l’hypocrisie et de la laideur humaine.»

Il ne pensait cependant pas qu’il y eût lieu de désespérer :

«(…) Les Flamands et les Belges-Brabançons savent ce qu’ils veulent. Nous sommes trahis par notre bourgeoisie, et quand la France s’occupe de nous c’est pour nous donner des coups de poignard dans le dos et fomenter des Unions hollando-belges.
La situation semble désespérée.
Ce serait une erreur que de la juger telle.
Nous n’avons pas la lente et tenace obstination de nos associés flamands. Mais il ne faut pas se fier au calme apparent avec lequel nous subissons une foule d’attentats mesquins contre notre véritable nationalité. Il compte parmi ses innombrables défauts celui de manquer totalement de patience. Il fera quelque jour explosion. Ceux qui viennent jouer avec de la flamme autour de ce coin de terre, tout pétri de poussière noire, ceux qui viennent y jongler avec les brandons de discorde du «patriotisme belge», de la «nationalité belge», de «l’âme belge», (…), ceux-là se trompent étrangement ! Ils s’apercevront – bientôt peut-être ! – qu’ils ont joué avec de la poudre et quand elle flambera – soudainement – en une explosion géante, ce sera pour jeter aux quatre coins de l’Europe, les débris de cet édifice de haine, de conquête et d’asservissement sur le fronton duquel on a sculpté ce nom mensonger : « ROYAUME DE BELGIQUE !»


Que dirait-il aujourd’hui, face à l’hystérie belgiciste qu’entretiennent à l’envi des médias populistes ? Sans doute abonderait-il dans le sens de Paul-Henry Gendebien, qui déplore la placidité satisfaite d’une Mme Houard, l’initiatrice de la pétition belgolâtre. Sans doute s’interrogerait-il, comme P.-H. Gendebien : «Mon Dieu, quel péché collectif a donc pu être commis par les Wallons dans une vie antérieure pour mériter tout ceci ?»

Pourtant nous sentons bien, nous savons parfaitement – et de cela nous ne doutons pas un instant – que l’édifice de haine est condamné.

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MessageSujet: Re: Honoriens et Denisiens, ou l'absurde frontière   Lun 22 Oct 2007, 10:59 am

Dire qu'il existe des fora wallingants prônant contre vents et marées un autonomisme wallon républicain qui ne fait que camoufler un belgicanisme frilleux qui n'ose même pas s'attaquer à la personne du roi !

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«Les Belges ? Ils ne dureront pas. Ce n’est pas une nation, deux cent protocoles n’en feront jamais une nation. Cette Belgique ne sera jamais un pays, cela ne peut tenir… » Charles-Maurice de TALLEYRAND-PÉRIGORD
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