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 L'anti-atlantisme français : tentative d'explication

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MessageSujet: L'anti-atlantisme français : tentative d'explication   L'anti-atlantisme français : tentative d'explication EmptyMer 09 Jan 2008, 9:46 am

Source : http://www.lefigaro.fr/debats/2007/10/30/01005-20071030ARTFIG00403-lanti-atlantisme-francais-le-point-de-vue-dezra-suleiman.php

Citation :
L’anti-atlantisme français : le point de vue d’Ezra Suleiman

Marie-Laure GERMON

30/10/2007 | Mise à jour : 17:30 |

Dans sa chronique, Ezra Suleima estime que l’anti-atlantisme est un épouvantail qui sert à masquer le malaise européen de la France.
Un grand journaliste expliquait récemment que la raison principale de son vote pour Ségolène Royal, c’était la tentation atlantiste de Nicolas Sarkozy. J’ai relu la phrase, Jean Daniel plaçait bien ce qu’il appelle le proaméricanisme du candidat Sarkozy avant ses principes de gauche. Il faut dire que cet anti-atlantisme de Jean Daniel est partagé par une bonne partie de l’élite française, à gauche comme à droite.
Pour moi, je l’avoue, cela reste un mystère. Est-ce une attitude idéologique et donc structurelle, ou bien un phénomène conjoncturel et passager ? Si le réflexe était purement anti-Bush, je le comprendrais aisément. Les anti-Bush français rejoindraient les anti-Bush américains, et comme la popularité de Bush stagne sous les 25 %, cela ferait une belle majorité chantant la même mélodie. Toutefois, je prédis que les craintes de Jean Daniel ne disparaîtront pas quand le président Bush quittera la scène.
Pourquoi ? À cause de ce que les États-Unis représentent, peut-être pas pour une majorité de Français, mais certainement pour la majorité de l’intelligentsia et de la classe politique. Est-ce qu’un changement radical de la politique américaine pourrait amollir les anti-atlantistes ? Non. Je tends à croire que même si l’Amérique se mettait soudain à s’aligner sur la France dans sa politique économique et sociale, même si elle abolissait la peine de mort et si les Américains devenaient plus laïcs, et bien les anti-atlantistes resteraient anti-atlantistes. Il ne faut jamais sous-estimer la passion des Français pour la rhétorique. L’hostilité contre l’Atlantisme n’est donc pas susceptible d’évoluer à cause d’un simple changement des faits.
L’idéologie est si enracinée que les États-Unis ne peuvent plus grand-chose pour l’inverser. Leur comportement de ces dernières années n’a pas aidé mais, au fond, les anti-atlantistes français s’inquiètent surtout de ce que Sarkozy et son ministre des Affaires étrangères affirment qu’ils ne s’opposeront pas systématiquement aux États-Unis… Être atlantiste, pour les anti, c’est compromettre l’indépendance nationale. Attachement à une certaine forme de gaullisme ? Sans doute, mais le père de cette politique n’était pas toujours hostile aux États-Unis.
La France doit défendre ses propres intérêts. Qui peut soutenir le contraire ? Il est plus difficile d’expliquer avec précision ce que sont ces intérêts et comment les défendre. En tout cas, prétendre a priori que les intérêts de la France sont toujours en danger quand ce pays se range au côté de l’Amérique défie toute logique. La France a eu tendance à construire son identité et sa politique étrangère par rapport aux États-Unis. Nicolas Sarkozy veut trouver un chemin plus constructif. Il essaiera de prendre l’initiative, de peser sur les événements non par des déclarations fracassantes mais en cherchant à avoir de l’influence. C’est ambitieux et risqué car il rompt avec une politique en vigueur depuis des décennies. Je ne sais pas s’il tiendra le cap.
L’inquiétant, c’est que les adversaires de la « dérive atlantiste » ne sont pas prêts à faire une distinction en fonction des circonstances ou des politiques. Toute coopération dans une crise internationale évoquera pour eux la politique de Tony Blair sur la guerre en Irak.
Il y aura dans l’avenir plus de situations ressemblant aux Balkans qu’à l’Irak. Il appartient donc aux Européens de former un bloc qui ne se divisera pas comme ce fut le cas en 2003 avant la guerre d’Irak. Il y aura sans doute d’autres crises, d’autres interventions pour sauver des peuples du massacre ou du génocide, dans lesquelles la politique des Américains et des Européens convergeront. Les anti-atlantistes vont-ils se priver de sauver un peuple en danger uniquement parce que l’Amérique est au côté de ce peuple ?
L’anti-atlantisme français s’explique en partie par la peur de voir la France perdre le contrôle de son propre destin. C’est tout à fait compréhensible, surtout pour un pays qui a connu la gloire. Mais l’Amérique n’y est pas pour beaucoup. C’est la France qui réclame un monde avec des règles pour mieux équilibrer les puissances, ou plutôt diminuer la puissance de la superpuissance. La France ne cesse d’appeler de ses vœux un monde multipolaire. Rien d’anormal. Quant aux États-Unis, même s’ils sont à l’origine des institutions multilatérales nées après la Deuxième Guerre mondiale, ils préfèrent rester la seule superpuissance aussi longtemps que possible. Aucune puissance n’a jamais cherché à diminuer sa propre influence !
Alors comment la France pourrait-elle voir émerger ce monde multipolaire où elle compterait plus ? Sûrement pas en demandant aux États-Unis de lui accorder ce statut. Après tout, la Chine n’a pas demandé à l’Amérique de la reconnaître comme un pôle. Ni l’Inde ni le Brésil ne l’ont fait. L’Europe est seule à réclamer d’être considérée comme un «pôle». Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elle n’arrive pas à prendre les mesures nécessaires pour se constituer en une force politique avec laquelle il faudra compter. Étrangement, les adeptes de la realpolitik semblent ignorer la première règle de la politique internationale. L’Europe est certes un bloc économique important, mais elle risque de compter moins au XXIe siècle car elle ne s’est pas constituée en un bloc politique et elle a peu fait pour avoir ses propres instruments de sécurité. Il suffit de regarder les budgets militaires des pays de l’Union européenne et de les comparer avec les États-Unis, la Chine ou l’Inde. L’Europe n’a pas encore choisi entre le beurre et l’argent du beurre. Est-ce parce qu’elle compte toujours sur la défense américaine ?
Dans quinze mois, il y aura un nouveau président aux États-Unis. Le moment viendra pour la France de distinguer entre un président avec lequel elle fut en désaccord total et un peuple loin d’être responsable de tous les malheurs du monde. Le fait est qu’il existe un lien entre la peur de l’atlantisme et le sentiment de vulnérabilité qui habite la France, une vulnérabilité qui prend ses racines dans l’incapacité de la France à faire un choix entre l’Europe et sa propre gloire. J’ai remarqué que les anti-atlantistes français sont souvent ceux qui se méfient de l’Europe. Leur national-souverainisme cherche à maintenir une grande distance entre l’Amérique et l’Europe. Ce qu’ils proposent garantit à la France le statut d’un nain isolé. C’est justement ce que Nicolas Sarkozy veut éviter.

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